Des Bruxellois répondent à Florence Reuter sur le dossier du survol : "On ne peut vanter une technologie et en refuser l'application chez soi"
Le bras de fer autour des trajectoires de Brussels Airport se poursuit. En réponse aux propos de Florence Reuter (MR), les collectifs bruxellois accusent la bourgmestre de Waterloo de caricaturer leurs revendications et défendent, chiffres à l'appui, leur lecture du dossier.

- Publié le 04-06-2026 à 07h43

La réaction de la bourgmestre de Waterloo, Florence Reuter (MR), au dossier des nuisances de Brussels Airport suscite une vive contestation du côté du nord de Bruxelles. L'ASBL Free Air 4 Brussels rejette plusieurs arguments avancés par l'élue brabançonne et dénonce une présentation "caricaturale" des revendications portées par les riverains du nord de Bruxelles. Chiffres à l'appui, le collectif affirme que la répartition des survols s'est inversée ces derniers mois au détriment des communes bruxelloises les plus exposées.
Premier point de désaccord : l'idée selon laquelle les collectifs bruxellois demanderaient un report des nuisances vers le Brabant wallon. "Nous ne demandons pas et n'avons jamais demandé de tout renvoyer vers la piste 01. C'est malheureusement une caricature répétée", réplique le collectif. Selon lui, la demande est tout autre : revenir aux conditions d'exploitation qui prévalaient avant l'été 2025, avant le lancement du test décidé par le ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke (MR).
Pour l'association, la forte augmentation de l'utilisation de la RNP 07L observée depuis plusieurs mois ne découle pas d'une nécessité opérationnelle durable mais bien d'une modification des critères d'exploitation. "Réduire notre demande à un transfert de nuisances vers le Brabant wallon en dénature le sens", estime-t-elle.
Le collectif s'attarde également sur les arguments avancés en faveur de la procédure PBN/RNP, présentée comme plus précise, plus économique et moins bruyante. "Si tel est le cas, une question mérite d'être posée : pourquoi cette même procédure, jugée si performante, est-elle alors refusée pour la route RNP 01 et le Brabant wallon ?", interrogent les riverains bruxellois.
L'association pointe ce qu'elle considère comme une incohérence dans le débat. "On ne peut vanter une technologie et, dans le même mouvement, en refuser l'application chez soi", écrit-elle encore, plaidant pour l'étude d'approches courbes permettant d'éviter les zones les plus densément peuplées.
"Ces habitants devraient-ils être sacrifiés ?"
Free Air 4 Brussels rappelle également que les communes du nord de Bruxelles sont déjà fortement exposées aux nuisances aériennes. Le collectif cite notamment les survols liés à la route du canal, les vols cargo, les mouvements nocturnes ou encore certains virages opérés au-dessus d'Evere et de Schaerbeek.
Dans ce contexte, l'association s'interroge : "Ces habitants devraient-ils être sacrifiés pour garantir au Brabant wallon un confort qu'il refuse de partager ? Poser la question, c'est mesurer le déséquilibre d'une telle logique."
"Le nombre d'habitants exposés demeure un critère central"
Les riverains bruxellois contestent également l'idée que le nombre d'habitants concernés ne constituerait pas un critère déterminant. "Le nombre d'habitants exposés demeure un critère central", insiste l'ASBL, qui s'appuie sur des analyses de l'ULB-IGEAT. Selon elle, les trajectoires RNP 07L et 07R concernent plus de 400 000 habitants, dont environ 280 000 sous la seule route RNP 07L, contre quelque 35 000 habitants pour la route RNP 01.
Le collectif souligne également que les sonomètres de Bruxelles Environnement enregistreraient "plus de 96 % de dépassements des normes de bruit régionales" sous certaines trajectoires concernées.
Autre élément mis en avant : l'évolution récente des statistiques de trafic. Selon les chiffres cités par l'association et attribués à Brussels Airport Traffic Control, les survols réalisés via les procédures RNP 07L et 07R sont passés de 4 061 durant les cinq premiers mois de 2025 à 6 464 sur la même période en 2026, soit une hausse de 59 %. Dans le même temps, les survols en RNP 01 seraient passés de 6 902 à 2 172 mouvements, soit une diminution de 69 %.
"Ce n'est donc pas le nord de Bruxelles qui 'renverrait' sa charge vers le Brabant wallon : c'est l'inverse qui s'est produit", affirme le collectif.
Une concertation mais avec Bruxelles
Enfin, Free Air 4 Brussels rejoint Florence Reuter sur la nécessité d'une concertation plus large autour du dossier. L'association estime toutefois que les communes bruxelloises doivent être pleinement associées aux discussions. "Cette concertation ne peut écarter la Région bruxelloise et ses communes", insiste-t-elle.
Le collectif se dit favorable à plusieurs pistes évoquées par la bourgmestre de Waterloo, comme l'extension de la période nocturne protégée, le retrait progressif des appareils les plus bruyants ou encore le renforcement des sanctions. Il juge toutefois que ces mesures resteront "purement cosmétiques" face à ce qu'il considère comme "l'impact dramatique du survol d'une population de plus de 400 000 habitants".
Les communes bruxelloises déçues de la rencontre avec le ministre Crucke
Enfin, la position défendue par Free Air 4 Brussels rejoint de plus en plus celle des communes bruxelloises les plus exposées aux survols de la piste 07L. Mercredi encore, plusieurs bourgmestres de la capitale sont sortis déçus d'une réunion avec le ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke (Les Engagés).
Les communes concernées — parmi lesquelles Molenbeek, Koekelberg, Berchem-Sainte-Agathe, Laeken, Jette ou encore Schaerbeek — dénoncent elles aussi l'augmentation du recours à la piste 07L ces derniers mois. Selon elles, la combinaison de vents d'est plus fréquents et d'une nouvelle procédure d'approche par GPS concentre davantage les trajectoires au-dessus de quartiers densément peuplés, avec des conséquences directes sur le sommeil et la qualité de vie des riverains.
Les élus bruxellois demandent notamment que l'ensemble de la Région bruxelloise soit reconnu comme zone densément peuplée afin de limiter les survols. "Nous souhaitons que l'ensemble de Bruxelles soit considéré comme une zone densément peuplée", a ainsi déclaré Sophie De Vos, présidente de la Conférence des bourgmestres bruxellois, à Bruzz. Plusieurs mandataires ont également réclamé un assouplissement des normes de vent, une limitation plus stricte des vols de nuit ainsi que le maintien du caractère exceptionnel de l'utilisation de la piste 07L.
À l'issue de la rencontre, le constat dressé par les communes était particulièrement amer. "Crucke a écouté, puis il est reparti comme il était venu", a regretté Sophie De Vos. Faute d'avancées concrètes, plusieurs communes indiquent désormais placer leurs principaux espoirs dans les procédures judiciaires déjà engagées contre les nuisances aériennes.