Le véhicule de l'Atelier 34-Zéro incendié à Jette dans un climat de menaces : "Une agression envers l'art contemporain"
La semaine dernière, le centre artistique jettois a fait l'objet d'un violent acte de vandalisme. Victime de menaces régulières, la sulfureuse institution veut tirer la sonnette d'alarme face à "un tel manque de démocratie culturel".
- Publié le 01-02-2022 à 12h07

"C'est une agression contre nous, une agression envers l'art contemporain", observe avec gravité Mathias Hercot, historien de l'art de l'Atelier 34-Zéro. Ce lundi 24 janvier, le centre d'art contemporain situé à Jette (drève de Rivieren) a fait l'objet d'un violent acte de vandalisme : vers 19h30, le véhicule utilitaire de l'Atelier a été incendié.

"Il n'y avait plus qu'une personne au musée. Seul le café fonctionnait encore. Un voisin est venu nous prévenir. Heureusement, personne n'a été blessé", commente le curateur, qui a préféré taire l'événement "le temps de faire redescendre les émotions et de mettre des mots".
Des actes répétés
Mais si le ton est grave ce mardi dans les locaux jettois, c'est parce que derrière cet acte se cachent de multiples cas de violence envers l'institution. "On a régulièrement des menaces verbales et des cas de petites dégradations." En octobre dernier par exemple, une bâche exposée à l'extérieur a été lacérée. Était représenté un cheval labourant un champ à l'aide d'une croix en bois. "Il s'agissait d'une œuvre d'un artiste polonais, une critique de la société capitaliste." Le centre artistique a, il faut le dire, une réputation sulfureuse, et fait régulièrement parler de lui pour des affichages explicites, qui sucitent l'indignation. En 2016 par exemple, une bâche représentant un homme en train d'uriner sur son visage avait suscité un tollé dans la commune du Nord bruxellois.

"La contestation est le propre de l'art", concède un des responsables. Mais l'incendie du véhicule est en quelque sorte l'acte de trop, un acte qui quitte la sphère artistique. "Ici, c'est un autre niveau. On dénonce l'acte criminel." Des contacts ont été pris avec la police. Du côté du centre jettois, aucun malfaiteur n'a cependant pu être identifié le soir même.
Une programmation inchangée
Ces actes de violence envers la scène artistique, s'ils sont encore malheureusement légion à l'international, semblent très limités dans notre pays. En 2006, se souvient le directeur, le Musée de la Photographie de Charleroi a fait l'objet d'un acte de violence : un cocktail Molotov a été jeté sur l'institution carolorégienne à l'occasion d'une rétrospective du photographe japonais Araki.
L'organisme culturel jettois veut aujourd'hui tirer la sonnette d'alarme face à "un tel manque de démocratie culturel"et a décidé de ne rien changer à son fonctionnement. "Nous sommes un musée sans dogme et indépendant. Ce qui s'est passé est tragique, mais nous décidons de rester ouverts et de garder la même programmation", assure Mathias Hercot. Bref, de la peur, oui un peu. De l'intimidation, non.