Les parents de Dion, assassiné en avril 2022, dévastés par la sortie de prison du complice du tueur : "pour nous, c'est une deuxième balle"
Le 24 février, l'homme qui conduisait la voiture menant l'assassin de Dion à sa victime est sorti de prison. Bien qu'ils respectent la décision judiciaire, les parents de Dion ne comprennent pas.

- Publié le 22-04-2023 à 12h02
- Mis à jour le 22-04-2023 à 12h08

Un an a passé. Et pourtant, la douleur reste et restera aussi forte au fil du temps, en témoigne l'affiche collée dans l'ascenseur qui mène à l'appartement berchemois de la famille de Dion. "On n'oublie pas Dion. Force pour sa famille", la feuille est estampillée de cœurs et de mots doux. Le 18 avril 2022, Dion était froidement exécuté dans une Nissan Note stationnée dans la rue Dubois-Thorn, à Molenbeek. Une histoire de bagarre à laquelle le jeune homme de 19 ans n'était même pas lié de près, raconte Arsim et Nermina, ses parents qui n'ont toujours pas relevé la tête depuis un an.
Ce soir-là, vers 20 h 30, une Skoda Scala se gare à côté de la voiture dans laquelle Dion est assis sur le siège passager. Un homme sort de la première voiture et s'installe sur la banquette arrière de la Nissan, il tire une fois. Dion est mort. Après une cavale relativement longue (le tireur a été arrêté le 1er juin et le chauffeur quelques jours après), les deux suspects sont arrêtés.
Mardi dernier, à l'occasion de l'anniversaire de la mort de Dion, la commune de Molenbeek plantait un tilleul "pour la vie et contre la violence". Ce jour-là, Nermina, s'était levée aux aurores pour aller garnir la tombe de son fils, elle y est restée de 5h à 13h. Après la cérémonie présentée par la bourgmestre de Molenbeek Catherine Moureaux (PS), la famille apprend en lisant la presse que l'homme qui a conduit l'assassin de Dion jusqu'à lui était sorti de prison. Il est en réalité assigné à sa résidence à Watermael-Boitsfort, où il y serait depuis 24 février. Après renseignement auprès de leur avocat qui n'était pas non plus au courant, la confirmation de la nouvelle a approfondi une plaie qui ne se refermera jamais. "On respecte la décision de justice mais on ne la comprend pas. […] Et si le tueur sort lui aussi ? Sera-t-on au courant ? Cela fait deux mois qu'il est dehors […]. Pour nous, c'est une deuxième balle." En fait, la famille cherche juste à comprendre. Comprendre pourquoi l'homme qui suspecté d'être complice dans l'affaire de Dion est libre avant même qu'ils n'aient plus d'informations sur la mort de leur fils.
Deux semaines de soutien et des factures au nom de Dion
Rien de contestable légalement parlant, donc. Mais de quoi reposer la question de l'accompagnement des familles de victimes, notamment pour mieux se préparer à ce genre d'épisodes. "L'aide aux victimes de la police est venue une semaine. Les deux premières semaines, on a eu beaucoup de monde, des proches, des bourgmestres", mais après… Plus qu'un désert de souffrance et des factures d'hôpital au nom de leur fils. En incapacité de travail, Nermina a perdu son emploi d'animatrice. En un an, l'ambulance a fait le déplacement cinq fois jusque chez elle, lorsqu'elle faisait des malaises de tristesse. Elle ne dort plus sans antidépresseurs, calmants et somnifères alors qu'elle n'en avait jamais pris auparavant. Arsim, son mari, se réfugie un peu plus dans le silence et dans la tristesse. Il reste deux filles, de 11 et 17 ans, elles aussi touchées par l'évènement jusque (logiquement) dans leurs bulletins scolaires. "On avait des projets à cinq. Maintenant, on n'a plus envie de rien. Notre vie, c'est le noir."
L'ordonnance de prise de corps de la chambre du conseil de Bruxelles doit être délivrée ce lundi 24 avril 2023 avant un réquisitoire de renvoi devant la cour d'assises de Bruxelles.