David Leisterh (MR) : "À Bruxelles, il faut un prêt logement pour remplacer les 20 % que les banques ne prêtent plus"
David Leisterh, président du MR bruxellois, et candidat à la ministre présidence de la Région bruxelloise, présente son plan logement.

- Publié le 08-02-2024 à 09h20
Le prix des loyers explose en Région bruxelloise, selon Federia. Dans le même temps, l'OCDE dénonce une crise aiguë du logement à Bruxelles. La priorité du PS, au sein du gouvernement, a été la construction de logements sociaux. Quel sera le projet du MR s'il arrive au pouvoir à Bruxelles pour combattre cette inflation des loyers ?
Notre projet va à l'opposé de ce qui s'est fait depuis 20 ans. L'augmentation des loyers à Bruxelles, c'est le gouvernement bruxellois qui l'a créée. Dans notre région, il faut entre deux et trois fois plus de temps qu'ailleurs pour obtenir un permis de bâtir. Résultat, la construction de logements stagne. L'offre de logements n'augmente donc pas, à l'inverse de la demande. C'est cela qui génère cette hausse des loyers.
C'est notamment pour simplifier ces procédures que Pascal Smet puis Ans Persoons (Vooruit) espèrent faire aboutir Good Living, et réformer le RRU (règlement régional d'urbanisme).
D'après les moutures de ce qu'on a vu de Good Living, ils ne sont pas dans une dynamique de délais plus rapides, au contraire. Je crains d'ailleurs que le gouvernement bruxellois fasse passer cette réforme au forceps avant les élections. Cela nous obligera à revenir dessus dès le début de la prochaine législature. À côté de cela, des signaux extrêmement décourageants sont envoyés aux investisseurs, comme la réforme des charges d'urbanisme, l'obligation d'enregistrer le bail au niveau régional ou l'obligation de construire 25 % de logements sociaux dans un projet global. Avec cette dernière mesure, ce sont les 75 % restants qui paient la différence. Cela impacte les jeunes classes moyennes qui voudraient bien rester mais quittent Bruxelles.
Comment garder ces jeunes à Bruxelles ?
En Belgique, on se trouve, en termes de logement, dans une dynamique compétitive entre régions. Comparée à la Flandre, qui a baissé ses droits d'enregistrement à 3 %, Bruxelles, où ils restent à 12,5 %, est moins compétitive. La Flandre lancera en plus, en 2025, un système que le MR veut également mettre en place à Bruxelles : le prêt de second rang.
De quoi s'agit-il, concrètement ?
À Bruxelles, nous voulons mettre en place un prêt logement régional, pour remplacer les 20 % que les banques ne prêtent plus. On le sait : la banque nationale (BNB) a imposé qu'une banque ne puisse pas prêter plus de 80 à 90 % lors d'un crédit hypothécaire. Quand on y ajoute les droits d'enregistrement et les travaux éventuels, cela rend l'acquisition d'un bien extrêmement difficile pour les primo-acquéreurs. Avec le système que nous proposons, l'acquéreur obtiendra un prêt et une garantie du fond du logement. Nous visons les ménages qui travaillent et dont le revenu devrait leur permettre de devenir propriétaires. Mais dont les parents n'ont pas les capitaux pour les aider à acheter. La Région les soutiendrait via une garantie ou un crédit d'apport, afin de soutenir leur solvabilité face aux banques. Le montant que ces personnes rembourseraient tous les mois serait in fine similaire à leur loyer. Mais à la fin, ils deviennent propriétaires. On peut estimer qu'il serait possible d'aider jusqu'à 4 000 primo acquéreurs par an. L'objectif qu'il y a derrière cette mesure, c'est de s'assurer que les personnes qui ont une capacité contributive restent à Bruxelles, en les fixant via leur logement. Sinon nous courrons encore plus vite vers la faillite.
Mais comment financez-vous cette mesure ? La Région bruxelloise est financièrement exsangue. Pour la prochaine législature, on s'attend plutôt à du sang, de la sueur et des larmes….
L'investissement que fera la Région, elle le récupérera deux fois, parce que les gens remboursent leur prêt au fond du logement, mais aussi parce qu'ils restent à Bruxelles et y paient leurs impôts. Cela nécessitera aussi une négociation avec les banques, comme l'a fait la Flandre. Pour le reste, oui, il faudra une politique budgétaire extrêmement difficile au niveau budgétaire, avec en effet du sang et des larmes.
Cela ne compensera pas la grosse différence avec la Flandre et ses 3 % de droits d'enregistrement. Le MR a déjà proposé de les baisser, mais Bruxelles n'a pas les moyens de la Flandre…
Je reconnais qu'on ne pourra pas baisser les droits d'enregistrement à 3 % demain, si nous sommes au pouvoir, car la différence budgétaire entre Bruxelles et la Flandre est énorme. Mais cet écart de 10 % est beaucoup trop élevé et nous devrons faire effort pour baisser les droits d'enregistrement à Bruxelles.
"Il faut arrêter de s'entêter à construire du logement social !"
Faut-il poursuivre l'effort de Nawal Ben Hamou (PS), Secrétaire d'État au logement ? Près de 2 000 logements sociaux ont inauguré sous cette législature et plus de 2 000 sont en cours de construction. Entre 2004 et 2019, à peine 1 600 ont été construits…
Il faut reconnaître qu'un certain nombre de logements a été construit sous Nawal Ben Hamou et que le bilan s'est amélioré par rapport au passé. Mais ces constructions coûtent excessivement cher et sont insuffisantes. En fait, construire du logement social est un mauvais outil pour les gens qui ont besoin rapidement d'un toit, dans leurs moyens (Ndlr : plus de 50 000 ménages sont sur liste d'attente pour un logement social). Il faut arrêter de s'entêter à construire du logement social ! On n'a pas le temps d'attendre. Pour offrir un toit rapidement à ces gens, et c'est ce que dit l'étude de Pol Zimmer, le meilleur moyen, c'est l'allocation loyer. Cette allocation finance le delta entre les moyens d'une personne et le montant du loyer.
L'allocation loyer existe déjà…
Oui, et Nawal Ben Hamou vient de guerre de lasse d'accepter de développer un budget plus important pour cette mesure, mais cela reste extrêmement faible. La seconde solution, ce sont les agences immobilières sociales (AIS), via lesquelles un propriétaire met en gestion son bien à un prix abordable, avec en échange un revenu locatif garanti. Ce système évite de parquer les plus défavorisés dans les ghettos. Mais Rudi Vervoort n'aime pas ces deux mesures, qui sont pourtant rapides et efficaces. Et je ne comprends pas pourquoi, si ce n'est par dogmatisme.
Mais si on ne construit pas de logement, on continuera à en manquer…
D'où l'intérêt à accélérer la délivrance de permis.
Le risque, c'est de mettre fin à la construction de logement social, mais que durant les années que prendra la réforme du RRU, on ne construise rien…
Cette réforme du RRU, on peut la faire aboutir en 100 jours, de même que nos propositions pour le logement !
Le PS plaidera, durant sa campagne électorale, pour le plafonnement des loyers. Et vous ?
Cette mesure peut paraître populaire auprès des gens, car un propriétaire sera en théorie obligé de baisser son loyer. Paris et Stockholm ont mis ce système en place. Et les résultats ne sont pas bons. Il crée un système de sous-location illégale. À Paris, le nombre de logements mis sur le marché de la location a chuté de 75 % en trois ans, car un marché noir s'est développé. La gauche veut s'attaquer au propriétaire mais au final le locataire paie aussi.