L'Avenue De Fré rebaptisée en avenue Alexeï Navalny, la commune d'Uccle s'y oppose : "il faut faire attention lorsque l'on manie les symboles"
L'avenue De Fré doit-elle changer de non pour faire un tacle diplomatique à Vladimir Poutine ? La commune d'Uccle n'est pas pour

- Publié le 20-02-2024 à 15h02
- Mis à jour le 20-02-2024 à 18h37
Depuis l'annonce de la mort de l'opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, une idée émerge sur le réseau social X : renommer l'avenue De Fré en avenue Alexeï Navalny. Le symbole serait fort, l'ambassade Russe aurait dès lors son adresse au 66 avenue Navalny.
Déjà au début du conflit entre l'Ukraine et la Russie, il y a bientôt 2 ans jour pour jour, un autre conseiller communal ucclois, Marc Cools (Uccle en avant) avait fait une proposition légèrement différente. Il souhaitait changer le nom d'un chemin, baptisé chemin de la Source et qui relie l'avenue De Fré à la rue Roberts Jones en logeant l'ambassade Russe, pour l'appeler chemin Volodymyr Zelensky, du nom du président de l'Ukraine.
Aujourd'hui il reprend cette proposition. "Changer les noms de l'avenue De Fré reste très compliqué. Déjà cela entraînerait de nombreux changements d'adresse pour tous les habitants de l'avenue. De plus, pourquoi effacer la mémoire de Louis De Fré, bourgmestre et député qui au XIXe siècle s'est battu pour que chaque commune dispose d'un cimetière qui accepte tout le monde, peu importe sa confession. À l'époque, les cimetières étaient autour des églises. Les personnes sans confession ou séparées y étaient parfois refusées par exemple. De Fré s'est battu contre cela. L'idée de renommer le chemin, elle, poserait beaucoup moins de problèmes d'autant plus qu'aucune adresse n'y est enregistrée."
"Poutine ne sait même pas où se trouve Uccle"
Sur l'avenue De Fré, le bourgmestre Boris Dilliès (MR) rejoint totalement l'argumentaire de Marc Cools. "Ma solidarité est totale avec les opposants de Poutine mais pourquoi débaptiser De Fré ? C'était un grand bourgmestre. De plus, on ne va pas avoir ce débat à chaque fois que Poutine élimine un opposant. Nous pouvons rendre des hommages : très prochainement une bâche à l'effigie de Navalny sera arborée sur l'administration communale, les drapeaux Ukrainiens flottent devant les façades des deux maisons communales (place Vander Elst et rue de Stalle, même si pour cette dernière, il est temporairement retiré car trop usé. Il sera bientôt réinstallé). On a aussi agi pour l'accueil des Ukrainiens. Là-dessus, nous avons la main. Et même si les symboles restent importants, il faut bien comprendre que Poutine ne sait même pas où se trouve Uccle. De plus on ne change pas un nom en un claquement de doigts, nous sommes en train de le faire pour une autre rue et nous sommes sur le dossier depuis un an. Il y a beaucoup d'étapes."
Exit donc le changement pour l'avenue De Fré. Mais quid du chemin qui lui est perpendiculaire ? Là aussi le bourgmestre s'y refuse. "Je m'appelle Boris, ça ne vient pas de nulle part. Je suis très proche de la diaspora Russe à Uccle qui est souvent très liée, via des couples mixtes à celle Ukrainienne. Ce sont aujourd'hui des victimes collatérales des actes de Poutines. On a des enfants ou des petits enfants qui se font invectiver parce qu'ils sont Russe. Il ne faut pas jeter l'opprobre sur eux et il faut surtout faire attention lorsque l'on manie des symboles."
"Ne pas se disputer sur la dépouille de Navalny"
Parmi les partisans du changement de nom, on trouve le conseiller communal et député bruxellois Emmanuel De Bock. Pour éviter de tomber dans les problématiques soulevées par ses deux collègues du conseil communal, il propose de renommer seulement un tronçon de l'avenue De Fré, pour limiter l'impact des changements d'adresse à quelques habitants et pour conserver l'hommage à De Fré. "Ce serait un symbole fort de soutien aux opposants à Poutine. J'ai mis ça sur la place publique, via X, mais il ne faut pas que l'on en arrive à se disputer sur la dépouille de Navalny. Cela doit faire l'objet d'un consensus, je ne veux pas piéger mes partenaires avec cette proportion."
De côté de Bruxelles Mobilité qui gère cette voirie régionale, on assure que les initiatives de changement de nom doivent venir des échelons politiques mais que la tendance est davantage à la féminisation de nom. Renommer des arrêts de transports peut encore se faire encore mais pour des rues cela devient plus complexe. À la connaissance de l'administration régionale, il n'y a pas de cas où un tronçon d'une avenue a un nom différent du reste, "et cela posera aussi quelques problèmes opérationnels."
À Paris, des proportions similaires ont été formulées pour le boulevard Lannes où se trouve l'ambassade de Russie.