Sait Köse, l'élu schaerbeekois qui avait soutenu le MR, dépose plainte contre deux élus PS proches d'Hasan Koyuncu : "Je me suis senti menacé"
Sait Köse a déposé une plainte avec constitution de partie civile pour "incitation à la haine et à la violence", "calomnie et diffamation".

- Publié le 05-11-2024 à 20h00

Une plainte, avec constitution de partie civile, a été déposée ce mardi au tribunal de première instance francophone de Bruxelles. Sait Köse, conseiller communal à Schaerbeek et ex-échevin, a déposé plainte pour "incitation à la haine et à la violence à l'égard d'une personne", "calomnie et diffamation", contre deux conseillers communaux socialistes schaerbeekois, à savoir Ibrahim Donmez, également député bruxellois, et Abobakre Bouhjar.
La séquence s'inscrit dans les suites particulièrement mouvementées de l'élection communale du 13 octobre dans la cité des ânes. Le MR s'oppose depuis trois semaines à ce qu'Hasan Koyuncu, tête de liste socialiste qui a obtenu le plus de voix de préférence, devienne bourgmestre. Un veto qu'Ahmed Laaouej, président du PS bruxellois, a qualifié "de raciste" ce samedi dans La Libre.
Petit retour en arrière.
Cinq jours après l'élection, le cartel MR-Engagés tente un coup de poker, afin d'inverser le rapport de force à Schaerbeek. Il débauche le conseiller communal Sait Köse, élu sur la liste citoyenne 1030 fondée par Georges Verzin. Avec ce renfort, le cartel MR-Engagés pense devenir la première force politique de la commune (11 sièges contre 10 au PS). Audrey Henry, la tête de liste MR, revendique dans la foulée le mayorat, déjà réclamé le soir des élections par le socialiste Hasan Koyuncu.
Quelques heures plus tard, surprise : Sait Köse rétropédale. Il annonce à La DH n'avoir "rien à déclarer à propos du MR".
Stupeur dans le camp libéral… " Les menaces que j'ai reçues m'ont amené à nuancer mon propos, recontextualise Sait Köse. Il y a eu, après mon annonce, de graves insultes proférées sur les réseaux sociaux. Je me suis senti menacé. Certaines personnes de la communauté turque ont par exemple essayé de faire croire aux gens que celui qui avait obtenu le plus de voix devait automatiquement devenir bourgmestre. Et que j'empêchais cela. Alors qu'à Bruxelles, cela ne se passe pas comme ça. Je me suis fait traiter de traître et certains ont demandé aux gens de se révolter contre moi. Aujourd'hui encore, je ne me sens pas en sécurité. Quand je vais à des mariages je dois faire attention, je me mets dos au mur. On ne sait jamais…"
Plusieurs publications sont visées dans la plainte. Comme celle d'Abobakre Bouhjar, conseiller communal à Schaerbeek, publiée le 15 octobre sur Facebook." Les électeurs se sont exprimés !! Hassan Koyuncu est le premier score à Schaerbeek et nous sommes la première force politique !! Le MR veut voler l'élection en débauchant un homme qui a été inculpé et condamné au pénal", écrit-il, en référence à la condamnation de Sait Köse en 2019 pour une série d'infractions liées à un état de faillite. Abobakre Bouhjar indique ensuite le mot "The Traitors" et "traitre", en commentaire.
Ibrahim Domnez, conseiller communal et député bruxellois, a quant à lui écrit, en turc, un message sur Instagram dans lequel il assure que Sait Köse "essaye d'envoyer le socialiste Hasan Koyuncu, qui a gagné les élections, dans l'opposition ! Notre peuple n'oubliera pas !", conclut-il, selon la traduction en français reprise dans la plainte déposée par le plaignant. Selon l'analyse de l'avocate de Sait Köse, ces propos appellent la communauté turque à se dresser contre son plaignant.
"Chacun payera ce qu'il mérite"
Ces diverses publications ont donné lieu à des commentaires virulents d'internautes. "On va te mettre à la rue", écrit l'une. "Un Turc ne fait pas ça à un Turc", écrit un autre. Ou encore ceci : "Si Sait accepte, il sera dans le collimateur de tout le monde" ; "En haut il y a Dieu, chacun payera ce qu'il mérite".
La plainte fait également référence à une vidéo postée sur Facebook, dans laquelle un proche d'un autre élu socialiste appelle la communauté turque à se soulever contre Sait Köse.
Contacté par La Libre, Ibrahim Domnëz, maintient ses propos.
"Ce que j'ai écrit était très clair, mais la traduction qui en a été faite ne l'est pas", nous indique le député bruxellois. "J'ai parlé des citoyens (NdlR : il a écrit en turc 'Halkımız unutmaz', ou notre peuple n'oubliera pas en français), qui n'oublieront pas ce qui a été fait, et je ne faisais pas référence à la communauté d'origine."
"Ce que j'ai reproché sur le fond, sur les réseaux sociaux, c'est que Sait Köse a changé de camp pour apporter son soutien au MR et aux Engagés, contre Hasan Koyuncu, qui en plus est son cousin, alors que le PS a gagné l'élection démocratiquement. Je n'ai pas changé d'avis", conclut Ibrahim Domnëz.
Cet épisode le confirme : la tension, à Schaerbeek, atteint des sommets entre le PS et le MR, pressentis initialement pour négocier ensemble une coalition…