"À New York, les rues sont plus larges" : le sapin de la Grand-Place de Bruxelles n'est peut-être pas le plus grand, mais il ravit toujours ses fans
Lucette, 8 ans, s'est levée à 5h du matin ce 21 novembre 2024 pour voir arriver le sapin de Noël sur la Grand-Place. Elle n'est pas la seule : cette tradition continue d'émerveiller. Car si l'élu de Rixensart a des cousins plus costauds à New York ou Hasselt, c'est bien lui le roi des fêtes de fin d'année en Belgique. D'ailleurs, l'arboriculteur qui le place a des dizaines de propositions par an, "toujours pour Bruxelles".
- Publié le 21-11-2024 à 12h45
"Pauvre arbre. Il a vécu pendant si longtemps et là on le coupe pour 14 malheureux jours".
C'est vrai, le conifère tout juste planté sur la Grand-Place de Bruxelles a poussé pendant 32 ans. Mais l'avis de cette dame promenant son chien dès potron-minet n'est évidemment pas partagé par tout le monde à l'aube de ce jeudi 21 novembre 2024. Car pour les curieux venus assister au traditionnel dressage du sapin de Noël, comme pour ses donateurs de Rixensart, voir ce Nordmann élever ses 20m en parallèle du beffroi de l'Hôtel de Ville est un honneur.
"Je ramène une branche"

Lucette, 8 ans, est une habituée de l'événement. Les manœuvres du convoi exceptionnel, le gargouillement de la vidangeuse qui pompe l'eau de la fosse, le ballet des grues géantes, les vrombissements de la tronçonneuse, les questions des journalistes, la petite Molenbeekoise connaît. "J'aime bien venir voir le sapin", opine-t-elle dans sa combinaison de ski. "Pour ça, je me suis levée très tôt, vers 5h du matin. Il est très beau cette année. J'en emporte une petite branche : je l'accrocherai dans ma chambre", explique-t-elle avant de filer à l'école.
Sur les pavés glacés, la fillette n'est pas venue seule. En plus de sa maman, elle aussi grande amatrice du moment, elle a emmené sa grand-mère. "Lucette est ravie de me montrer ça !", jubile Martine, venue de France pour passer quelques jours en famille. Et qui ne regrette pas d'affronter le froid. "On était là à 6 heures moins le quart. Déjà, j'ai apprécié d'avoir la Grand-Place pour moi toute seule. Et puis, ce sapin, c'est un beau travail d'équipe !", observe la mamy d'un œil pétillant. "Et puis j'adore votre enthousiasme, à vous, les Belges. À Paris, les gens seraient blasés. Moi j'irai voir aussi les sapins de Strasbourg et Colmar. C'est vraiment le parfum de l'enfance".
On n'est pas à New York
Les bras tournoyant dans l'air frisquet, gilet fluo sur le dos, Pierre Demesmaeker a des airs d'agent de piste d'aéroport. L'arboriculteur guide son grutier, qui manipule les tonnes de bois ondulant à son crochet. Le tronc du Nordmann que l'équipe d'Inter-Arbo vient de tailler tel un crayon se faufile dans sa logette au centimètre près. "Le sapin a été choisi assez tard", reconnaît le patron. "On avait d'abord retenu un arbre de Zoersel, près d'Anvers. On avait le permis d'abattage. Mais un membre des espaces verts avait noté une blessure. Par sécurité, on a alors choisi un autre sapin".


Beaucoup de gens nous téléphonent toute l'année pour proposer les leurs. Je fais mes tournées sur toute la Belgique. Les propriétaires veulent toujours voir leurs arbres à Bruxelles.
Aucune improvisation cependant. "J'ai tout un assortiment de photos de sapins convenables pour une grande ville", détaille Pierre Demesmaeker. "Beaucoup de gens nous téléphonent toute l'année pour proposer les leurs. Moi, je fais mes tournées sur toute la Belgique. Les propriétaires veulent toujours voir leurs arbres à Bruxelles. Mais c'est pas si évident", nuance l'expert. "Pour la Grand-Place, il faut limiter à 18 ou 20m, à cause de l'étroitesse des rues et des chantiers". Pas question donc de voir un géant "comme au Rockefeller Center" sur le pavé bruxellois, comme le suggère un curieux. "À New York, les rues sont si larges qu'ils peuvent manœuvrer des camions de 4m. Impossible ici", affirme celui dont l'entreprise fournit des sapins depuis 1915 et 5 générations. "On ne fait rien en dessous de 5m. Cette année, je pense que le plus grand sera à Hasselt. Mais vous le savez bien : la taille ne fait pas tout".
Eh oui, la déco joue évidemment son rôle. Cette année, le roi des forêts bruxellois se parera de 300 boules rouges et de 200 figurines d'éléphants. Après Plaisirs d'Hiver, début janvier, certaines seront dédicacées et vendues aux enchères pour l'association Make a Wish, qui réalise le souhait le plus cher des enfants malades. Qui sait : peut-être certains rêvent-ils d'assister, comme Lucette, à l'arrivée du sapin de Noël sur la Grand-Place ?
Comme la Tour Eiffel
Le sapin de la Grand-Place s'allumera pour la première fois le vendredi 29 novembre, soir de l'ouverture des Plaisirs d'Hiver 2024. À 18h, l'illumination inaugurale "métamorphosera le sapin en une série de tableaux créatifs lumineux", détaille Brussels Major Events, le bureau des grands événements de la Ville de Bruxelles. "Chaque LED soigneusement intégré à l'installation brillera dans des tons chauds de blanc ou de rouge vif, avec des effets lumineux continus ou scintillants, pour un rendu spectaculaire rappelant les jeux de lumière de la Tour Eiffel".
Le même soir, le premier sons et lumières de la saison se projettera sur l'Hôtel de Ville. Ce spectacle évolue quelque peu cet hiver. Il est confié aux experts français d'Electroson Studio. Et pour la première fois, "il s'agira d'un vrai 'mapping' à 360°" nous dit-on, plus uniquement de projections. Sa première, le 29 novembre donc, ne doit pas être loupée puisque 80 choristes de La Monnaie, enfants et adultes, chanteront juste après l'allumage du sapin. Ensuite, rendez-vous tous les jours de 17 à 22h pour 5 minutes d'explosion colorées chaque demi-heure (sauf les 24 et 31 décembre).
