Plan Bruxelles 2030 gelé : la perte d'attractivité menace la capitale de l'Europe
Alain Hutchinson, Commissaire de la Région bruxelloise auprès des institutions européennes et internationales, dénonce la suspension d'un groupe de travail censé affirmer la position de Bruxelles comme capitale de l'Europe.

- Publié le 27-08-2025 à 09h30
- Mis à jour le 27-08-2025 à 13h07

"Une rencontre très houleuse". C'est en ces termes qu'Alain Hutchinson (PS), Commissaire de la Région bruxelloise auprès des institutions européennes et internationales, résume la réunion qu'il a eue, peu avant les vacances estivales, avec le cabinet du Premier ministre, Bart De Wever (N-VA). Et dont La DH avait écho en juin dernier.
Il devait être notamment question de Bruxelles 2030, un groupe de travail mis en place sous la Vivaldi par Alexander De Croo (Open VLD), alors Premier ministre, et Rudi Vervoort (PS), Ministre président bruxellois. Ce groupe s'était réuni à plusieurs reprises sous la précédente législature avec pour objectif d'affermir la position de Bruxelles en tant que capitale de l'Europe.
"J'ai voulu assurer le suivi de cette plateforme, que je coprésidais avec Peter Moors (ex-chef de cabinet d'Alexander De Croo). J'ai donc demandé un rendez-vous au chef de cabinet de Bart De Wever (Paul Heyman). Il a finalement eu lieu en juin", poursuit Alain Hutchinson. "Mais l'entretien a très mal commencé… Le chef de cabinet de Bart De Wever a d'emblée expliqué qu'il ne discuterait pas avec un représentant de la Région bruxelloise. Il a pointé un manque de légitimité, car il n'y avait pas de gouvernement bruxellois."
On peut effectivement douter que l'exécutif bruxellois en affaires courantes soit en ordre de marche, et en état d'engager son poids politique…
"Finalement, la réunion s'est calmée, et le chef de cabinet du Premier ministre m'a dit qu'il reprendrait contact avec moi", reprend Alain Hutchinson. "Mais il ne l'a pas fait. Mon sentiment est clair : le Premier ministre a mis le plan Bruxelles 2030 au frigo. Et ce, alors que Bruxelles doit absolument rester attractive et compétitive pour les nouvelles institutions européennes et internationales qui voudraient y venir. Ces institutions représentent 25 % de la richesse créée à Bruxelles. On peut comparer cela à l'importance de la sidérurgie à Charleroi ou à Liège il y a 30 ans…"
La politique hostile de Luxembourg et Strasbourg
La plateforme Bruxelles 2030 avait été mise en place sous la précédente législature. Certains évènements, comme la réduction du patrimoine immobilier de la Commission à Bruxelles, avaient alors été interprétés par le précédent gouvernement fédéral comme "une menace pour l'avenir de la position internationale de notre capitale". Ces propos figuraient dans une note interne de la Chancellerie du Premier ministre, rédigée fin 2022 et qui avait été présentée au conseil des ministres. "Le Luxembourg et Strasbourg mènent une politique de siège très active, parfois hostile à l'égard" de la Belgique, pouvait-on lire dans ce document.
Pour y répondre, le groupe de travail "Bruxelles 2030" avait notamment listé 17 projets (le réaménagement de la place Schuman, la reconversion d'immeubles de bureaux ou encore le nouveau centre de congrès européen en face du Berlaymont…) censés dynamiser le quartier européen.
Alain Hutchinson ne mâche donc pas ses mots. "Ce comportement (de la N-VA) fait partie de ce jeu politicien auquel nous assistons à propos de la participation ou non de la N-VA au prochain gouvernement bruxellois. Leur objectif est de démolir la Région bruxelloise, pour en arriver à une cogestion par la Flandre. Ils ne feront donc rien pour nous aider. Je suis désolé de cette situation…", ajoute celui qui occupe son poste de commissaire bruxellois aux affaires européennes depuis 10 ans. Il faut impérativement qu'on arrête d'utiliser des dossiers aussi importants pour la capitale et la Belgique comme une balle de ping-pong entre la N-VA et Bruxelles."
L'école européenne
Le socialiste avertit contre les conséquences de ce manque de collaboration entre le fédéral, Bruxelles, et les institutions européennes. "Plusieurs dossiers qui relèvent des compétences fédérales sont très en retard. Il y a par exemple la question de la fiscalité appliquée aux contrats des milliers de stagiaires détachés par divers pays", reprend Alain Hutchinson. "Cela fait également 7 ans, depuis le Covid, que nous réclamons que les cartes d'identité européennes soient munies d'une puce afin qu'ils puissent avoir accès à Itsme, MaSanté etc."
Mais le cas le plus problématique, selon l'ancien Secrétaire d'État bruxellois, concerne la création d'une cinquième école européenne à Bruxelles, prévue à Neder-over-Hembeek. "Le Fédéral traîne lamentablement sur ce dossier, qui fâche fortement le commissaire Piotr Serafin (en charge de l'administration publique). Cela fait partie de l'accord de siège. L'école devait s'ouvrir en 2028, on parle finalement de 2030", souligne l'ancien député européen. "Il faut comprendre l'importance qu'il y a à pouvoir offrir une école européenne aux fonctionnaires qui viennent de l'étranger pour travailler à Bruxelles, alors que les conditions salariales sont moins attractives qu'il y a 10-15 ans."
"Bruxelles doit absolument rester attractive et compétitive pour les nouvelles institutions internationales qui voudraient y venir. "
Le Bruxellois se targue d'avoir mis en place d'excellentes relations entre les institutions européennes et la Région bruxelloise. "Par contre, quand ils ont besoin du fédéral, tout est bloqué", regrette-t-il.
"Le Premier ministre doit se bouger"
Signe d'un climat très tendu entre les niveaux de pouvoir, le socialiste avoue ne pas avoir avalé les critiques du Premier ministre, Bart De Wever, dans le dossier des travaux au rond-point Schuman.
Le gouvernement Vervoort avait en effet réclamé des fonds auprès de l'Europe pour finir les travaux au rond-point Schuman. Bart De Wever avait parlé d'une "humiliation totale" et contacté Ursula Van der Leyen pour lui demander de ne pas tenir compte du courrier.
"Les institutions européennes sont aux manettes depuis le premier jour dans le projet Schuman. Et si nous avons sollicité un budget c'est parce que Mme Van der Leyen elle-même avait fait savoir que la Commission était désireuse d'investir dans sa présence à Bruxelles. M. De Wever, qui ne connaît rien à ces dossiers, s'est contenté de nous tourner en ridicule", assène Alain Hutchinson. "La conséquence est que le projet Schuman se fera sans l'auvent (Ndlr : l'auvent devait se constituer l'élément central de la nouvelle place). On ne peut pas promouvoir notre image sur fond de conflit stérile entre la Région bruxelloise et l'État fédéral. Nous devons absolument nous entendre. Et le cabinet du Premier ministre, qui coordonne ces dossiers européens, doit maintenant se bouger."