Canal, étangs, piscines naturelles : à Bruxelles, les projets de baignade en plein air pataugent
Alors que les vagues de chaleur se multiplient, Bruxelles reste l'une des seules capitales européennes sans espace de baignade en plein air.

- Publié le 08-10-2025 à 10h00

La possibilité de se baigner en plein air dans la capitale refait surface à la sortie de l'été. Les résultats de l'étude citoyenne Watermonsters, menée début juin par plusieurs associations et la KU Leuven, montrent que 43 % des cours d'eau testés en Flandre et à Bruxelles présentent une qualité suffisante pour la baignade.
À Bruxelles, les mesures effectuées dans le canal, notamment près de Tour & Taxis, ont même révélé à plusieurs reprises une eau "propre à la baignade". Pourtant, la baignade en eau libre reste interdite dans la capitale.
Ces résultats relancent un vieux dossier. Faut-il ouvrir des zones de baignade en plein air dans la Région ?
Dans d'autres villes, ces espaces sont déjà accessibles. Un étang de baignade naturel existe à Anvers, on peut se baigner dans les canaux de Bruges, des parties de la Seine sont ouvertes à la baignade pour les Parisiens depuis cet été suite à un travail d'assainissement du fleuve pour les Jeux olympiques de 2024.
La question s'est invitée au Parlement bruxellois. À gauche, Kalvin Soiresse (Écolo) et Martin Casier (PS) insistent sur l'aspect social. Selon eux, offrir des lieux de baignade gratuits ou abordables est une question de justice climatique et sociale, en particulier pour les habitants des quartiers populaires. Ilyas Mouani (Vooruit) rappelle, lui, que Bruxelles est la seule grande capitale européenne sans piscine en plein air. La piscine Flow, située à Anderlecht, a fermé ses portes après plusieurs années en mai dernier.
Mais les avis divergent. Geoffroy Coomans de Brachène (MR) se montre sceptique. Selon lui, les eaux du canal restent trop polluées et dangereuses, à cause du trafic fluvial, des rejets industriels et des risques sanitaires. Il craint que la biodiversité et la santé publique soient sacrifiées et plaide pour des alternatives, comme les piscines naturelles ou des bassins mobiles.
Le gouvernement prône la prudence
Le ministre bruxellois de l'Environnement Alain Maron (Écolo) reconnaît l'intérêt des études, mais appelle à la prudence. Les tests montrent de fortes disparités, notamment la présence régulière d'E. coli dans la Senne. "Il n'est pas question d'autoriser la baignade dans une eau qui ne respecte pas les normes", prévient-il.
Le projet le plus avancé reste celui à Anderlecht, aux étangs de Neerpede. Une piscine naturelle, incluse dans un vaste plan de rénovation du parc, dotée d'un budget de près de 9,3 millions d'euros via Beliris, doit voir le jour. Mais le chantier suscite des recours et devra être confirmé par le prochain gouvernement.
D'autres pistes, comme le bassin du quai des Péniches ou un projet de piscine sur le site de l'Abattoir, restent pour l'instant incertaines, notamment au niveau des financements.
En attendant, certains habitants continuent de plonger illégalement dans le canal durant l'été, malgré les risques. Plusieurs députés ont appelé à accélérer les décisions, afin qu'une première infrastructure voie le jour d'ici 2026, mais la crise politique bruxelloise ne permet actuellement pas d'accélérer sur la question.