Un an après la mort de Fabian, renversé par la police, la famille souhaite que "justice soit faite"
Une commémoration avait lieu dimanche dans le parc Elisabeth en présence de la famille de la jeune victime.
- Publié le 31-05-2026 à 21h24

"Je souhaite que justice soit faite pour Fabian. C'est la seule chose que j'espère. Je ne veux plus qu'un enfant souffre comme le mien." Sous les arbres du parc Elisabeth, à Ganshoren, Cristina laisse échapper quelques larmes.
C'est ici que, le 2 juin 2025, son fils Fabian, âgé de onze ans seulement, a perdu la vie. L'enfant circulait à trottinette dans le parc quand une course-poursuite s'est engagée avec les forces de l'ordre. La voiture de police de la zone Bruxelles-Ouest l'a percuté et l'a écrasé.
Selon les premiers éléments de l'enquête, le véhicule roulait à plus de 40km/h, sans sirène, ni gyrophare. Ce dimanche, un an après le drame, une petite centaine de personnes se sont réunies pour lui rendre hommage.
"Fabian était un ami"
Au pied d'un mémorial composé de bougies et de photos, un quinquagénaire aide une dame âgée à déposer un bouquet de fleurs blanches. "Venir ici était un devoir pour moi, confie ce riverain de 58 ans. Je passe souvent dans ce parc. Depuis le drame, l'endroit a changé. À mes yeux, il est devenu un lieu de tristesse."
Sur son téléphone, il fait défiler une vidéo du jeune garçon, s'amusant dans la neige. Sa gorge se noue : "Fabian était un ami. Il jouait souvent avec mon chien."
"Ma petite fille a onze ans aussi. À cet âge, ils font des bêtises, mais ils ne méritent pas de mourir…"
Nadia, une habitante des environs, fixe le parterre. Ses grandes lunettes peinent à dissimuler ses yeux rougis par la tristesse.
"Même après un an, je ne peux toujours pas comprendre, souffle-t-elle. Comment un garçon peut-il mourir écrasé par la police ? Il n'avait rien fait de mal. J'ai deux enfants du même âge. Cela aurait pu être eux. Et, eux aussi me disent : cela aurait pu être nous maman."
"On n'oublie pas. On ne pardonne pas"
Les minutes de silences et de recueillement se ponctuent de slogans : "Fabian, on n'oublie pas. On ne pardonne pas", scandent plusieurs personnes. Au micro, une jeune femme prend la parole : "C'est un crime d'État. J'espère que justice sera rendue. Même si l'histoire nous montre que c'est rarement le cas lorsqu'il s'agit de policiers. Il y a encore eu des non-lieux dans l'affaire Domenico D'Atria (abattu par un policier en août 2023) ou encore Mehdi Bouda (percuté par un véhicule de police en 2019). Nous devons continuer à entretenir la mémoire de Fabian."
Adossée à un arbre, canne à la main, Josiane (nom d'emprunt) semble submergée par l'émotion. Le regard perdu, elle murmure : "Ma petite fille a onze ans aussi. À cet âge, ils font des bêtises, mais ils ne méritent pas de mourir…"
Un an plus tard : où en est l'enquête ?
Quelques jours après le drame, le policier au volant du véhicule qui a percuté Fabian a été inculpé pour entrave méchante à la circulation ayant entraîné la mort. Il encourt 20 à 30 ans de réclusion.
Un temps placé sous bracelet électronique, cette mesure a été levée le 2 juillet 2025. Depuis lors, l'agent a pu reprendre le travail sous conditions : il n'effectue plus de patrouille et occupe désormais un poste administratif.
L'enquête, menée par le Comité P (Comité permanent de contrôle des services de police, se poursuit. De nouveaux devoirs d'enquêtes auraient été réalisés. Des policiers et d'autres témoins ont notamment été entendus. Selon une source proche du dossier, l'instruction toucherait à sa fin. Aucune date de passage devant la chambre du conseil n'a cependant encore été fixée.
En parallèle de la procédure pénale, la famille du jeune garçon et le policier ont entamé un processus de justice restaurative. Cette démarche permet que le ou les auteurs d'infraction rencontrent les victimes avec l'aide de médiateurs spécialisés. Objectif : permettre le dialogue et la réparation du préjudice émotionnelle.
Au terme de six réunions préparatoires, les parties ont ainsi pu échanger pendant près de deux heures à l'automne 2025.
"C'était extrêmement important. J'en suis sorti plus apaisé, cela m'a permis de mieux comprendre ce qu'il s'était passé", confie Cristina, la maman de Fabian aux côtés de son avocate Me Ludmila Bulgar.
Et le cadre pour les courses-poursuites ?
Le décès du garçon avait également relancé le débat sur l'encadrement des courses-poursuites. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Quintin (MR) avait d'ailleurs demandé à la police de produire un cadre uniformisé au niveau national en la matière. Un dispositif qui n'existait pas jusqu'alors en Belgique.
Ce travail a débouché sur le projet de circulaire MFO-8, destiné à clarifier les règles pour l'ensemble des policiers du pays. Les syndicats n'ont pas encore marqué leur accord sur le texte, estimant que celui-ci présentait plusieurs insuffisances. "Les négociations se poursuivent", précise le cabinet du libéral.
