Isabelle Grippa chez Actiris, commissaire aux drogues du MR et incroyable cafouillage au sein du gouvernement bruxellois: "Le respect a disparu"
Le gouvernement bruxellois ne manque pas d'ambiance ces dernières semaines. La journée d'hier n'a pas fait exception.

- Publié le 23-10-2026 à 07h54
- Mis à jour le 23-10-2026 à 08h11

Journée tendue ce jeudi au Brugov. Si en apparence les points principaux se sont débloqués, cela ne s'est pas fait sans peine.
Le PS voulait la désignation d'Isabelle Grippa (actuellement directrice générale chez Hub Brussels) à la tête d'Actiris. Une désignation à laquelle s'est longtemps opposé Laurent Hublet (Les Engagés), ministre en charge de l'Emploi et donc d'Actiris, puisqu'Eric Mercenier (ancien chef de cabinet de l'ex-ministre-président socialiste Rudi Vervoort) était arrivé premier lors du processus de sélection. Mais le PS, dont les deux poulains étaient arrivés 1er et 2e de la sélection, voulait absolument placer la deuxième : Isabelle Grippa.
Le dossier était bloqué depuis plusieurs semaines alors même que la désignation de la précédente directrice d'Actiris, Cristina Amboldi, avait déjà fait débat à l'époque.
"Les notes des autres n'étaient pas beaucoup plus glorieuses"
De son côté, le MR tentait de montrer les muscles en matière de sécurité avec un nouvel arrêté ciblant les trottinettes dans les hotspots il y a quelques jours. Une mesure que certains proches de la majorité jugent déjà "inapplicable" ou du moins "pas du tout aboutie".
Le MR voulait enfoncer le clou sécuritaire et désigner son commissaire régional aux drogues. Un poste dont l'utilité a déjà été critiquée. La Dernière Heure avait révélé les deux finalistes du processus de sélection : Ken De Decker, chef de corps de la zone de police de Rhode-Saint-Genèse, et Miranda Scheers, directrice de la sécurité et de la prévention de la ville de Leuven, tous deux néerlandophones non bruxellois donc.
Lui est arrivé premier du processus, elle, cinquième. Les partenaires du MR n'ont eu aucune information sur la disparition des candidats arrivés 2e, 3e et 4e (trois francophones) de la liste des finalistes. Ce jeudi et déjà depuis la veille, le MR a choisi de porter… la 5e, Miranda Scheers. "Le PS a osé dire : on ne va quand même pas prendre une personne qui n'est pas arrivée première. Alors qu'il voulait faire passer Grippa devant Mercenier, nous relate-t-on. Le respect a disparu autour de la table."
"L'évaluation de Miranda Scheers disait qu'elle n'avait pas les compétences pour le poste… Mais les notes des autres n'étaient pas beaucoup plus glorieuses au final", développe un proche du gouvernement.
"Beaucoup étaient sceptiques par rapport à ce choix du MR, explique un autre. On a alors pensé à une demande de Benjamin Dalle." Le député CD & V dont le parti n'est pas au gouvernement avait en effet accepté de soutenir la majorité bruxelloise de l'extérieur, notamment si le gouvernement créait ce fameux commissaire régional aux drogues.
Le principal intéressé assure ne pas connaître personnellement Miranda Scheers, mais ne tarit pas d'éloges à son égard : "On me dit qu'elle est très appréciée à Louvain. Elle apporte des années d'expérience en matière de sécurité, de prévention des drogues et de collaboration entre différents niveaux de pouvoir. Elle a fait ses preuves tant au niveau local que national. De plus, c'est une figure de rassemblement capable de réunir les différents partenaires autour de la table."
"En même temps, quand les tableaux sont remplis avec l'IA…"
Le gouvernement de ce jeudi devait d'abord se mettre d'accord sur les tableaux budgétaires finaux de 2027. Visiblement, il restait pas mal d'ajustements à faire : "En même temps, quand les tableaux sont remplis avec l'IA…", nous glisse un insider.
Puis, la question de ces désignations est arrivée : "Le PS a tout bloqué et a menacé de ne plus nommer personne si on lui refusait Grippa", nous dit-on.
Le ton monte au point de devoir faire une "pause" avant de reprendre à 17 h. "Boris Dilliès s'est entretenu avec Laurent Hublet et Ahmed Laaouej, ministre et chef de file du PS bruxellois. Hublet avait peur d'un nouveau cas Amboldi pour Actiris" (la désignation de cette dernière avait en effet été cassée par le Conseil d'État, et sélectionner Isabelle Grippa à la place d'Eric Mercenier, arrivé premier, exposait cette nouvelle désignation à des contestations).
"Hublet voulait et espérait qu'Eric Mercenier retire sa candidature officiellement." Finalement, la situation se débloque. Mais pas comme les Engagés le souhaitaient.
Chacun présente sa victoire : le MR obtient Miranda Scheers comme commissaire aux drogues et Actiris reçoit Isabelle Grippa comme directrice générale. Le PS est content et Laurent Hublet envoie son communiqué.
"C'est une communication politique lamentable"
Sauf qu'ici aussi, ça coince. Les Engagés expliquent qu'Eric Mercenier a retiré sa candidature, laissant le champ libre à Isabelle Grippa. Mais très rapidement, l'information est démentie. Trois versions du communiqué partiront avec quelques corrections, au point de retirer totalement Eric Mercenier du texte. "C'est une communication politique lamentable. S'il y a des négociations entre partis, c'est bien, mais quel intérêt de mentionner le cas de celui qui n'a pas été désigné ? Surtout en disant qu'il a retiré sa candidature alors que c'est faux…" Dans la majorité, on n'a pas compris l'organisation des Engagés qui évoquent "une erreur". "C'est la honte, nous dit-on en interne. Ils semblaient avoir préparé leur communiqué pour montrer qu'ils avaient fait plier le PS en forçant les socialistes à faire retirer la candidature d'Eric Mercenier mais ça ne s'est pas passé comme prévu.."
Dans la soirée, le PS a donc bien obtenu le placement de Grippa, auquel Les Engagés s'opposaient mais ceux-ci pourraient récupérer Hub Brussels, et le MR s'en tire avec une commissaire aux drogues dont l'évaluation "plus que moyenne a déjà fuité dans la presse", résume une source proche du Brugov.
Mais le gouvernement n'en a pas fini. De gros dossiers arrivent encore, comme les 131 millions d'euros bloqués par le MR pour la SLRB.