"Relations sexuelles, défécations, attaque à main armée" : un chantier de Schaerbeek tourne à l'horreur, les ouvriers forcés de se déplacer en groupe
Le chantier de réaménagement du tunnel Thomas touche à sa fin… mais les conditions sur place suscitent toujours l'irritation. "C'était dangereux, une honte pour les riverains, les cyclistes, les piétons."

- Publié le 12-03-2024 à 20h19

Dans le quartier Nord, les grands travaux se succèdent. A deux pas de la place Liedts, un chantier en particulier irrite et fait couler de l'encre, par sa durée et ses nuisances : les travaux d'aménagement du tunnel Thomas, lié au réaménagement du tracé du tram à cet endroit. "Le chantier est totalement insalubre et risque de ne pouvoir être terminé dans les temps faute de sécurité suffisante sur les lieux", s'est indigné au Parlement bruxellois le député Sadik Köksal (MR), "consterné de voir tout un quartier sombrer chaque jour un peu plus dans la délinquance".
Selon le député libéral, le chantier sert "de spot de prostitution et de toxicomanie". Les travaux ont pour rappel été lancés novembre 2020 mais ont traîné en longueur à cause notamment du manque de coordination entre les interventions de la Stib et celles de Bruxelles Mobilité, déplore la bourgmestre Cécile Jodogne (Défi). "Pendant deux ans, on a eu des barrières, des trous… Un no man's land. C'était dangereux, une honte pour les riverains, les cyclistes, les piétons. J'ai écrit à Bruxelles Mobilité." Depuis la fin de l'année, les choses se sont certes améliorées, il ne reste désormais plus que les finitions à réaliser lorsque les conditions météorologiques le permettront.
En commission ce mardi, la ministre d'Elke Van den Brandt (Groen) a confirmé la "situation problématique" de ce long chantier qu'a connu le quartier schaerbeekois. "Les agents de Bruxelles Mobilité ont dénoncé au SIPPT (registre de faits de tiers) les exactions dont ils ont été témoin : relations sexuelles sur la voie publique, défécations sur le matériel de chantier, attaque à main armée sur du personnel de l'entreprise pour vol de matériaux et d'outils, vols à répétition dans les véhicules…"
En raison du climat d'insécurité, les agents de Bruxelles Mobilité doivent se déplacer à plusieurs. "Nos agents se sont arrangés pour se déplacer en groupe d'au moins deux personnes, si possible mixte, réduisant ainsi le risque et augmentant la sécurité subjective."
Un flou concernant les chantiers
Derrière ce cas précis se pose la question générale de la sécurité sur les chantiers bruxellois. Et dans ce cas, une zone de flou demeure. Pour Schaerbeek, les choses sont claires : "les zones de chantier doivent être protégées par ceux qui font le chantier", rappelle Cécile Jodogne. La ministre régionale le concède, mais rappelle toutefois que Bruxelles Mobilité n'a pas à mener des missions sécuritaires en substitution de la police et que les problèmes dépassent les barrières.
"Afin de réduire les risques", les futurs cahiers des charges prévoiront justement des caméras. "Il n'est pas exclu que si ces problèmes de sécurité perdurent, nous voyons à l'avenir les entreprises se doter de vigiles pour assurer, dans ce lieu privé qu'est un chantier, la sécurité de ses propres ouvriers et par là même du personnel de Bruxelles Mobilité qui s'y trouve. Néanmoins, cette approche ne réglera pas l'aspect sécuritaire au-delà des barrières délimitant cet espace, puisque les agents de Bruxelles Mobilité doivent se rendre sur les chantiers, et les passages au travers de certaines zones posent également problème."