Psychologue, Sylvain accueille ses patients à l'Arbri, un écolieu en pleine nature à Feluy : "Je cherche à collaborer avec d'autres thérapeutes"
Depuis janvier, Sylvain Vandaudenard tâche d'étendre les activités de l'écolieu où il accueille ses patients pour entre autres des thérapies familiales. Son engagement est autant dans le soin de la psyché humaine, que dans le recours à la nature pour faire communauté. Interview.

- Publié le 17-03-2025 à 09h02
- Mis à jour le 17-03-2025 à 16h29

Deux jours et demi par semaine, le psychologue Sylvain Vandaudenard sort des murs de l'hôpital de Tubize. Il accueille des patients au plus près de son biotope favori : la forêt. C'est à Feluy que depuis deux ans, lui et son épouse, Marion Godtbil, logopède, façonnent les contours d'un centre thérapeutique en devenir : l'Arbri.
Dans une butte entourée d'arbres, le couple a organisé le lieu autour de deux espaces thérapeutiques. "Dans un cabanon, je reçois les familles, les couples et parfois les individuels aussi. Il est aménagé depuis le mois de janvier 2025. Une tente permet d'accueillir jusqu'à une vingtaine de personnes pour faire des groupes de parole, etc." Impliqué dans la psychologie systémique, Sylvain considère la nature comme bénéfique pour la santé mentale.
"La recherche appuie cela. Quand il y a une immersion en nature, ça s'observe, surtout à partir de deux heures passées en nature. Il y a vraiment une diminution observée au niveau des symptômes anxieux et dépressifs, et tout le monde l'a déjà vécu."
En milieu naturel
Ces deux espaces ont fait l'objet d'une demande de permis d'urbanisme, acceptée par la Ville de Seneffe pour 10 ans. Le format devra rester amovible, étant donné que la zone n'est pas constructible. "L'Arbri se trouve dans une butte artificielle formée par un ancien terril, un remblai d'une carrière de pierre bleue", explique Sylvain, qui a fait ses propres recherches.

"La carrière a arrêté son exploitation et a priori, ça coïnciderait avec la première guerre mondiale où ils sont venus réquisitionner le matériel de forage de la carrière pour faire des tranchées. En cent ans, cette butte n'a plus été exploitée. Ce qui était à la base du déchet industriel, des rejets de pierre bleue, est devenu une petite forêt."
Cet écolieu a donc vocation à se développer, autant en installant des bureaux écoconstruits, qu'en accueillant d'autres soignants. "Pour l'instant, nous avons une thérapeute, infirmière de formation, qui propose des ateliers pour enfant autour des émotions toutes les deux semaines. Nous avons aussi une kinésithérapeute spécialisée en périnatalité. Elle vient donner une conférence le 21 mars. Des groupes de parole vont aussi tout doucement s'organiser."
Le trentenaire a déjà reçu la visite de kiné ou encore de masseurs, intéressés par une pratique proche de la nature. Son intention est de faire communauté, autant entre praticiens, patients, que voisins. Et comme de nombreuses initiatives liées au fait de briser l'isolement, sa démarche s'est cristallisée pendant la pandémie.

Sortir des 4 murs
"À ce moment-là, j'ai lancé mon activité indépendante. Je recevais chez moi un jour par semaine. Même si j'essayais de faire des séances du mieux que je pouvais, les patients arrivaient très seuls, très isolés, ils étaient parfois contents de leur séance, mais ils repartaient tout aussi seuls et isolés. C'était également une période dure pour les soignants, infirmiers, mais aussi psychologues", raconte-t-il, en évoquant l'augmentation de la demande et le constat d'une grande souffrance dans la population.
"De là est venue cette idée de pouvoir créer un projet qui permettrait d'amener du confort, de la sécurité, du bien-être tant aux patients qu'aux thérapeutes. Pour moi, le lieu qui permettait ça, c'était d'être dans la nature."
Entre 2020 et 2025, le thérapeute et sa partenaire de vie se sont lancés en quête d'un terrain, dans une aventure risquée financièrement, qui implique de facto toute la famille. "La première fois que nous avons visité le terrain, c'était en 2022. Et nous avons su l'acheter un an après, en août 2023. En voyant le terrain, j'ai réalisé que cela devait servir au plus grand nombre." Le lieu est ouvert à d'autres thérapeutes depuis janvier 2025.

Chantier participatif
L'Arbri servira a priori pour la patientèle des thérapeutes présents, mais Sylvain insiste sur l'ouverture au plus grand nombre. Un chantier participatif est d'ailleurs organisé le 20 avril prochain, pour aider à l'aménagement du site, ou simplement pour rencontrer les personnes présentes, dans la diffusion d'un message mûrement réfléchi.
"Au-delà de la thérapie, il y a la question pédagogique et sociale. Comment on réapprend à faire avec la nature ? Comment on la rencontre à nouveau et comment on réapprend aussi à être ensemble ? Quand je propose un chantier participatif, c'est évidemment pour avoir un peu d'aide, mais aussi pour que les gens se retrouvent."
L'intention est autant de faire communauté, que de partager des savoirs anciens. Seul, il a déjà débroussaillé le terrain, avec sa "petite faux, ma hache, ma serpe et ma machette" et il a notamment suivi le travail naturel des animaux qui "tracent déjà les sentiers."