Le ministre Desquesnes tranche les recours sur le permis de TotalEnergies à Feluy: "Quelle honte", dénonce Arnaud Guérard
TotalEnergies vainqueur sur toute la ligne? Le ministre s'explique et évoque de la "gonflette politique" dans le chef du conseiller Ecolo.
- Publié le 27-05-2026 à 15h11
- Mis à jour le 27-05-2026 à 15h47

À Ecaussinnes, le dossier TotalEnergies continue de faire des remous. Quelques mois après le renouvellement du permis unique du site pétrochimique, contesté tant par l'entreprise que par le conseiller communal écaussinnois Arnaud Guérard (Ecolo), le ministre wallon de l'Aménagement du Territoire, François Desquesnes, a tranché. Une décision qui provoque aujourd'hui la colère de l'élu local, convaincu que la Région vient d'effacer une série de garde-fous environnementaux jugés pourtant nécessaires par sa propre administration.
En octobre dernier, le renouvellement du permis avait été assorti de plusieurs conditions renforcées, dans un contexte marqué par les pollutions polymères, les questions autour des PFAS et des critiques sur la gestion environnementale du site. Parmi ces obligations figuraient notamment la dépollution du site et du sous-sol, une étude d'impact sur les cours d'eau environnants dans un délai d'un an, une période de sûreté de cinq ans pour évaluer les mesures mises en œuvre et le respect intégral des recommandations issues de l'étude d'incidences.
Des conditions que TotalEnergies avait contestées en recours, les jugeant trop contraignantes. Et selon Arnaud Guérard, le ministre Desquesnes a finalement donné raison, au moins en partie, à la multinationale.
"Quelle honte !", s'emporte le conseiller communal. "Le ministre Desquesnes cède aux exigences de TotalEnergies Petrochemicals et dispense la multinationale de conditions prévues pour protéger les riverains et l'environnement."
Pour l'élu Ecolo, ces mesures représentaient une avancée obtenue après "une mobilisation citoyenne importante" et "un travail de terrain long de plusieurs années". Il estime d'autant plus incompréhensible leur suppression que "l'administration régionale avait confirmé la nécessité de renforcer les conditions d'encadrement".
Autre point de crispation : le refus d'un comité d'accompagnement spécifique au site, demandé par Arnaud Guérard afin de renforcer l'information des habitants. Ce dispositif, prévu par le Code de l'Environnement, devait réunir entreprise, autorités publiques et citoyens autour d'un dialogue régulier sur les impacts du site.
Pour Arnaud Guérard, le verdict constitue aujourd'hui "un retour en arrière déplorable". Mais l'élu promet de poursuivre la surveillance du dossier "dans l'intérêt des habitants".
De son côté, François Desquesnes dénonce de la "gonflette politique" : "Arnaud Guérard fait preuve d'amnésie profonde. Il a été administrateur chez IDEA qui gère le zoning. Il a été échevin de l'Environnement à Ecaussinnes. Il y avait par ailleurs une ministre Ecolo de l'Environnement qui suivait le dossier lors de la précédente mandature. Et aujourd'hui, il vient jouer le chevalier blanc ? Dans quel monde vit-on ?"
Voilà pour la forme, qui témoigne un certain agacement chez le ministre. Mais sur le fond ? François Desquesnes récuse l'idée d'une capitulation devant TotalEnergies. "Déjà, ce n'est pas moi ou un des mes collaborateurs qui traitent le dossier directement. Après qu'un recours a été introduit contre le permis délivré par les fonctionnaires délégués du département Hainaut, ce sont les fonctionnaires régionaux, à Namur, qui ont rendu un second avis", poursuit le ministre. "Deux choses changent dans le permis. Tout d'abord, les contrôles journaliers des rejets d'eau sont maintenus pour Total. Une entreprise agréée externe vérifiera ces contrôles pour s'assurer que Total fait bien le job, mais pas tous les jours, ce serait trop contraignant. Il y a donc bien un suivi."
Enfin, sur la mise en place d'un comité d'accompagnement… "Il y a déjà un comité de suivi pour le zoning où il y a des représentants des communes et des riverains. Plutôt que de multiplier les structures et de disperser les moyens, nous ferons en sorte que ce comité puisse examiner les demandes spécifiques à Total", conclut François Desquesnes en rappelant que TotalEnergies demandait la suppression des conditions liées aux polymères et que cela a bien été maintenu.