"Paolo Falzone, vous êtes la honte de la communauté italienne du Centre", lance Me D'Agristina à l'accusé et soutient l'intention de tuer
Caustique, brillante, l'avocate pénaliste a démontré que Paolo et Antonino Falzone ont menti depuis le début de l'affaire. Problème pour les accusés, elle connaît le coin comme sa poche…
- Publié le 29-05-2026 à 11h01
- Mis à jour le 29-05-2026 à 11h04
Après les expertises et les témoignages souvent poignants entendus ces dernières semaines, le procès du drame de Strépy-Bracquegnies est entré vendredi dans une nouvelle phase : celle des plaidoiries des parties civiles. La première à prendre la parole a été Me Elena D'Agristina, qui représente six parties civiles.
Dès le début de son intervention, l'avocate a tenu à rendre hommage aux victimes. Devant elle, elle a déposé sept bougies. Sept flammes pour symboliser les sept victimes décédées lors du drame. L'avocate représente six victimes survivantes, mais parle au nom de tous. "Le combat, ils le mènent tous ensemble dans la douleur et la dignité", a-t-elle déclaré.
La joie des retrouvailles
Me D'Agristina est ensuite revenue sur le contexte particulier de ce carnaval de 2022. Après de longs mois marqués par les restrictions liées à la pandémie, les festivités avaient une saveur toute particulière.
"Ce carnaval 2022 avait une saveur particulière, ce sont les retrouvailles. Les gilles sont excités comme une femme une semaine avant son mariage. On choisit les costumes, les accessoires. Le gille, le roi du carnaval, doit être parfait, sinon c'est la faute des femmes", a-t-elle raconté, précisant être elle-même épouse de gille.

Le 20 mars 2022 devait être une journée de fête. L'avocate a décrit une ambiance joyeuse, sous une pleine lune, par un temps sec et relativement doux. "La journée s'annonçait parfaite", a-t-elle résumé, évoquant les aubades, la musique, les rires et les embrassades.
Puis survient le drame
Une voiture arrive à allure normale, les gilles s'écartent, "comme ils le font depuis des années. Cela n'a jamais posé problème". Il est un peu plus de 5 heures. Boum ! Paolo Falzone vient de tout détruire en miettes. Ce ne sont pas des confettis, mais des corps qui volent.
L'avocate a décrit "une scène de guerre", marquée par "un silence de mort" suivi des cris. "Vous avez détruit et ôté des vies. Là où se passait la fête, vous avez créé l'horreur", a-t-elle lancé à l'accusé. Elle a également dit rester "particulièrement choquée de la tristesse des professionnels des secours".
Selon elle, les survivants resteront marqués à vie. "Il n'y a que deux personnes qui n'ont pas du tout pensé à apporter un petit geste de secours", a-t-elle ajouté, visant Paolo et Antonino.
Pas un accident
Pour Me D'Agristina, les faits du 20 mars 2022 ne peuvent être réduits à un simple accident de la circulation. "Ce n'est pas un accident banal, c'est quelque chose de réfléchi", a-t-elle affirmé, estimant n'avoir constaté aucune empathie dans le chef de l'accusé.
L'avocate soutient la qualification de tentative de meurtre et de non-assistance à personne en danger pour les faits concernant ses clients, dont l'un est resté inconscient durant quatre jours aux soins intensifs après avoir été grièvement blessé à la tête. Elle a laissé à d'autres avocats le soin d'aborder la qualification de meurtre.
Au cours de sa plaidoirie, elle s'en est également prise à l'attitude de Paolo Falzone. Le qualifiant de "honte de la communauté italienne du Centre", elle a rappelé les combats menés par les immigrés italiens pour s'intégrer. "Vous avez transformé votre bébé en bombe pour créer une scène de guerre […]. Vous êtes possessif, vous êtes impulsif", a-t-elle lancé.
Les mensonges
L'un des axes majeurs de son intervention a porté sur les contradictions et les mensonges qu'elle reproche aux accusés. S'appuyant sur les pièces du dossier, elle a notamment utilisé une maquette de voiture pour illustrer ses explications. "Non, Paolo Falzone, votre voisin n'a pas menti, c'est vous le menteur", a-t-elle déclaré.
Selon elle, plusieurs éléments des premières déclarations de Paolo Falzone ont été démentis par l'enquête, notamment concernant le port de la ceinture de sécurité ou encore sa vitesse. "Sa première version aurait pu tenir la route il y a vingt ans. Mais nous avons les caméras, les données de la voiture, du GSM", a-t-elle souligné.
L'avocate a également contesté l'argument selon lequel la présence de signaleurs ou d'un véhicule de sécurité aurait pu empêcher le drame. Selon elle, ces dispositifs auraient au contraire pu provoquer davantage de victimes, comparant la situation à "deux boules de bowling".
En relisant les déclarations faites par Paolo Falzone au lendemain des faits, elle a insisté sur le fait que l'accusé a toujours affirmé avoir vu la route. Elle a notamment cité cette déclaration : "J'ai freiné et j'ai continué pour aller freiner plus loin […] et puis le pare-brise s'est cassé et j'ai mieux vu."
Elle a également rappelé qu'au cours de l'instruction, Paolo Falzone avait reconnu savoir "qu'il risque de tuer quelqu'un en adoptant cette vitesse, un piéton, quelqu'un qui part travailler". Il accepte donc les conséquences du risque, le dol.
Récit adapté
Selon Me D'Agristina, les différentes expertises ont progressivement conduit l'accusé à adapter son récit. Elle a notamment évoqué l'apparition, en juin 2022, de la vidéo tournée quelques minutes avant le drame, sur laquelle Paolo Falzone se filme alors qu'il roule à 174 km/h dans une zone limitée à 50 km/h.
"Il a eu quatre ans pour dire la vérité, mais il a continué à mentir dès le début du procès", a-t-elle estimé.
L'avocate a également contesté l'affirmation de l'accusé selon laquelle il ignorait que le carnaval se déroulait ce jour-là dans le village. Elle a rappelé qu'il avait assisté à des soumonces à La Louvière la semaine précédente et que de nombreuses affiches annonçaient l'événement.
Connaissant particulièrement bien les lieux du drame, Me D'Agristina a aussi remis en question l'itinéraire présenté par l'accusé. "Il n'a pas pu passer par Trivières pour aller à Bois-du-Luc chez son coiffeur, c'étaient les soumonces. Il a dû voir les barrières. S'il a pris la route par le zoning, il a dû voir les camions des forains", a-t-elle affirmé.
Me D'Agristina revient sur l'appel lancé par Paolo à sa maman, après l'immobilisation de l'auto sur la rue Léon Aubry. "Je suis foutu, dit-il". Il n'appelle pas les secours. "Cela démontre votre détermination après les faits et de ne vous préoccuper que de votre propre personne".
Elle a également mis en doute la version d'Antonino Falzone, qui soutient qu'il dormait au moment des faits. "Lundi, il nous a apporté une autre version : il était sur son téléphone", a-t-elle relevé, avant de souligner que les données du GSM montrent que l'appareil s'est éteint à 4h56, soit neuf minutes avant l'impact.
Tentative de meurtre
Pour la pénaliste, la qualification de tentative de meurtre s'impose. Après avoir analysé minutieusement la vidéo du drame, elle affirme que "toutes les vingt secondes, quelque chose rappelait que cette conduite représentait un danger". Selon elle, le choix de la musique accompagnant la story n'avait rien d'anodin.
"La route est parfaitement éclairée et le groupe est visible à près de deux cents mètres. Il a continué à filmer sans interruption. À une telle vitesse, il est impossible de ne pas regarder la route", soutient-elle. Une analyse corroborée par l'expert automobile.
Elle insiste sur cette expertise : "Il ne freine pas. Au contraire, il accélère". S'il avait pilé sur les freins, il aurait percuté les gens à l'arrière de l'auto à une vitesse de 30 km/h. "Il choisit de traverser la foule en voyant les corps voler. il choisit de ne pas freiner à bloc. Il sait qu'en percutant des gens, il ne peut arriver que ce qui est arrivé". Plusieurs témoins ont déclaré la même chose.
Enfin, elle constate que les deux hommes n'ont rien fait pour aider les victimes. À aucun moment, elle ne constate qu'Antonino ordonne à Paolo d'appeler les secours. À aucun moment, elle ne constate qu'il apporte de l'aide à la dame coincée dans l'auto, blessée mais vivante…
