Procès Falzone : "Ce n'est pas un conducteur qui a failli mais un conducteur qui a choisi… On dépasse largement le cadre de l'accident"
Plusieurs avocats ont dressé le portrait d'un Paolo Falzone animé par un sentiment de toute-puissance au volant et ont réclamé des réponses positives aux questions soumises au jury.
- Publié le 01-06-2026 à 15h58

Les plaidoiries des parties civiles se sont poursuivies lundi devant la cour d'assises du Hainaut dans le procès du drame de Strépy-Bracquegnies. Plusieurs avocats ont insisté sur la gravité des faits et sur les conséquences irréversibles laissées par la tragédie du 20 mars 2022.
Me Maé Collet a pris la parole au nom d'une jeune policière intervenue sur les lieux du drame. Selon l'avocate, la fonctionnaire de police a été confrontée ce jour-là à "l'horreur la plus brutale, la plus chaotique". Policière depuis seulement deux ans et décrite par sa hiérarchie comme promise à une belle carrière, elle n'a jamais repris le service depuis les faits. La jeune femme souffre aujourd'hui de graves séquelles psychologiques et multiplie les crises d'angoisse.

Représentant la Ville et le CPAS de La Louvière, Me Mathilde Dasnoy a évoqué une "adrénaline meurtrière" dans le chef de Paolo Falzone. Comme d'autres parties civiles, elle a accusé l'accusé de mentir sur plusieurs aspects du dossier. "Il a tout fait pour tuer, choisissant son arme qu'il a modifiée", a-t-elle lancé à la cour.
L'avocate a également rappelé l'importance du carnaval de Strépy, premier grand événement festif organisé après la période de confinement, alors que le carnaval de Binche avait été annulé. Si Paolo Falzone affirme qu'il ignorait la tenue des festivités, plusieurs éléments du dossier tendent selon les parties civiles à démontrer le contraire, notamment les nombreuses affiches annonçant l'événement et la présence des forains dans le village.

Me Alice Lhoas, qui défend plusieurs victimes grièvement blessées, a insisté sur les antécédents routiers de l'accusé. "La vitesse était presque devenue une banalité chez Paolo Falzone. Il ne se souvient même pas d'avoir payé des amendes", a-t-elle affirmé. Pour l'avocate, le sentiment de surpuissance ressenti par l'accusé derrière un volant est au cœur du dossier. Selon elle, le 20 mars 2022, Paolo Falzone aurait volontairement emprunté des petites routes afin de réaliser des vidéos destinées aux réseaux sociaux, une démarche qu'elle juge incompatible avec la prudence attendue d'un conducteur.
Concernant Antonino Falzone, poursuivi pour non-assistance à personne en danger, Me Lhoas a demandé la rediffusion des images vidéo. Elle a souligné qu'aucun appel aux secours n'avait été passé durant plusieurs minutes après le drame et a relevé ce qu'elle considère comme un geste agressif du convoyeur envers une victime alors que Paolo Falzone avait déjà quitté le véhicule.

Me Stéphane Hautenauve, qui représente un seul blessé présent dans le cortège, a quant à lui livré le récit d'un homme passionné par le folklore local. Celui-ci a vu des corps projetés dans les airs avant de reprendre conscience dans le poste médical avancé. "Ce sont des moments qui ont marqué des personnes parties là-bas dans l'innocence et l'allégresse", a plaidé l'avocat.
L'homme de loi s'est également interrogé sur certaines déclarations de Paolo Falzone. Alors que l'accusé affirme n'avoir aperçu qu'une seule personne dans sa voiture, deux personnes se trouvaient pourtant dans son habitacle selon les éléments du dossier. "C'est un mystère et maintenir cette déclaration est encore plus mystérieux", a-t-il estimé. Pour lui, Paolo Falzone savait dès le départ que des personnes se trouvaient sur sa trajectoire et disposait du temps nécessaire pour s'arrêter.
L'avocat a également évoqué la vidéo réalisée peu avant les faits et la musique choisie pour l'accompagner. Selon lui, le choix d'un morceau du rappeur Kaaris, "tout ce qui a de plus noir et de plus violent dans le rap français" n'est pas anodin dans le contexte de cette séquence filmée à bord de la puissante berline allemande conduite par l'accusé.

Me Julien Cowez, conseil du président de la société des Boute-en-trains, organisatrice du ramassage des Gilles, a balayé les critiques visant l'absence de balisage autour du cortège. Pour lui, la question relève du "faux débat". "Pourquoi baliser un cortège visible à plus de cent mètres ? ", a-t-il interrogé devant les jurés.
Pour illustrer son propos, l'avocat a comparé la scène à la longueur du Lotto Mons Expo, qui s'étend sur 163 mètres. "Le cortège est ici et Falzone n'est même pas encore entré dans le hall", a-t-il expliqué, soulignant la visibilité des participants sur la chaussée.
Spécialisé en droit de la circulation routière, Me Cowez a insisté sur le caractère exceptionnel du dossier. Selon lui, le drame de Strépy "n'a strictement rien à voir avec les affaires habituellement plaidées devant le tribunal de police". Évoquant les notions de défaut de précaution et de prévoyance, il estime que les faits dépassent largement le simple cadre de l'imprudence. "Chez Falzone, rien n'est laissé au hasard : la vitesse, la musique, la luminosité du plafonnier, le mode de conduite choisi et surtout l'itinéraire emprunté", a-t-il soutenu.

L'avocat a également pointé le rôle des réseaux sociaux, estimant que les abonnés de Paolo Falzone "ont nourri sa folie". Selon lui, l'accusé imposait sa manière de conduire aux autres usagers de la route, contraints de s'écarter à son approche.
Sur le plan technique, Me Cowez a contesté la possibilité même d'atteindre 173 km/h dans la rue des Canadiens. "Même l'expert automobile n'y est pas parvenu", a-t-il rappelé. Un policier verbalisant, également pilote automobile, aurait atteint 170 km/h lors d'essais mais se trouvait alors à la limite de la perte de contrôle. "Même la moto qui le suivait n'a pas réussi à rester à sa hauteur", a-t-il ajouté.
Pour l'avocat, le niveau de danger créé ce matin-là sortait du cadre habituel des risques routiers. "On a évoqué une explosion de gaz, un attentat, une voiture-bélier… mais personne n'a parlé d'un accident", a-t-il plaidé. Selon lui, Paolo Falzone a adopté "en toute connaissance de cause un comportement hallucinant". Dès lors, conclut-il, il n'y a aucune place pour le hasard : "Ce n'est pas un conducteur qui a failli, c'est un conducteur qui a choisi."
Concernant le comportement d'Antonino Falzone, il estime qu'il est dénué d'humanité.
