Procès Falzone : "Hier, Paolo le pilote. Aujourd'hui, Paolo le papa… Ne soyez pas dupes", déclare Me Gelay

L'avocat de Marianna et de Mattia Imperiale, dans un style incisif et un brin ironique, a taillé un costard sur mesure à Paolo Falzone, présenté comme un meurtrier.

Civil party lawyer David Gelay pictured during the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Monday 01 June 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. This is the fifth week of this extraordinary trial, the pleadings started. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR
Me David Gelay estime, lui aussi, que Paolo Falzone était animé de l’intention de tuer. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR ©Belgaimage

Avocat de Marianna et Mattia Imperiale, Me David Gelay a pris la parole lundi matin devant la cour d'assises du Hainaut pour défendre les intérêts de ceux qui ont perdu trois proches dans le drame de Strépy-Braquegnies, le 20 mars 2022 : leur père Salvatore Imperiale, leur tante Michelina et leur oncle Vito.

"Les faits sont établis, ils sont accablants", a lancé l'avocat en ouverture de sa plaidoirie. La mission confiée aux jurés est simple : déterminer si ce qui s'est produit ce matin-là relève de l'accident ou de meurtres et des tentatives de meurtre.

Le 20 mars 2022, Salvatore, Michelina et Vito étaient partis célébrer ensemble le carnaval. "Ils étaient heureux de se retrouver. Paolo Falzone leur a volé la vie, mais il leur a aussi volé leur mort", a déclaré Me Gelay.

Marianna a appris le décès de son père alors que celui-ci gisait à quelques mètres de l'endroit où elle se trouvait. "Il est mort seul." À 11 heures, la famille apprenait le décès de Michelina. Deux heures plus tard, celui de Vito. "Le monde s'est écroulé trois fois", avait résumé Mattia ce jour-là. Une douleur qui, selon l'avocat, s'apparente à "une peine à perpétuité", exécutée "dans une maison vide, devant une tombe, dans l'absence de trois êtres chers et des fêtes familiales".

Les choix de Paolo

Pour Me Gelay, Paolo Falzone a posé une série de choix conscients. "Il a accepté que la mort puisse résulter de ses actes. Ce n'est ni un moment d'inattention ni un coup du sort. C'est le fait d'un homme qui a continué à agir alors qu'il savait que la mort pouvait être la conséquence logique de son comportement." Citant la jurisprudence de la Cour de cassation, l'avocat estime que l'accusé a agi avec l'intention de tuer.

Selon lui, Paolo Falzone a eu à plusieurs reprises l'occasion d'éviter le drame. "Tout commence bien avant l'impact avec le cortège. Il choisit de faire le Fangio. Il choisit la vitesse, il choisit le spectacle, il transforme la route en décor. " Me Gelay souligne que ce comportement ne date pas de ce seul matin mais s'inscrit dans la durée. "Malgré les avertissements, il persiste. À bord de sa BMW, il se sent surpuissant, invincible."

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L'avocat décrit un homme centré sur lui-même, pour qui "les autres deviennent un obstacle". Il insiste sur la vitesse enregistrée au moment des faits : 174 km/h dans une zone limitée à 50 km/h. "C'est vertigineux. Vous n'êtes pas sur un circuit mais en agglomération." Selon lui, l'accusé avait parfaitement conscience du risque mortel que représentait sa conduite.

Me Gelay se dit également convaincu que Paolo Falzone a aperçu la foule. Il s'appuie sur les conclusions de l'expertise automobile, qui indiquent qu'un freinage maximal n'a pas été effectué. "Ce freinage ne l'innocente pas, au contraire. Il l'accuse parce qu'il n'est pas immédiat. S'il avait freiné à fond, le carnage aurait été évité. Tout pouvait encore changer. La mort n'était pas écrite. Mais il a continué."

Après la collision, l'avocat estime qu'un nouveau choix s'offrait à l'accusé : s'arrêter. "Il ne l'a pas fait." Il dénonce également les déclarations de Paolo Falzone affirmant ne pas avoir vu les victimes tomber sur la chaussée. "Quelle indignité !" s'est-il exclamé. "Sa priorité reste lui-même alors qu'il y a des corps éparpillés sur la route, des Gilles sur son capot et deux personnes dans son habitacle."

Pour la partie civile, l'argument de la panique ne tient pas. "Il cherche avant tout à quitter les lieux et à fuir le chaos qu'il laisse derrière lui. " Me Gelay rappelle que l'accusé a encore roulé durant plusieurs secondes après l'impact. "Il avait vingt-deux secondes pour sauver, pour aider. Au lieu de cela, il a freiné pour faire tomber le Gille."

Selon les experts, rien ne justifiait ce freinage à cet endroit précis. "Là encore, il avait un choix à faire. Il a choisi lui-même, quitte à tuer encore."

Pour la partie civile, le drame est le résultat d'une succession de décisions et non d'une fatalité. "Ce n'est pas un accident."

La priorité de Paolo : "lui !"

L'avocat a également évoqué le sort de Salvatore Imperiale et de Fifa, restés coincés dans le véhicule pendant près d'un kilomètre. "Ils gémissaient, ils exprimaient leur souffrance. Même les gémissements d'une personne à l'agonie ne l'incitent pas à aider."

Lorsque le véhicule finit par s'immobiliser, Paolo Falzone ne contacte pas les secours mais sa mère. "Cela révèle ses priorités. Son premier réflexe n'est pas de venir en aide aux victimes mais de penser à lui-même : Ma vie est foutue, je vais aller en prison."

Quatre ans après les faits, Me Gelay estime que l'accusé continue à se présenter comme une victime. Il rappelle notamment une déclaration faite à un expert psychologue, selon laquelle "cela aurait pu arriver à n'importe qui".

Civil party lawyer David Gelay pictured during the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Monday 01 June 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. This is the fifth week of this extraordinary trial, the pleadings started. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR
Me Gelay a rallumé les bougies en hommage aux victimes. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR ©Belgaimage

L'avocat a cité un arrêt rendu par une cour d'assises flamande. "Cette décision enseigne qu'une voiture peut devenir une arme et qu'un conducteur peut devenir un meurtrier."

Me Gelay a comparé l'attitude de Paolo Falzone à une partie de roulette russe. "À la différence près que ce n'était pas sa tête qui se trouvait au bout du canon."

L'image de Paolo

Il s'est également attardé sur ce qu'il qualifie de "nombreux mensonges" de Paolo Falzone. "Ces mensonges révèlent un homme incapable, encore aujourd'hui, d'assumer ce qu'il a fait", a-t-il affirmé devant la cour.

Selon l'avocat, l'accusé a constamment cherché à construire une image de lui-même. Avant le drame, d'abord, à travers les contenus qu'il publiait sur les réseaux sociaux. "Il recherche l'admiration des autres et se fabrique un personnage : Paolo le pilote", a-t-il déclaré.

Cette volonté de mise en scène ne se serait pas arrêtée après les faits. Me Gelay est revenu sur les propos tenus par Paolo Falzone lors de son interpellation. "Il lance aux policiers : "Abattez-moi !" Il sait pertinemment qu'aucun policier ne va l'abattre. Il faut créer l'image d'un homme effondré, détruit." L'avocat souligne que, quelques instants plus tard, il s'endort dans le combi sans même signaler la présence de deux personnes coincées dans son pare-brise.

Pour la partie civile, cette construction d'image se poursuit encore aujourd'hui. "Hier, le pilote. Aujourd'hui, le papa", a lancé Me Gelay. Selon lui, tous les moyens seraient mobilisés pour façonner ce nouveau personnage. Il a notamment évoqué, avec ironie, le témoignage d'une psychothérapeute venue à la barre. "Pour construire ce nouveau personnage, tous les moyens sont bons, même faire venir une psychothérapeute non reconnue, qui a vu des choses que d'autres, des professionnels reconnus eux, n'ont pas vues."

L'avocat a également évoqué l'enfant de l'accusé, estimant qu'il constituait "une victime supplémentaire" du drame. "Il grandira dans l'ombre d'un papa meurtrier", a-t-il déclaré.

Au terme de son développement, Me Gelay a estimé qu'il était désormais trop tard pour tenter d'humaniser Paolo Falzone aux yeux de la cour.

Enfin, il estime qu'Antonino est coupable de non-assistance à personne en danger. Il savait que les victimes gémissaient dans l'auto, il l'a déclaré, et n'a rien fait.

Paolo Falzone a exprimé un certain mal-être quand l'avocat s'est adressé à lui, à plusieurs reprises. Il n'a pas osé croiser son regard.

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