Procès Falzone : La défense d'Antonino plaide l'acquittement pour non-assistance à personne en danger
De la vidéo, Me Fabrice Guttadauria retient qu'Antonino a fait un geste pour arrêter une ambulance.
- Publié le 03-06-2026 à 15h30

La prévention de non-assistance à personne en danger est généralement examinée devant le tribunal correctionnel. Dans le dossier lié au drame du carnaval de Strépy-Bracquegnies, survenu le 20 mars 2022, la chambre du conseil et la chambre des mises en accusation ont toutefois décidé de ne pas dissocier le cas d'Antonino Falzone de celui de son ami, Paolo Falzone, conducteur de la BMW qui avait percuté un cortège carnavalesque.
Antonino Falzone, passager du véhicule, est poursuivi pour s'être volontairement abstenu de porter secours à une soixantaine de personnes exposées au danger. Mercredi, son avocat, Me Fabrice Guttadauria, a plaidé son acquittement, conformément à ce qu'il avait annoncé, malgré les plaidoiries des parties civiles, le réquisitoire de l'avocat général et l'existence d'une vidéo que plusieurs intervenants au procès considèrent comme accablante.
Un homme qui vit reclus
Au cours de sa plaidoirie, l'avocat est revenu sur les qualificatifs employés à l'encontre de son client. "Le convoyeur, le copilote, le lâche, le sidéré", a-t-il énuméré, estimant qu'Antonino Falzone avait été transformé en symbole négatif de cette affaire. Selon la défense, l'homme vit aujourd'hui reclus avec sa famille après avoir reçu des menaces de mort, des photographies d'armes et avoir été pris à partie dans la rue. Il aurait également perdu son emploi et vu son entourage s'éloigner. "Pourtant, il ne se plaint pas face à l'océan de souffrances qui se dresse devant lui", a souligné Me Guttadauria.
L'avocat a rappelé que six personnes étaient décédées sur le coup. Selon lui, son client ne pouvait matériellement plus leur porter assistance. "C'est contraire aux éléments constitutifs de l'infraction", a-t-il soutenu.
La défense a également insisté sur le statut juridique du passager d'un véhicule. "En Belgique, le passager est un usager faible. Cela a été oublié pour laisser place à un monstre qui n'a eu, à aucun moment, la maîtrise des événements", a plaidé Me Guttadauria.
Après l'impact
Selon lui, Antonino Falzone n'était pas attentif à ce qui se passait sur la route avant l'impact, qu'il ait été réveillé ou non. Il s'appuie notamment sur un cri "ho ho" entendu dans l'habitacle. Dès lors, faire débuter la prévention à cet instant serait, selon la défense, "absurde".
Pour Me Guttadauria, l'analyse doit commencer au moment où la voiture s'immobilise rue Léon Aubry. À ce stade, seuls deux occupants du véhicule seraient encore concernés : Salvatore Imperiale et Fifa Ricotta, tous deux coincés dans l'habitacle. Le premier est décédé, tandis que la seconde a été grièvement blessée. "Dès lors, seule Fifa Ricotta était exposée à un péril grave", a estimé l'avocat.
La défense a ensuite abordé la question du refus d'intervenir, qu'elle considère comme un élément central de l'infraction. Selon elle, cette notion doit être appréciée à travers l'état psychologique de l'intéressé au moment des faits.
L'état de sidération
Comme annoncé, Me Guttadauria a développé la thèse de l'état de sidération. "Cet état est évident", a-t-il affirmé. Il s'est appuyé sur l'avis d'un expert intervenant habituellement auprès des cours et tribunaux. "Il ne s'agit pas d'une espèce d'expert, comme l'ont déclaré les parties civiles. Ce qu'il dit ne leur plaît simplement pas", a-t-il déclaré. Selon ce spécialiste, une forme de déconnexion entre le corps et l'esprit aurait affecté Antonino Falzone après le drame.
L'avocat a également contesté les témoignages de plusieurs passants ayant affirmé que son client riait ou ricanait après les faits. "Ce n'est visible sur aucune caméra, on ne l'entend pas, et certains témoins se sont constitués parties civiles avant de témoigner afin de ne pas devoir prêter serment", a-t-il soutenu. Avant d'ajouter : "C'est scandaleux d'imputer un ricanement diabolique à Antonino à ce moment-là. C'est charger la mule."
Un geste
Évoquant ensuite les images vidéo, Me Guttadauria a relevé un geste effectué par son client en direction d'une ambulance, accompagné d'un cri. "Il aurait peut-être mieux fait de se jeter sous l'ambulance", a-t-il lancé, provoquant des réactions indignées parmi les parties civiles présentes dans la salle.
Assumant la portée de cette formule, l'avocat a poursuivi : "On ne peut pas lui reprocher d'avoir été inefficace. Ce geste est un élément objectif. Dans un état de sidération, c'est sans doute l'action la plus évidente qui lui est venue à l'esprit. Tout cela ne plaît pas aux parties civiles parce que cela démonte l'image du monstre égoïste."

