Selon son avocat, Paolo Falzone a été surpris par la présence du cortège sur la route : "Il s'intéresse à sa vitesse, pas aux obstacles"

Seul contre tous, Me Discepoli, l'avocat de Paolo Falzone, conteste l'intention de tuer au moment de l'impact avec le groupe. Il plaide pour six homicides involontaires et des coups ou blessures. Il plaidera sur la scène avec le gille ultérieurement.

Lawyer Frank Discepoli, defending P. Falzone pictured during the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Tuesday 02 June 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. This is the fifth week of this extraordinary trial, the pleadings started. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR
Frank Discepoli, seul contre tous, a bataillé ferme.BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR ©Belgaimage

Me Frank Discepoli avance seul. Seul contre tous, dans cette salle d'audience bondée comme au premier jour.

Le 20 mars 2022, un dimanche qui allait basculer dans l'horreur, son téléphone n'avait cessé de sonner. Il a pris connaissance des messages le lendemain. Une femme insistait. C'était la mère de Paolo Falzone. Son fils venait de se retrouver au cœur d'un drame qui allait bouleverser tout un pays. "Mon fils a tué des gens, pouvez-vous nous aider ?" Au volant de sa voiture, il avait percuté un cortège carnavalesque rue des Canadiens, à Strépy-Bracquegnies, semant la mort et la désolation : six personnes avaient perdu la vie, des dizaines d'autres avaient été blessées.

Pour porter une telle cause, il fallait un avocat rompu aux affaires les plus sensibles. Frank Discepoli avait accepté. Non par goût de la controverse, mais par fidélité au serment qu'il avait prêté : défendre, quelles que soient les circonstances, celui qui en a besoin. Il admet qu'il aurait pu se retrouver sur le banc des parties civiles étant originaire de Maurage, ayant des amis à Strépy-Bracquegnies.

Quatre ans ont passé. Pourtant, dans cette salle d'audience, l'avocat semble plus seul que jamais, parlant à la place d'un homme incapable de s'exprimer "sans être à côté de la plaque".

Seul face aux parties civiles, dont les blessures ne se sont jamais refermées. Seul face à une armée d'avocats, parmi lesquels figurent plusieurs ténors du barreau, tous convaincus qu'il ne s'agit pas d'un simple accident. Seul face à l'avocat général, qui voit lui aussi dans la mort du gille D'Andrea les contours d'un assassinat. Seul, enfin, face à une opinion publique qui réclame des comptes et voudrait voir Paolo Falzone sévèrement condamné.

Devant cette montagne judiciaire et humaine, cet Everest de douleur, de colère et de certitudes, Frank Discepoli se lève. Depuis le premier jour, il n'a jamais varié. À contre-courant, malgré les regards et les critiques, il défend la même thèse : celle de l'accident.

Combattre les certitudes

À la barre, l'avocat s'emploie à ébranler ce qu'il qualifie de "certitudes" avancées par les autres parties au procès. S'adressant aux jurés, il les exhorte à la prudence : "Je vous demande de réfléchir et de ne pas admettre les arguments qui vous ont été présentés jusqu'à maintenant."

L'avocat dit également peiner à comprendre la position du ministère public, auquel il reproche de ne faire "aucune distinction entre les victimes alors que les questions sont individualisées".

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Pour étayer son raisonnement, il rappelle les nombreuses zones d'ombre du dossier. Selon lui, il s'est avéré impossible de déterminer avec précision la position des personnes présentes entre la chaussée et le trottoir. De même, l'expert n'a pas été en mesure de reconstituer la trajectoire exacte du véhicule.

Me Discepoli évoque encore la présence de plusieurs personnes dont les noms n'apparaissent pas dans le questionnaire. "La voiture fait 2,13 mètres de large, rétroviseurs compris, alors que la route dépasse les onze mètres de largeur", souligne-t-il, estimant que les conclusions du ministère public procèdent d'un raccourci trop rapide. À ses yeux, seule l'analyse individuelle des déclarations permettra d'établir où se trouvait réellement chaque victime. "S'il a voulu tuer tout le monde, comment aurait-il pu faire concrètement ? ", interroge-t-il.

À ce stade de sa plaidoirie, l'intention homicide est frontalement contestée. Me Discepoli rappelle que le juge d'instruction n'a pas retenu cette qualification, alors même que Paolo Falzone a reconnu que sa conduite irresponsable pouvait entraîner la mort d'autrui. L'avocat établit alors un parallèle avec un conducteur en état d'ébriété qui prend le volant ou avec un automobiliste circulant à 70 km/h dans une zone limitée à 30 km/h à proximité d'une école. Tous prennent, selon lui, le risque de tuer quelqu'un. "Et on va me dire que c'est une tentative de meurtre ? Soyons sérieux", lance-t-il.

Pas un attentat

Pour la défense, la situation ne saurait être assimilée à celle de l'attentat de Nice du 14 juillet 2016. Paolo Falzone, soutient-elle, n'a pas délibérément lancé son véhicule dans une foule avec l'intention de provoquer le plus grand nombre possible de victimes. Dans la même logique, Me Discepoli souligne que les conducteurs qui comparaissent quotidiennement devant les tribunaux de police prennent eux aussi des risques potentiellement mortels. "Si ces gens sont poursuivis pour une tentative de meurtre, les tribunaux de police vont pouvoir fermer leurs portes", plaide-t-il.

L'avocat rappelle que le nombre de victimes ne suffit pas à démontrer une intention de tuer et insiste sur un principe fondamental du droit pénal : l'aveu, à lui seul, ne constitue pas la reine des preuves.

L'effet de surprise

Pour l'avocat, plusieurs éléments du dossier ne permettent pas de conclure à une intention de tuer. Le premier est l'effet de surprise. "La vidéo montre beaucoup de choses, mais imaginons qu'elle n'existe pas. Nous aurions des témoignages contradictoires : certains évoqueraient une accélération, d'autres affirmeraient qu'il avait aperçu les personnes de loin. Heureusement, cette vidéo a pu être analysée en détail, tout comme le rapport d'expertise de 300 pages. Des éléments objectifs en ressortent : Paolo filme son tableau de bord, pas la route. Il s'intéresse à sa vitesse, pas aux obstacles", souligne Me Discepoli.

L'avocat pointe également un autre élément objectif : l'absence de signalisation sur le parcours, alors même que la commune imposait certaines mesures de balisage. "Si une signalisation avait été installée, les choses se seraient-elles déroulées autrement ? Je n'en sais rien. Mais je sais qu'un balisage sert précisément à attirer l'attention des personnes qui ne sont pas attentives."

Paolo savait-il qu'un carnaval et un ramassage de Gilles étaient organisés ce jour-là ? Me Discepoli relativise : "Même un policier de la région n'avait pas compris qu'il s'agissait du carnaval de Strépy. Mais Paolo, lui, aurait dû le savoir ?"

L'avocat rappelle que la musique diffusée à très haut volume dans le véhicule couvrait la plupart des bruits extérieurs, à l'exception d'un "ho ho" audible une fraction de seconde avant l'impact. Pour lui, cette réaction spontanée traduit la surprise du conducteur, "comme l'ont d'ailleurs conclu les experts", et cet effet de surprise ne traduit pas une intention de tuer.

Une seconde trente-trois

Selon les experts, Paolo a ensuite freiné, le véhicule passant de 173 à 105 km/h au moment de l'impact.

Selon les parties civiles, Paolo a fait le choix de poursuivre sa route dans la foule et d'écraser des gens. Me Discepoli répond que les experts ne l'affirment pas. La foule était sur 25 mètres de profondeur. "À partir du moment où cette foule est impactée à 105 km/h, combien de temps faut-il pour attendre la fin du cortège ? Une seconde trente-trois… L'expert a fait le calcul à l'audience. Une seconde trente-trois pour décider d'en écraser d'autres… A-t-il eu une réflexion ? "

L'avocat estime qu'il existe une autre hypothèse que celle exposée par les parties civiles et l'accusation : des homicides par défaut de prévoyance et de précaution et des coups et blessures.

Il abordera ensuite la scène avec le gille…

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