Les éditions Kennes en procédure de réorganisation judiciaire

La maison d'édition carolo Kennes est entré en PRJ, les finances vont mal. Pistes pour redresser la barre et éviter la faillite avec Dimitri Kennes, le fondateur.

Dimitri Kennes, dans sa maison d'édition de Loverval
Dimitri Kennes, dans sa maison d'édition de Loverval ©VAN KASTEEL

Kennes est en PRJ, en procédure de réorganisation judiciaire. Ce n'est pas un gros mot, et ce n'est pas une faillite. Au contraire : la maison d'édition basée à Loverval va mal, financièrement, mais la PRJ est un outil légal prévu pour éviter les faillites. En deux mots, il s'agit de "geler" les dettes le temps de se réorganiser – afin de se remettre sur les rails et de pouvoir payer ses créanciers à temps.

La descente aux enfers

Comment en est-on arrivé là ? D'après Dimitri Kennes, le fondateur et directeur actuel, c'était une belle histoire jusqu'à 2020. Avec la Covid et le confinement, toute une série de mauvais choix stratégiques, l'effondrement du marché "Jeunesse" traditionnel au profit du manga, le tout couplé à l'explosion du prix du papier (qui a doublé avec la guerre en Ukraine)… l'entreprise est aujourd'hui dans une impasse. "Il y a toute une série d'éléments, de décisions, qui amènent à la situation actuelle", explique-t-il. "D'abord, il y a eu la Covid. On n'a rien vendu pendant trois mois, on a contracté des emprunts pour continuer à payer le personnel et étoffer notre catalogue pour être prêts à la sortie du confinement. L'année 2020 se termine tant bien que mal en positif, et le groupe français Delcourt – avec qui on a de très bonnes relations – rejoint le capital : l'idée c'était de booster notre présence en France grâce à eux, et nous leurs ventes en Belgique. Avec cet argent, on décide d'investir pour développer notre catalogue jeunesse. Puis en 2021, c'est la catastrophe : les BD jeunesse et les romans ne se vendent plus. Le manga se vend soudain trois fois plus, couplé à des séries et des animes qui permettent de booster la popularité, et on ne l'a pas assez anticipé. Tous nos investissements dans le marché jeunesse n'ont absolument pas fonctionné, cet argent s'est envolé. On espère alors que l'Euro 2020, qui se jouait en 2021, allait nous permettre de remonter la pente puisqu'on a les droits sur les Diables Rouges, et qu'on avait justement toute une série de bouquins prêts à sortir. Mais avec les faux spectateurs et les faux applaudissements, c'est un flop… l'esprit n'y est pas, et ça vend très peu. Début 2022, on se demande ce qu'on peut faire pour redresser la barre : on réduit notre catalogue roman et BD jeunesse, on doit licencier des gens, on arrête des projets, on annule les commandes de tomes 3 ou 4 de certaines séries… ça a été très douloureux. Mais on pouvait se reconcentrer sur nos incontournables : Ninn, Putain de Chat, Léa Olivier, les Foot furieux, etc. On espérait alors pouvoir s'appuyer sur Delcourt pour mieux vendre nos titres en France, mais avec les changements rapides du marché de l'édition, ils avaient d'autres priorités, ce que je comprends parfaitement. Et on espère encore qu'avec le Mondial, ça va marcher : on a deux bouquins dont on espère beaucoup… et c'est à nouveau l'échec. Le Qatar ne fait pas rêver, les Diables ont une image assez mauvaise, et même si les rayons "Foot" des libraires et des supermarchés sont présents, ça vend très peu. Et en parallèle, on sent que notre phare, qui assurait nouveaux lecteurs et rentrées d'argent, Léa Olivier, est sur la fin, on a dépassé les vingt tomes et on n'a jamais réussi à trouver quelque chose qui plaise autant."

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.
Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...