Charleroi : pour Mahmut Dogru, "il faut reconstruire entièrement l'échevinat des Bâtiments"
Un mois après leur installation dans le collège communal de Charleroi, les échevins pointent leurs priorités et urgences. Rencontre avec Mahmut Dogru.
- Publié le 22-01-2025 à 12h16

Si, en 18 ans, trois échevins l'ont précédé dans la fonction, aucun n'est parvenu à restructurer le département des Bâtiments, l'un des héritages les plus lourds de la gestion de Charleroi. Pour Mahmut Dogru (PS), qui a repris le portefeuille, il s'agit moins de remettre en état, entretenir ou vendre des biens immobiliers, que de réorganiser le service en profondeur. L'échevin plaide ainsi pour un échevinat des Bâtiments "base zéro". "C'est un peu le même travail que celui auquel je me suis attelé sous la précédente mandature avec la Propreté, note-t-il. Repartir sur de nouvelles fondations."
Charleroi gère un parc de quelque 680 bâtiments, y compris les chalets de Marcinelle-en-Montagne dans les Alpes françaises. Là-dedans, il y a des biens dont les murs et les toits sont pourris, des édifices à réparer d'urgence, d'autres à tenir à l'œil, des chantiers à piloter, des marchés publics à élaborer. Quels moyens humains, quelles ressources, quelle méthodologie? "C'est par là qu'il faut commencer", assure l'échevin. Face à l'ampleur de la tâche, explique-t-il, deux attitudes sont possibles: s'asseoir, prendre sa tête entre les mains et se mettre à pleurer en se disant qu'on n'y arrivera pas. Ou essayer quand même en partant d'une page blanche.
"Avec mon équipe, je me donne trois à quatre mois pour dresser un état des lieux complet, évaluer les procédures de gestion de nos stocks de matériaux, notre fonctionnement interne, faire un cadastre de nos effectifs et compétences, de notre bureau d'études, revoir l'organisation de notre service du patrimoine, revoir notre politique locative et de mise à disposition d'espaces." Encore faudra-t-il obtenir les moyens de cette ambition... Une certitude pour Mahmut Dogru: la Ville ne peut plus se permettre de concéder l'occupation de bâtiments sans contrepartie, notamment d'anciennes maisons communales annexes. Elle doit aussi se débarrasser de ce qui mine ses finances (frais de sécurisation et d'assurances). Il lui faut enfin améliorer son efficacité. "Chaque année, notre centre des bâtiments reçoit 75 000 demandes d'intervention. Rien que le traitement de ces demandes touche aux limites du gérable. Il faut changer de modèle", analyse l'échevin.
Selon lui, près d'un quart des biens immobiliers communaux doit être vendu. Ceux qui sont désaffectés sont exposés à des risques d'incendie, de dépôt de déchets clandestins et coûtent cher. Par exemple, l'ancienne Maison du peuple de Marchienne. Par ailleurs, de gros chantiers vont débuter: la modernisation du centre Temps Choisi à Gilly, la construction de la cité administrative à Charleroi, les rénovations énergétiques du programme Renowatt pour n'en citer que quelques-unes. "Et je ne parle pas des marchés publics à préparer. Pour retrouver notre efficacité opérationnelle, nous n'avons pas d'autre choix que celui de nous réinventer." L'échevin ne perdra pas de temps à faire évaluer le coût de la réhabilitation de tous les biens communaux. "Je veux concentrer toute notre énergie à restaurer l'efficience du département."
Cimetières: 40 000 parcelles à libérer sur le territoire
Dans ses autres compétences que sont la Citoyenneté, les Marchés et les Cimetières, Mahmut Dogru a identifié des projets très concrets. Le premier, c'est l'externalisation du guichet de population et d'état civil. "Si notre hôtel de ville est promis à centraliser les cabinets du collège communal, il faut alors chercher un bâtiment en centre urbain pour accueillir cette fonction", estime-t-il. Autre dossier: le retour des mariages à l'hôtel de ville. "Ceux qui sont célébrés le samedi après-midi pourraient continuer à l'être au château de Monceau. Les samedis matin, nous recevrions les couples à l'hôtel de ville, ce qui nous impose de trouver une solution de parking à proximité immédiate. J'ai planché sur une solution qui sera présentée prochainement au collège, confie l'échevin. Elle rencontre les problèmes de mobilité qui se posent aujourd'hui dans le quartier, notamment pour le stationnement près de l'hôtel de ville."
Pour la reconfiguration du marché dominical, Mahmut Dogru dit être tributaire des délais imposés par Ores pour le placement de nouvelles bornes électriques, rue Chavannes. "Pour organiser le retour du marché sur son tracé historique, nous pourrions être prêts au plus tôt au printemps."
Dans les cimetières communaux, la récupération des anciennes parcelles se poursuit. "Sous la précédente mandature, quelque 25 000 sépultures ont déjà été désaffectées sur un total de 40 000. Actuellement, 3 200 avis d'exhumations ont été affichés à Couillet Centre. Nous allons aussi équiper les entrées de nos cimetières d'un système de fermeture en dehors des heures de visite, et limiter l'accès des véhicules à ceux des PMR à raison de deux jours par semaine."
