"On disait la même chose avec le cinéma" : des spécialistes du jeu vidéo nient un quelconque lien direct entre jeux vidéo et violence
Le meurtre de la petite Louise en France par Owen, un de ses voisins, ravive le débat sur le lien direct entre extrême violence et consommation de jeux vidéo. À l'Espace Gaming du Quai 10 on promeut le jeu responsable facteur de collaboration et d'apprentissage.

- Publié le 21-02-2025 à 15h06

Le 7 février dernier, Louise, 11 ans, a croisé le chemin d'Owen en revenant de l'école. Cette rencontre lui fut fatale. Quelques jours plus tard était retrouvé dans un parc non loin de chez elle. Très vite, les enquêteurs ont arrêté l'auteur, un certain Owen âgé de 23 ans. Aux responsables de l'enquête il avoue s'être énervé après une partie de jeu vidéo et être sorti se calmer avec dans le coin de la tête "tuer quelqu'un". Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour que certains pointent du doigt l'acte et le relier avec la consommation de jeux vidéo.

À l'espace Gaming du Quai 10 à Charleroi, on a fait du jeu vidéo une spécialité. Au-delà d'un phénomène de société, les jeux vidéo ont de nombreux atouts. Quant au lien qu'il existerait entre violence et pratique de jeux, l'argument en l'état est balayé d'un revers de la main. "À la base c'était juste une attraction. Avant d'avoir ce genre de préjugés, il faut s'intéresser aux médias, faire un peu de travail de recherche", commente Loïc Coubeaux, coordinateur ad interim de l'Espace Gaming. "Le jeu vidéo est un objet de passe-temps sur lequel on peut s'amuser, créer des liens, discuter et où on peut apprendre des choses également. Ça peut être un véritable outil pédagogique. Et au-delà de ça, c'est aussi un objet médiatique comme un autre, comme le cinéma."
Tout comme d'autres médias comme le cinéma, les jeux vidéo dépeignent une satire politique ou l'actualité d'une époque. "GTA, qui est fortement critiqué pour être le jeu violent proprement dit, c'est pourtant un jeu qui est une satire de l'actualité et de faits divers américains, comme on l'a vu à plusieurs reprises. Et donc, tout ce qu'on retrouve dans ce jeu-là, par exemple, c'est ce qu'on retrouve également dans des faits d'actualité, des faits divers existants. ce n'est pas le jeu vidéo qui influence le monde, c'est ce qui existe qui influence le jeu."
Si les jeux dits "violents" sont clairement critiqués, le spécialiste met aussi en avant qu'il existe bien d'autres types de jeux. "Il y a également des jeux vidéo beaucoup plus légers avec des messages qui tournent autour des relations sociales, des relations parentales, le fait de construire des liens, de partager un moment. C'est ce qu'on prône à l'Espace Gaming." Le responsable encourage vivement à rester curieux et découvrir de plus petits créateurs qui ne bénéficient pas de moyens colossaux pour assurer leur communication mais qui pourtant portent de vraies valeurs.
Il est avancé, comme facteur de causalité, le temps passé devant un écran. "Rester devant un écran est un fait mineur qui relève plutôt d'un problème que d'une habitude courante. Nous vivons aussi dans une société où les parents ont aussi probablement joué aussi et savent ce que c'est pour intervenir à bon escient. C'est le 0,01 % qu'on généralise." Le professionnel évoque une problématique plus large qui arrange bien certains responsables d'adopter la politique de l'Autruche. "Est-ce qu'on va essayer de mettre en lumière un problème structurel et systémique complet, global et très compliqué à évoquer ? Ou est-ce qu'on va pointer du doigt un jeu vidéo qui a une influence néfaste parce que la société est tellement malade ?"
Le jeu vidéo est un loisir qui peut se partager lorsque, par exemple, on joue avec d'autres en ligne. "C'est un peu comme dans les années 80 où les jeunes allaient au Luna Park. Oui chacun était devant un jeu mais on y allait ensemble."
Pour Loïc Coubeaux, il faut rester attentif aux indications données à propos de jeux comme le respect des âges, les PEGI. Cette signalétique permet de savoir à partir de quel âge un jeune peut jouer à un jeu et cela est très important. "Il ne faut pas confondre la capacité motrice à pouvoir jouer à un jeu et la capacité psychologique. Certes un jeune de 12 ans a toute la capacité de jouer à un jeu déconseiller à aux moins de 18 ans mais a-t-il tous les outils psychologiques pour appréhender la violence qu'il peut y avoir dans le jeu. La réponse est bien sûr non. Les parents qui pensent que ça ne fait rien aux enfants se trompent. Il faut rester vigilent et encadrer les jeunes joueurs. Les jeux ne sont pas des gardiens d'enfants."
Pour en savoir plus et découvrir, dans les meilleures conditions les jeux vidéo, l'Espace Gaming du Quai 10 accueille gratuitement les jeunes et les familles tout au long de l'année. L'Espace est notamment accessible la première semaine des vacances de détente du mardi au dimanche de 13 h à 17 h 30.