Comment la référente "gens du voyage" de Charleroi gère les séjours des familles nomades sur les terrains publics et privés
Depuis neuf ans, Lindsey Vandenhove est référente gens du voyage à Charleroi. Quel est son champ d'intervention, son pouvoir d'action ? Rencontre.

- Publié le 09-10-2025 à 07h00

Sur le territoire de la métropole qui compte 600 000 habitants, Charleroi est la seule commune à disposer d'un référent gens du voyage pour gérer l'accueil de familles nomades. C'est Lindsey Vandenhove. Si cet agent communal organise et planifie les séjours sur une aire provisoire équipée par la ville à Jumet, près du zoning industriel, elle intervient comme médiatrice et point de contact entre les riverains, les propriétaires privés, la police locale, l'administration et les voyageurs.
"La position géographique privilégiée de Charleroi sur la dorsale wallonne donne lieu à de fréquentes demandes. Nous en recevons chaque semaine", confie-t-elle. "Pour ce mois d'octobre par exemple, nous en avons eu cinq. Notre aire affiche complet jusqu'en avril 2026 ! " La conséquence d'un sous-équipement en Wallonie où la volonté politique n'est manifestement pas d'en créer.
Aucune obligation communale
"En France, une loi impose aux communes de plus de 5 000 habitants d'aménager des terrains adaptés. Sur notre territoire, cela ne repose que sur la seule volonté politique. Or, la communauté s'agrandit. Les enfants que j'ai rencontrés à mon entrée en fonction sont devenus adultes, ils ont fondé leurs propres familles et veulent revenir. Ceux que l'on appelle les Roms sont pour la plupart belges, nés ici. Ils font l'objet de méfiance, de rejet : c'est pour cela que mon travail consiste à déconstruire les préjugés et à apaiser les tensions."
Pour les grandes communautés de plusieurs centaines de caravanes, aucun lieu n'est adapté. Il arrive ainsi que des terrains privés soient envahis comme en ce moment la dalle du port autonome à Montignies-sur-Sambre, où les blocs en béton qui entravaient l'accès ont été déplacés.
"Nous n'avons aucune capacité d'intervention sur des zones comme celle-là, privée", rappelle la référente. "La ville ne peut agir que sur son propre domaine, idem pour la police dans les limites de sa zone. En dehors, les propriétaires doivent saisir la justice pour obtenir des expulsions. Quand elles sont confirmées, les décisions du tribunal peuvent être exécutées par la force. Moi, mon rôle c'est de nouer le dialogue, de chercher des solutions."
Déminer les conflits
Selon Lindsey Vandenhove, les mentalités ne changent pas vraiment. "Notre travail de sensibilisation, de lien, permet de déminer des conflits. Mais des personnes restent braquées contre les gens du voyage, on ne peut pas les obliger à penser autrement."
Les occupations du terrain communal provisoire sont payantes. Une caution de 500 euros est même exigée par la ville. "Si un propriétaire privé est confronté à l'arrivée de familles nomades, je peux l'accompagner, le conseiller. De manière générale, tout le monde a intérêt à ce que les séjours se passent bien."