Dépenses usurpées: la compensation wallonne de la perte des subsides fédéraux Grand Froid cache un système pervers
Chaque année, la ville de Charleroi dépense des dizaines de millions d'euros qu'elle n'a pas… pour des dépenses qui incombent à l'État. Décryptage

- Publié le 16-10-2025 à 10h01

Charleroi ne fonctionne plus qu'à crédit, vivant un peu comme un ménage qui emprunterait pour remplir son frigo. Oui mais voilà. Les charges que reportent sur elle les pouvoirs supérieurs pèsent lourd dans le déficit. À eux seuls, les 4 P — Police, pompiers, pauvreté, pensions — représentent une facture de près de cent millions par an. "Si l'État assurait ses obligations, les pertes seraient limitées", selon le PTB. Bref, les dépenses usurpées plombent les comptes.
Face à ce phénomène, le président du CPAS de Charleroi a sorti sa calculette. Selon Philippe Van Cauwenberghe, les nouvelles mesures d'économies imposées par les gouvernements vont approfondir considérablement le trou. "Un surendettement qu'alimentent l'État fédéral (surtout) et la Région wallonne pour subvenir à leurs propres trains de vie ! "
Coup de froid
La mesure la plus dure socialement, et la plus symbolique, c'est l'arrêt du financement du plan Grand Froid. Elle ne va rapporter que 65 000 euros à l'Arizona qui cherche des milliards et excellente nouvelle, le président de l'exécutif wallon Adrien Dolimont a annoncé sa décision de compenser la perte. Mais à ce jour, nous n'avons aucune confirmation de cette décision, a expliqué le président du CPAS Philippe Van Cauwenberghe au conseil communal.
D'autres robinets ont été coupés : "Le fonds énergie a été réduit de moitié (850 000 euros), le fonds Participation et Activation sociale supprimé (690 000 euros), un subside dédié à l'aide matérielle des enfants vulnérables."
Ardoise salée
Le projet psy jeune qui visait à accompagner les mineurs en détresse psychologique est passé à la trappe, le centre d'accueil pour femmes SDF vient de fermer ses portes. "Enfin, le dispositif Housing First piloté par le Relais Social attend des clarifications. Cela crée une incertitude pour les opérateurs, qui doivent assurer la continuité des services tout en gérant cette instabilité", selon Philippe Van Cau.
Il y a enfin le coût pour les villes et leurs CPAS de l'exclusion des chômeurs de longue durée. C'est l'inconnue la plus lourde de l'équation sociale de 2027, car si des aides ont été confirmées pour passer le cap de 2026, rien n'est planifié l'année suivante. Philippe Van Cauwenberghe estime que la mesure pourrait générer une facture de plus de 30 millions d'euros.