"Le hold-up du siècle" : le PS dénonce des millions d'euros "volés" aux bâtiments scolaires de Charleroi par la Fédération Wallonie-Bruxelles
Les échevins de l'Enseignement et des Bâtiments de Charleroi dénoncent le "hold-up budgétaire" du siècle. La ville condamnée à ne faire que le minimum.

- Publié le 05-06-2026 à 06h00

Au-delà des économies imposées à l'enseignement obligatoire, c'est le "définancement" des bâtiments scolaires que dénoncent à Charleroi les échevins en charge des Bâtiments et de l'Enseignement, Mahmut Dogru et Julie Patte.
"À la rentrée prochaine, nous ouvrirons une nouvelle école à Marchienne (NdlR : l'école des Chrysalides)", notent-ils. Il s'agit de l'aboutissement d'un investissement qui date de 15 ans. Ce projet avait en effet émergé en 2009, sous l'échevinat de Latifa Gahouchi : l'ancienne école Jacquin se trouvait alors dans un état de vétusté édifiant, une reconstruction était indispensable.
"Le dossier a été semé d'embûches", rappelle Julie Patte. Faillite de l'entreprise qui s'était vue attribuer le marché, invalidation du permis d'urbanisme nécessitant le dépôt d'une nouvelle demande, recours d'un voisin et réexamen complet du projet. "Deux mandatures et demie plus tard, on en est aux travaux de finition, l'emménagement est prévu cet été de manière à pouvoir accueillir les enfants le 24 août à la reprise des cours."
Aucun dépassement
Dans cette école à l'indice socio-économique faible, la population d'inscrits devrait connaître une forte augmentation, comme dans tous les établissements qui ont bénéficié d'une rénovation en profondeur – école du Phénix à Dampremy, école de Roux Bassée, école de Marcinelle Centre. Mais si ce projet de 4,45 millions d'euros a pu être mené à terme sans aucun dépassement comme le souligne Mahmut Dogru, l'avenir s'annonce sombre pour les bâtiments scolaires, en tout cas dans les réseaux qui ne sont pas ceux de la Fédération.

"Sous la précédente mandature, une vaste réforme des mécanismes de financement des bâtiments scolaires a été adoptée par décret", pointent les deux échevins. "Cette réforme s'appuyait sur un large processus de consultation et de négociation avec l'ensemble des acteurs du secteur, appelé le "Chantier des bâtiments scolaires".
Un rééquilibrage des moyens accordés aux différents réseaux accompagnait cette politique. "Mais depuis l'installation du dernier gouvernement Azur, aucun des arrêtés d'application qui devaient activer cette réforme n'a été pris. Comme la ministre-présidente Elisabeth Degryse en charge des Bâtiments scolaires a laissé entrer en vigueur l'abrogation des anciens mécanismes de financement, plus aucun euro n'a été engagé en 2025 ni en 2026, alors que les besoins sont énormes."
Ardoise
Julie Patte et Mahmut Dogru disent avoir fait les comptes. "Pour les années 2025 et 2026, ce sont 216,3 millions d'euros de dotations qui n'ont pu être mobilisés à l'échelle de la Fédération. En considérant un taux de subsidiation moyen de 65 %, avec un apport de 35 % des pouvoirs organisateurs, cela représente un manque à gagner de plus de 332 millions pour la Wallonie et Bruxelles. Un désastre pour l'école" affirment-ils. "Mais aussi pour l'industrie de la construction, avec un impact sur l'économie et l'emploi."
Résultat : "A Charleroi où notre volume d'investissement a dû être divisé par cinq comme l'impose la convention Oxygène, nous avons décidé de prioriser les remises en conformité. "
Concrètement, seules les écoles qui font l'objet de remarques des pompiers pourront bénéficier de travaux, une mesure élargie aux crèches afin de ne pas pénaliser les enfants. "Si la sécurité des occupants devait être menacée, un arrêté de fermeture serait pris par le bourgmestre", assurent-ils. "Nous ne ferons aucune concession là-dessus."

Il n'en demeure pas moins qu'aucun autre chantier ne pourra être ouvert. Le projet de reconstruction de l'école de Jumet Heigne (Ndlr : adopté en 2024) a été reporté. "Les produits de nos ventes de biens ne peuvent être affectés qu'au remboursement de nos dettes", déplore Mahmut Dogru. "Il nous est donc impossible d'aller puiser dans le bas de laine pour financer de nouveaux projets."
Retour à l'ancien régime
Charleroi se retrouve donc dans une situation d'inaction semblable à celle de la période d'après-fusion. "De 1979 à 2016, il n'y a plus eu de construction d'école", poursuit-il. "Les raisons ont changé : autant le désinvestissement du passé était imputable à la ville, autant celui du présent l'est aux politiques d'austérité de la majorité MR-Les Engagés de la Fédération. C'est un retard que l'on ne pourra jamais rattraper."
Julie Patte l'affirme : "L'École est désormais le secteur le moins bien subsidié. La construction d'un hall sportif rapporte davantage. Au bout du compte, les grandes villes qui concentrent l'offre d'enseignement et les infrastructures sont là encore pénalisées. " Elle pointe enfin "l'inégalité de financement que le dernier décret programme va générer entre les pouvoirs organisateurs. Sans oublier la réduction de la dotation des fonds et la suppression de leur indexation ! "