Il y a un an, Vincenzo Amico était tué de 30 coups de couteau au dépôt du TEC de Verlaine: où en est l'enquête aujourd'hui?
Qui en voulait à Vincenzo Amico au point de le tuer de 30 coups de couteau? Quasi un an après les faits, et alors que famille et amis vont lui rendre hommage ce dimanche, les questions restent sans réponse. Mais la douleur est toujours présente...
- Publié le 11-03-2025 à 10h30

Les images, il les a encore en tête... Chaque jour, Jean-François y repense. Il est un des trois conducteurs du dépôt du TEC de Verlaine à avoir découvert le corps sans vie de leur collègue, Vincenzo Amico, originaire de Grâce-Hollogne. C'était il y a quasi un an. Alors que la famille et les amis comptent lui rendre hommage ce dimanche lors d'une commémoration, le collègue de Vincenzo Amico se souvient de ce petit matin et de cette macabre découverte qui, depuis, le hante...
"Vincent, cela faisait longtemps que je le connaissais. Je l'avais rencontré au dépôt du TEC de Jemeppe, se souvient le Hesbignon. On s'est perdu de vue lorsque je suis parti à Omal, puis à Verlaine." Et c'est là, au dépôt du TEC de Verlaine, que les deux collègues se sont retrouvés. C'était il y a moins de dix ans. Sur ce lieu de travail, ils ne sont que sept ou huit. Immanquablement, travailler dans une telle petite équipe, cela créé des liens. Des liens de travail mais aussi en-dehors du boulot. "On s'entendait bien. On se voyait aussi pour les soupers de fin d'année, pour les fins d'année scolaire ou encore au bord des terrains de foot. Vincent était un bon collègue." Pas un ami mais un collègue avec lequel le courant passait bien. "On s'appréciait beaucoup. Je n'ai jamais eu aucun souci avec lui", raconte le Hesbignon qui se replonge dans cette fameuse matinée du 21 mars de l'an dernier.
"J'étais comme déconnecté de la réalité"
Vincenzo Amico commençait le boulot tous les matins à 5h40. Et ce jour-là, ce jeudi 21 mars, trois conducteurs, dont Jean-François, sont arrivés au dépôt du TEC de Verlaine peu de temps après. Un des collègues est directement monté dans son bus et est parti pour sa journée de travail. Les deux autres se sont dirigés vers l'entrepôt. "Mon collègue a poussé la porte et a découvert Vincent. Il est ressorti de l'entrepôt et a directement appelé le 112. Il a aussi contacté le dispatching." Un autre collègue qui passait devant le dépôt s'est arrêté. Ils sont allés voir dans le hangar et ils ont tout de suite reconnu Vincent. Il n'y avait plus rien à faire. Le Hesbignon est arrivé cinq minutes après. "Lorsque mon collègue m'a annoncé ce qui se passait, je n'y croyais pas. J'ai pensé à un malaise ou à une mauvaise chute. J'ai couru dans le hangar, Vincent était couché à terre." Le Hesbignon n'en croyait pas ses yeux. "On ne savait pas encore ce qui était arrivé. Je me suis retrouvé tout seul face à lui. Mes collègues m'avaient dit de ne pas y aller mais je voulais lui apporter mon aide si c'était nécessaire. mais quand je suis arrivé, je me suis demandé quoi..." Et bien vite, le Hesbignon s'est rendu compte que Vincenzo avait été tué. "J'ai compris... Je suis ressorti, j'ai fait plusieurs aller et retour le temps que les ambulanciers et les policiers arrivent sur place." Jean-François l'avoue cependant, il n'y croyait pas. "J'étais comme déconnecté de la réalité, je tremblais de partout..."

Depuis ce fameux jour du 21 mars dernier, le Hesbignon pense souvent, "tous les jours même", à son collègue Vincenzo Amico et à sa fin tragique. "Il n'y a pas un seul jour où je n'y pense pas. Deux ou trois fois par jour, je pense à la situation. On se change les idées comme on peut puis un petit détail nous rappelle ce qui s'est passé." Au tout début, les conducteurs du dépôt de Verlaine ont reçu un soutien du TEC. Une cellule de crise a été mise en place. Les directeurs, l'assistante sociale, le service d'aide aux victimes étaient là pour les soutenir. "On en a discuté largement." L'employeur leur a fourni un suivi psychologique mais "on n'avait droit qu'à trois séances." Chacun a alors entrepris des démarches pour avoir un suivi psy sur du plus long terme. Un an après cette découverte horrible, le Hesbignon a encore besoin de consulter un psy. Quelques mois après la terrible disparition de Vincenzo Amico, ses collègues ont repris le travail. Le Hesbignon est retourné au dépôt du TEC de Verlaine au petit matin avec une légère amertume... "Je suis un peu déçu du manque de soutien, d'humanité. Ce n'était pas compliqué."
"Le fait de ne pas savoir est angoissant"
Revenir chaque matin, alors qu'il fait encore nuit, dans cet entrepôt où Vincenzo Amico s'est fait tuer, est difficile pour son collègue. Qui aurait aimé avoir un contrôleur avec lui. En tout cas, les premières fois. "La reprise a été compliquée. Redémarrer à 5h30 tout seul, ça n'a pas été facile. Pour moi en tout cas." Et aujourd'hui encore, le Hesbignon est toujours angoissé lorsqu'il arrive le matin au boulot ou encore le soir lorsqu'il fait noir. D'autant plus que l'agresseur de son collègue est toujours dans la nature. "Tout le monde dit que cela n'avait rien à voir avec son travail au TEC mais on n'en sait rien, en fait." Depuis le terrible drame, le hangar a été définitivement fermé. Les bus restent dehors sur le parking. "Par où Vincent y est entré, il faut un badge. Mais on n'y passe plus. Une barrière était cassée, elle a aussi été refaite." Mais la porte d'entrée principale est toujours ouverte. Il y a bien des caméras, mais elles n'ont servi à rien. Les chauffeurs auraient aimé que la sécurité soit renforcée.
Quasi un an après le meurtre de Vincenzo Amico, l'enquête n'a pas permis de retrouver l'auteur. Cette incertitude n'est guère rassurante pour le personnel. Pour le Hesbignon en tout cas. "Le fait de ne pas savoir, ça m'angoisse, ça me stresse. Je suis hyper vigilant lorsque j'arrive au dépôt. Je n'ose plus regarder le hangar. J'ai peur de voir quelqu'un derrière la fenêtre..." Et changer de dépôt? Il y a songé mais "j'aime mon dépôt, j'aime mes collègues de Verlaine. On sait changer de service facilement entre nous mais j'y suis depuis 2011. C'est un chouette dépôt avec une tournée facile, à la campagne, sans trop de week-ends. Moi, je veux rester là, je dois trouver une façon de passer outre ce que je revois." Le collègue arrivé le premier sur place ce fameux jeudi matin-là, dit avoir réussi à tourner la page. Un autre est du dépôt d'Omal et a repris son rythme. Pour le Hesbignon, "cet événement m'aura marqué. Je ne sais pas faire autrement que d'y penser." Le TEC évoque bien la construction d'un nouveau dépôt mais "je ne sais pas si je le verrai..."
Dimanche prochain, les proches et les amis de Vincenzo Amico se retrouveront pour un moment d'hommage. "Cela fera quasi un an. J'irai pour être avec ses proches car je sais que Vincent m'appréciait." Même si cet instant risque de faire remonter des souvenirs difficiles...

Plutôt en lien avec son activité dans la construction
Bien vite, le parquet a confirmé que la victime avait été tuée de 30 coups de couteau. Plusieurs pistes étaient alors envisagées. Les images des caméras de surveillance, elles, dévoilaient la présence d'un individu sortant de l'entrepôt à 5h47.
L'enquête s'est intéressée autant à la vie privée qu'à la vie professionnelle du chauffeur de bus qui, s'il travaillait depuis plus de 20 ans, avait aussi une activité complémentaire dans le secteur de la construction. Et c'est plutôt cette piste-là que les enquêteurs suivraient. Sauf qu'elle n'a pas mené à une résolution rapide du meurtre de Vincenzo Amico. "Au début, il y a eu beaucoup d'auditions et de contacts avec la police, explique aujourd'hui le chauffeur hesbignon. Puis le calme est revenu." Aucune information ne filtrant de l'enquête en cours.
En juin de l'an dernier, la police fédérale et le parquet de Liège lançaient un avis de recherche sur base des images des caméras de surveillance. Sauf que l'avis de recherche a été annulé.
D'ailleurs, un contact au parquet de Liège et une réponse, laconique, tombe: "Nous n'avons rien à communiquer dans ce dossier". Autant les proches que les collègues de la victime n'ont toujours aucune réponse à apporter à leurs nombreuses questions.