Des médecins de l'hôpital d'Arlon dénoncent une situation intenable
L'hôpital d'Arlon souffre de plus en plus. Des médecins du site éprouvent les pires craintes pour l'avenir immédiat de leur hôpital. Ils alertent leur hiérarchie. Le directeur médical d'Arlon-Virton, le Dr Vincent Delrue calme le jeu: "Les médecins n'y croiront que lorsque les travaux du nouvel hôpital débuteront."
- Publié le 17-08-2024 à 06h48

"La situation devient intenable." Des médecins du site hospitalier arlonais tirent la sonnette d'alarme. Le chef de service en chirurgie notamment lance un appel au secours. Après plusieurs départs, il nourrit les pires craintes sur l'avenir immédiat de la clinique d'Arlon, notamment en matière de recrutement, de suivi et de gestion postopératoire. Il en a averti ses supérieurs.
En attendant la construction du nouvel hôpital à Houdemont et les polycliniques, garder des soins de qualité en Luxembourg nécessite des aménagements en forme de collaboration plus poussée. Cela tarde trop, à entendre les internes du site arlonais.
Vincent Delrue, directeur médical Arlon-Virton, coordinateur avec France Riguelle de la construction du CHR d'Houdemont et anesthésiste possède une vue élargie de la situation, l'explique, mais ne la dramatise pas.
"La solution la plus compliquée, mais la plus porteuse"
"Arlon, ce n'est qu'un des hôpitaux du Luxembourg qui appelle au secours, dit-il, mais beaucoup d'autres hôpitaux de la province et d'ailleurs dans le pays, n'appellent même plus à l'aide. En fait, la situation est telle que certains l'avaient prévue il y a des années. C'est la raison pour laquelle j'ai poussé à une réorganisation hospitalière avec un regroupement des hôpitaux. L'évolution du monde médical et des priorités des jeunes fait que ceux-ci ne pratiquent plus la médecine comme nous l'avons fait. Ceux qui encaissent le choc un peu mieux sont ceux qui ont mis en place leur réorganisation hospitalière et qui sont dans un environnement de villes et de centres. Au MontLégia par exemple, il y a 150 gynécologues. A Arlon, il y en a 5 ! Autant il s'avère plus aisé de rassembler deux hôpitaux distants de cinq kilomètres, autant pour Arlon et Libramont, cela se montre compliqué. C'est pour cela que la décision de fusionner tous les sites dans le but de construire un seul hôpital a été tellement compliqué. Construire un hôpital et réorganiser les hôpitaux, c'était la solution la plus compliquée à mettre en œuvre, mais la plus porteuse à très long terme."
"La situation à Arlon se stabilise"
Pour le Dr Delrue, la situation sur le site d'Arlon a même tendance à se stabiliser. "Arlon est la tête de pont dans Vivalia et tournait très bien, explique-t-il, mais nous ne sommes plus dans cette dynamique. On engage encore beaucoup des médecins, mais avec des hauts et des bas. On compose. Un ophtalmo arrive début de l'année prochaine, par exemple. On a l'impression que dans le Luxembourg, il faut effectuer deux à trois fois plus de démarches pour obtenir quelque chose."
Le directeur médical d'Arlon-Virton est persuadé d'une chose : "Les médecins ne croiront en la réorganisation hospitalière que lorsqu'ils verront les travaux démarrer. C'est ce qui va se passer. Liège ou Charleroi sont des exemples à ce niveau-là. Les travaux pour l'hôpital d'Houdemont vont démarrer dans les mois à venir. Ce sera la bascule."
"Les médecins arlonais récalcitrants ne sont plus là'
Les médecins d'Arlon s'inquiètent du temps qu'il reste avant de disposer d'un nouvel hôpital, mais ne sont-ils pas à la base de deux années perdues ? A la remarque, le directeur médical d'Arlon ne se démonte pas. "Oui clairement. Je n'ai pas peur de le dire. Mais remarquez que ce ne sont plus les mêmes médecins en fonction maintenant à Arlon que ceux qui bataillaient contre le projet. C'est générationnel. Cela dit, je peux comprendre les anciens. Ils avaient réussi la réorganisation Sud Luxembourg. Tous ces gens-là sont partis. Les chefs de service ont changé. Aujourd'hui, il y a une énorme acceptation dans le corps médical arlonais. C'est le même constat pour Libramont, même s'il y reste quelques résistants. J'ai besoin d'un Arlon fort, d'un Bastogne fort, d'un Libramont fort et d'un Marche fort. Ça ne sert à rien de continuer à se regarder en chien de faïence. De plus en plus de contacts se prennent. Mais je répète, c'est le début des travaux qui fera basculer les choses."
"Laissons les politiciens faire de la politique'
La particularité en Luxembourg réside dans le fait que le PO des soins de santé est politique. Avec toutes les dérives que cela entraîne. Cependant, les combats politiques, voire l'instrumentalisation politique du dossier n'émeuvent guère le Dr Delrue. Il ne s'engage pas dans la discussion. "On a clairement dit du côté médical ce qu'on pensait faire et on y arrivera, dit-il. Avec du temps. Une échéance électorale va arriver très vite et nous aurons une mandature pour le faire. La politique fait de la politique, oui, nous devons écouter, mais nous, nous organisons les soins de santé. Il ne faut pas rentrer dans le côté affrontement des vieux clochers, qu'ils soient médicaux ou politiques. Allons de l'avant. Mettre en avant les oppositions de quelques-uns et pas les majorités silencieuses cause beaucoup de tort. Notre but avant tout est d'offrir une qualité de soins au public et un bel encadrement au personnel. On ne doit pas envoyer notre patientèle rouler des kilomètres pour une intervention au-delà d'une appendicite. On ne fera sans doute jamais de la chirurgie cardiaque ou des greffes, mais tout le reste on doit pouvoir le faire. Il y a un potentiel énorme."