Poursuivis pour proxénétisme, des propriétaires de maisons closes face à la justice à Jemappes et Quiévrain
Leur dossier met en lumière l'évolution récente de la législation belge en matière d'exploitation du travail du sexe.
- Publié le 23-12-2025 à 09h02

Deux hommes, Roger et Robert (prénoms d'emprunt), comparaissaient cette semaine devant le tribunal correctionnel. Tous deux sont poursuivis pour proxénétisme pour avoir loué des biens immobiliers dans lesquels s'exerçait la prostitution. Leur dossier met en lumière l'évolution récente de la législation belge en matière d'exploitation du travail du sexe.
En Belgique, la prostitution en tant que telle n'est pas illégale. Depuis la réforme du Code pénal sexuel entrée en vigueur en 2022, le législateur a dépénalisé la mise à disposition d'un local destiné à la prostitution, pour autant qu'il n'y ait ni contrainte, ni exploitation sexuelle, ni profit abusif. Les infractions de "tenue de maison close" et de simple location à des prostituées ont ainsi été supprimées. Le proxénétisme reste toutefois puni lorsqu'il y a exploitation, abus d'une situation de vulnérabilité ou avantage patrimonial anormal.
Cinq filles à Quiévrain
Roger est poursuivi pour avoir loué une maison à Quiévrain où quatre à cinq prostituées louaient des chambres à la semaine. Les enquêteurs ont relevé d'importants dépôts d'argent sur son compte bancaire, alors qu'il perçoit des indemnités de mutuelle. Il conteste toute exploitation : "J'aidais mon amie à gérer les paiements, car elle n'avait pas de compte bancaire. Je n'ai jamais touché un centime sur le travail de ces filles. Être assimilé à un maquereau me fait mal."
Son avocat, Me Discepoli, rappelle que la loi a changé : "Le simple fait de mettre un immeuble à disposition pour la prostitution n'est plus une infraction. Ici, les chambres étaient louées entre 300 et 400 euros par semaine, ce qui n'est pas différent d'une location de type Airbnb. Mon client n'exerçait aucun contrôle et n'a retiré aucun bénéfice excessif."
Deux filles à Jemappes
Robert, Bruxellois, est marié à une ancienne prostituée brésilienne. Il louait une maison à Jemappes où deux femmes latino-américaines recevaient des clients, recrutés via le site Quartier rouge. Les voisins évoquent un va-et-vient constant. Pour sa défense, Me Gwennaëlle Bombart soutient que l'avantage financier tiré de la location n'était pas disproportionné.
Le parquet estime toutefois que les prévenus auraient perçu un bénéfice d'environ 600 euros par mois. Le tribunal devra trancher une question centrale : s'agissait-il d'une simple location légale ou d'un proxénétisme caractérisé par un profit abusif.

