Namur: la poétesse Geneviève Guevara, seule Belge en lice pour le premier prix René Depestre
Seule Belge en lice pour le 1er prix Depestre, Geneviève Guevara distille une poésie hors cadre, inventée au fil de voyages lexicaux et orientaux.
- Publié le 28-10-2023 à 13h46

Quand novembre pointe le bout de son nez, les feuilles mortes se ramassent à la pelle et les lettres de noblesse fleurissent: c'est la saison des prix littéraires. Goncourt, Renaudot, Femina peuvent compter, en 2023, avec un petit nouveau, le Depestre (prix René Depestre). Du nom de ce poète, romancier et activiste politique haïtien âgé aujourd'hui de 97 ans.
Organisé par l'association Adventus Nova avec le concours des éditions Milot-Paris, le Depestre couronnera pour la première fois un roman, un essai ou un recueil de poèmes ou de nouvelles pas encore publié. Son but ? Mettre en lumière les nouvelles voix littéraires des mondes francophone, créolophone, anglophone et hispanophone.
Poèmes et peintures, envies d'ailleurs
Parmi les 47 œuvres sélectionnées, Instantanés, le recueil de poèmes d'une Belge, namuroise de surcroît: Geneviève Guevara. Elle se pince pour être sûre de ne pas rêver. "J'ai découvert René Depestre en 1988 lorsqu'il a gagné le Renaudot. Je me souviens avoir analysé avec mes élèves sa poésie dans le cadre des poèmes de la négritude, témoigne celle qui est également professeure de français. C'est la première fois que je me présentais à un concours. En fait, j'écrivais beaucoup adolescente. Lorsqu'on me demandait quel métier j'exercerais plus tard, j'aimais dire que je serais écrivain ! Mais j'ai arrêté d'écrire à 20 ans. Et, en 2017, j'ai recommencé à écrire, énormément, comme pour rattraper le temps perdu… qui n'a pas vraiment été perdu puisque j'ai vécu intensément beaucoup de choses qui m'inspirent maintenant. J'écris très facilement, n'importe quand, n'importe où. "
Geneviève s'est aussi mise à la peinture sur le tard. "Je n'avais jamais peint avant 2018. Et je ne me sens légitime que depuis ma seconde exposition. Peindre m'est moins spontané parce que je n'ai pas d'atelier, que je dois à chaque fois installer le matériel. Mais j'adore ça, j'y trouve une excellente voie d'expression, d'expérimentation aussi."
Et puisqu'il est question de voyages dans la sélection renfermant quelques auteurs remarqués dans leurs pays d'origine, Geneviève aime se donner matière à évasion. "À l'instar d'Henri Michaux, je puis effectuer autant des voyages mobiles qu'immobiles – sans besoin de mescaline ou autres substances, comme Michaux. Le père de mes enfants étant marocain, le Maghreb fait partie de moi. J'avais déjà énormément voyagé au Maroc. Quant à l'Algérie, elle m'appelle depuis mes seize ans. Je m'y sens chez moi. Depuis 2017, j'ai rencontré beaucoup d'Algériens et quelques Tunisiens. La plupart étaient des artistes. Je ne crois pas au hasard, tout était là pour que je reprenne le chemin interrompu trente ans auparavant."
Au français maternel de Geneviève, des mots du Maghreb trouvent leur place dans ses poèmes, mais aussi des néologismes. "Je mets en fin de recueil un lexique pour qui veut savoir la signification de tous ces mots. Je joue avec la ponctuation, je casse régulièrement les codes. Dans un même texte, on peut trouver un mot en grec ancien, un en arabe, un autre en espagnol ou en anglais. Du latin aussi. Des perles insérées dans un écrin francophone. Mon style est voulu hors cadre, sans limite, j'aime m'amuser. Les prochains recueils seront encore plus hors normes."
Les gagnants du prix René Depestre seront annoncés au cœur de la Maison de l'Amérique latine, à Paris, le 18 novembre prochain. Geneviève y croit. "Quoi qu'il en soit, il sera publié très prochainement. J'aime énormément ce livre, très inscrit dans la présence. À soi, au monde, à la beauté, à la simplicité."
En Belgique, on peut se procurer Éblouissements au 0494 32 10 97 ou sur Vinted. Prix : 20€
