2 jambes, 4 pattes, des bêtes de course : à Namur, la famille Beaudot est folle de canicross (vidéo)
Depuis 8 ans, les Beaudot sont mordus de canicross. Le papa, Dimitri, a entraîné le reste de la famille. Une aventure qui exige discipline et respect entre humains et chiens.
- Publié le 07-01-2024 à 13h39

Sur le canapé, le repos des guerriers: les European Sled Dogs – typés attelage et issus du croisement entre l'Alaskan, le pointer et le braque allemand – Sola et le tout jeune (6 mois) Follow Van de Hazewinkel, et le Beauceron Arlequin, Pink. C'est un temps à ne pas mettre un chien dehors, ils en profitent. Pourtant, ces grands sportifs ont l'habitude de se défouler par toutes les météos, au moins quatre fois/semaine. Plus un jour de course, répartis sur 30 à 35 week-ends par an ! De longues journées commencées à 6h30 sur l'autoroute qui emmène ces sept-là voir de la Belgique.
Changement de vie, à 100% passion
Depuis 2016, époque où il y avait encore très peu de clubs dans notre pays, la famille Beaudot vit au rythme du canicross. "Nous étions maniaques, j'aimais les belles voitures", sourit Dimitri, militaire de profession, en pensant à ce temps révolu. Aujourd'hui, c'est une camionnette aménagée, avec des cages, qui est garée devant la maison de la rue du 2e chasseurs, à Belgrade. À l'intérieur de celle-ci, le combat contre les poils noirs et feu sur le carrelage est permanent: l'aspirateur est dans les parages. Quand la passion dévore, on s'adapte.

"Ça a commencé à l'adoption de notre premier chien, un beauceron nommé Liôz, au Fond des camps, à Gesves, explique Dimitri. Une personne passée par cet élevage s'étant mise au canicross, j'ai naturellement voulu essayer. Je voulais partager quelque chose avec mon chien et le faire à fond." "Bien sûr, il y a des concours de beauté, d'agility, mais ce n'était pas notre tasse de thé. ", complète Caroline, son épouse qui, elle aussi, a goûté un temps aux joies de la discipline et en reste passionnée.
Bien conseillé, Dimitri s'est directement procuré le matériel élémentaire: un baudrier pour l'humain, une longe de 2m (2,5m pour du bikejoring, avec un vélo, ou du dogscooter, avec trottinette) et un harnais pour l'animal. Adapté à sa morphologie, sa taille et son poids pour éviter qu'il soit entravé. "Il faut se préserver pour durer, continue Dimitri. Tout passe par le respect et le plaisir, avant, pendant et après la course. Il faut être attentif à l'état, au stress et aux éventuelles blessures de son partenaire à quatre pattes, aux autres binômes qui vous doublent ou que vous dépassez. Le maître mot, c'est le chien, lui ne s'arrêtera pas. "

La fédération belge organise ses propres compétitions (classer des joggeurs et des canicross-men et -women ensemble n'aurait pas de sens), les parcours varient en fonction des catégories, 200-300 m pour les poussins ; 1,5 km pour les minimes ; 2-3 km pour les cadets et entre 5 et 7 km pour les distances classiques. Le tout sur des chemins boueux, avec des racines, des vallons. Et plus de sable au nord du pays.
Bien sûr que c'est un sport
"Pour les minimes, jusqu'à 12 ans, l'enfant est trop petit. Alors, il est harnaché avec l'adulte. Quand il rejoint les cadets, alors, il part seul. Avec un chien qui fait parfois son poids, 30 kg, c'est stressant pour les parents. Mais le chien s'adapte, et vice-versa. "
C'est ce qui est arrivé à Eliott, 17 ans aujourd'hui. Comme son grand-frère Noah, qui avait mis le pied à l'étrier jusqu'au décès inopiné du chien qu'il avait en prêt chaque week-end et avec lequel il formait un duo fusionnel. Dans sa catégorie, Eliott est champion de Wallonie et de Flandre, mais aussi de Belgique, depuis 2017. Il a fini 7e junior aux derniers championnats du monde, en octobre, à Leipa (Allemagne). "Je me souviens de l'adrénaline de la première fois. C'était ça que je voulais faire ! "

Depuis, le jeune homme timide, mais habité par ce sport en duo, cavale toujours plus fort. "Nous atteignons 18-19 km/h de moyenne, avec des pointes à 30. " Ça décolle, photo à l'appui.
Mais avec un chien comme moteur, le canicross est-il vraiment un sport, se demanderont les sceptiques ? "Le but, c'est de suivre son chien et plus on le suit, plus on va vite, reprend Dimitri. Mais vous n'arriverez à rien si vous ne l'aidez pas, vous risquerez même de le blesser. Il faut avoir au minimum le niveau de son chien." "À deux, on gomme les défauts de l'autre. Sola amène l'endurance et moi la force pour aller au-delà de la boue, d'un parcours difficile. " Des maîtres qui portent leur "meilleur ami" au moment de franchir un ruisseau: ça se voit aussi lors de compétition de canicross. Aujourd'hui, en parallèle, Eliott lâche les chevaux au SMAC (Sambre et Meuse Athlétique Club) de Jambes. Ses chiens ne le suivraient pas, alors c'est le papa qui les entraîne en semaine. Dans cette belle histoire de famille, tous se complètent admirablement.

L'hygiène du (chien) sportif
S'il existe des courses fun pour familiariser les jeunes chiens à la course et permettre aux "retraités" de continuer à enfiler le harnais, ce n'est qu'à partir de 18 mois qu'un chien peut prendre le départ d'une course.
Pour le reste, outre les "gueules écrasées", on voit toutes les races, du petit Jack Russel à des bêtes beaucoup plus imposantes. "En fait, ça se confirme, les maîtres ressemblent souvent à leurs chiens ", sourit Caroline. "Le Beauceron n'a pas l'étiquette d'un chien sportif, renchérit Dimitri. Mais on ne prend pas un chien pour performer. Si on n'a pas le profil, derrière, ça n'a pas de sens. Il faut d'abord trouver chaussure à son pied."
L'alimentation des trois lascars est dûment contrôlée. Les raviers de croquettes sont pesés et il y a peu d'excès. De temps en temps, "une" pâte blanche, ils en raffolent.
À l'approche de la course, il s'agit aussi de les échauffer, eux aussi, de les amener le plus tard sur la ligne départ, pour éviter la surexcitation. Puis, d'être en symbiose tout au long du parcours. Si le chien ne parle pas, il se fait comprendre, est aux aguets du moindre faux pas.