Panneaux retournés : pour la Fédération des jeunes agriculteurs, "on marche sur la tête"
Notre région embraye. Comme en France, les panneaux routiers sont à l'envers un peu partout... Et c'est tout un système qui est dénoncé.
- Publié le 26-01-2024 à 15h08

L'idée vient de France. Dans les Vosges notamment, fin décembre, les panneaux routiers étaient tous la tête en bas. De quoi susciter la curiosité. En fait, c'était un mouvement de protestation des agriculteurs.

Voilà que la Fédération des jeunes Agriculteurs (FJA), côté wallon, s'inspire de cette idée géniale, pour mettre en lumière la gravité de la situation. "On veut dénoncer un système qui marche sur la tête", raconte Pierre D'Hulst, chargé de communication pour la FJA, dont le siège est à Émines (La Bruyère).
Le mouvement de protestation a démarré dans la nuit de jeudi à vendredi. Un peu partout en Wallonie, en province de Namur y compris, où les automobilistes ont été surpris. Les sections locales de Dinant, Beauraing, Andenne, Namur, Gembloux ou encore Fosses-la-Ville notamment ont embrayé. "Les panneaux retournés, c'est hypervisible, ça intrigue, et ça ne fait de mal à personne. On n'est pas à l'origine de l'idée, mais on l'a trouvée cool." Et de poursuivre : "Les pays voisins manifestent depuis quelque temps. On savait qu'on allait aussi mener des actions. Les Français ont commencé à faire ça voilà un mois ou deux. C'est une sorte de signe de ralliement avec nos voisins français."
Une société malade
La situation au niveau de l'agriculture, de part et d'autre de la frontière, est interpellante. D'après la FJA, les agriculteurs sont acculés par des revenus insuffisants et des réglementations et normes qui s'additionnent et les écrasent. De réforme en réforme de la PAC (Politique agricole commune), la classe politique rajoute des couches de contraintes inapplicables, qui entraînent une concurrence déloyale avec les agriculteurs européens. " C'est tout un système qui est à revoir, dixit Pierre D'Hulst. Il y a un ras-le-bol généralisé."
Une refonte s'impose. Le constat est grave : "Seulement 5% des agriculteurs ont moins de 35 ans. Une fois qu'on a fait ce constat-là, on a tout compris. Le métier est de plus en plus dur, de moins en moins valorisé, avec des prix de plus en plus bas. On en demande de plus en plus, avec de moins en moins d'aides. Et le prix des terres flambe, au profit de gros groupes financiers qui arrivent avec de grosses mallettes de fric ."

Le communicant de la FJA ajoute : "On est dans une société qui dénigre son agriculture, qui est donc malade, sans vouloir faire un constat pleurnicheur. Il faut remettre l'église au milieu du village . Si on veut une nourriture de qualité, il faut replacer l'agriculteur au centre, sans pour autant en faire un héros. Il faut à nouveau être fier de ce qui est produit chez nous. Et ne pas oublier que la fonction première de l'agriculteur, c'est d'abord de remplir les assiettes. Ce qu'on sait produire ici, produisons-le ici. Arrêtons d'importer ce qu'on peut produire chez nous."
D'autres actions prévues
Un soutien politique est espéré, et vite. "Il faut faire quelque chose. Le jour où on ne mangera que de la merde, il sera trop tard. On court à la catastrophe. Il n'est pas trop tard, mais il est grand temps."
Une rencontre avec le ministre de l'Agriculture, David Clarinval, a été provoquée ce vendredi midi. Les jeunes de la FJA lui ont fait part de leurs revendications, de leurs grandes attentes, à l'heure où la Belgique préside l'Union européenne.
D'autres actions, plus costaudes celles-là, sont attendues dans les prochains jours. "L es panneaux, c'était une entrée symbolique... Tout est en train de s'organiser."