Andenne: l'incohérence de l'aménagement du territoire dénoncée par AD&N
Face à "l'obsession démographique" du collège communal d'Andenne, qui ne cesse selon AD&N de grignoter des zones rurales pour les urbaniser, le groupe de l'opposition réclame un aménagement du territoire plus respectueux de l'environnement, de l'agriculture et de ses habitants.
- Publié le 08-02-2024 à 10h46

Les élus AD&N ne s'opposent pas à la densification de l'habitat à Andenne mais elle doit s'effectuer intelligemment selon eux, sans être une "stupide course à la croissance" au détriment de la qualité de vie des Andennais (es).
C'est ce que le groupe de la minorité a exposé lors d'une conférence de presse sur l'aménagement du territoire. "À Andenne, il y a une sorte d'obsession démographique comme s'il fallait faire la course aux habitants, regrette le chef de groupe Étienne Sermon. La Commune manque d'une vision stratégique pour un développement territorial harmonieux et, ces dernières années, la direction qu'elle donne à l'aménagement de son territoire allume un conflit après l'autre. Ses projets immobiliers vont à l'encontre des bonnes pratiques en la matière."
Pour AD&N, la bétonnisation mise en œuvre par le collège communal génère des effets pervers et antisociaux affectant tous les habitants. Parmi ceux-ci: les soucis de mobilité, les impacts paysagers négatifs, la densification excessive de la population.
Pas tous logés à la même enseigne
"Au nom de la lutte contre l'étalement urbain, la Ville a refusé des permis d'urbanisme et, pour ce même motif, a soutenu des nouveaux quartiers très concentrés. Ceux-ci posent d'évidents problèmes (mobilité, incompatibilité avec le bâti existant, etc) auxquels s'ajoute l'effet ghetto puisque la priorité donnée à un habitat de plus en plus collectif n'est guère favorable à la mixité sociale", estime Christine Sépulchre (AD&N), habitante de la rue de Velaine à Landenne (où un projet de 64 logements est prévu).
Grâce à l'habitat multiple et concentré, la Commune proclame sa volonté de loger tous les Andennais (es).Un leurre, selon Christine Sépulchre. Pour elle, l'état du logement public et social n'est pas brillant. "Loger tout le monde n'est manifestement pas la priorité de la majorité PS-MR qui a refusé de créer un abri de nuit pour les SDF, alors que le CPAS voit croître en force le sans-abrisme", déplore-t-elle.
Christine Sépulchre dénonce aussi la "clusterisation sociale" du fait que la Commune privilégie les gros promoteurs immobiliers, capables d'avancer les frais d'aménagement de voiries (désormais imposés aux investisseurs selon le code de bonne conduite), au détriment des plus petits porteurs de projet.
Des objectifs pertinents et de vrais espaces de débat
"On ne peut pas aménager un hameau rural de la même façon qu'un centre urbain", souligne AD&N, qui réclame des objectifs stratégiques pertinents. Ceux-ci seraient basés sur le bien-être et la qualité de vie des citoyens (ce qui suppose une concentration maîtrisée et raisonnable de l'habitat) ; la mobilité et la sécurité (en prenant en compte la capacité des voiries à absorber le trafic généré par les quartiers dans les zones urbaine ou rurale) ; un juste équilibre entre la poursuite du développement économique et le respect des riverains, des terres agricoles et des zones vertes ; et enfin, la mixité sociale.
Pour y arriver, il faut selon AD&N réhabiliter les espaces formels de concertation. Or, le conseiller Philippe Mattart épingle la problématique de la CCATM (Commission consultative communale d'aménagement du territoire et de mobilité), qui est devenue au fil du temps un "espace formel de discussion sur des sujets mineurs". D'après lui, "il n'est jamais question de réflexions transversales (hormis sur le Schéma d'orientation local de la plaine d'Anton) portant sur la stratégie communale."
Il est aussi revenu sur la dissolution "arbitraire" de la commission communale sur le développement territorial qui avait fait scandale fin 2023. Celle-ci permettait de débroussailler des dossiers sur le plan technique avant le conseil communal. "Le bourgmestre n'a aucune intention de la réhabiliter dans un avenir plus ou moins proche", s'insurge Philippe Mattart.
Pour lui, les deux entités doivent pourtant être le relais des préoccupations des citoyens en matière de développement territorial. Il sollicite aussi l'application d'un Schéma de développement communal (voir ci-dessous).
L'objectif: que toutes ces instances soient de réels espaces de débat. "Ceux-ci ont été réduits à peau de chagrin. Tant que tout cela n'est pas mis en place, la Ville pourra faire tout ce qu'elle veut où elle veut !"
À quasiment huit mois des élections communales, nul doute que l'aménagement du territoire sera le sujet numéro un. "C'est notre engagement pour la mandature 2024-2030", assure déjà AD&N.
Plaine d'Anton : "On nous demande d'acheter un chat dans un sac"
Concernant le projet d'urbanisation de la campagne d'Anton, qui a fait couler beaucoup d'encre dernièrement, l'opposition AD&N estime qu'il est encore immature.
AD&N n'est pas favorable à l'adoption du Schéma d'Orientation Local (SOL) définissant l'avenir d'Anton, tel qu'il a été présenté par le collège communal le 2 février. Pour le groupe politique, il va créer un niveau d'incertitude et d'insécurité intolérable pour les riverains.
Alors que le bourgmestre avait indiqué que le dossier serait présenté par le Bureau économique de la Province (BEP) au conseil communal d'ici deux ou trois mois (avant une étude d'incidences et une enquête publique, prévue début 2025), AD&N trouve que ce dossier n'a aucune maturité et ne peut être adopté en l'état. "Claude Eerdekens a exposé une vision stratégique à 50 ans, qui est en outre loin d'être concrète, ce n'est pas réaliste! Il faut une vision d'abord à 5 ou 10 ans avec une planification en plusieurs phases. Ce qui n'est pas le cas ici", relèvent les conseillers Philippe Mattart et Hugues Doumont.

Ils déplorent les informations vagues et évasives avancées par le mayeur à propos du nombre de logements. "Ce SOL a été présenté sans aucun plan financier! Et ce, alors qu'il y aura des dépenses (voiries, égouttages, investissements publics, etc). On nous demande d'acheter un chat dans un sac", dénonce Hugues Doumont. Ce dernier ne comprend notamment pas pourquoi le collège communal envisage une nouvelle maison de repos à Anton, hors du centre-ville.
Se basant sur une étude de Canopea, il rappelle par ailleurs qu'Anton est une zone humide. L'analyse de la Fédération des associations environnementales belges est assez négative quant à l'urbanisation de la zone. Comme l'ASBL Touche pas à ma campagne l'avait dénoncé dans L'Avenir du 6 février, les élus d'AD&N auraient voulu que la population soit associée à ce vaste projet d'Anton dans une dynamique de co-construction (voir ci-contre).
Le centre-ville, même pas fini !
Le groupe AD&N regrette la tournure immobilière que prend Anton alors qu'initialement, un projet d'agriculture urbaine devait s'y dessiner. Il s'étonne en outre que le collège se concentre sur Anton alors que la revitalisation du centre-ville historique n'est pas finie.
"C'était censé se terminer en 2020. La troisième phase se finit à peine et la quatrième n'a même pas débuté! On pense qu'il n'y a plus aucune volonté politique de réaliser cette transformation du centre-ville, commente le chef de groupe, Étienne Sermon. Ce qui rapporte est quasiment fait, donc on ne fait plus rien." AD&N ne croit d'ailleurs plus en la concrétisation d'un parc d'environ un hectare qui était prévu rue de l'Hôpital. "Ça ne rapporte pas évidemment! Le collège d'Andenne est un peu obsédé par la non-dépense et la rentabilité", se désole-t-il.
Plus d'harmonie en 11 balises
AD&N a énoncé onze balises qu'il estime indispensable pour un développement territorial plus harmonieux.
Pour un aménagement territorial qui réconcilie ville et campagne, autorités et citoyens, AD&N a défini 11 balises dont certaines sont évoquées dans cet article.
Il dit oui :
– à la mixité de l'habitat et la mixité sociale
– à la responsabilité communale (notamment en matière d'égouttage)dans le respect des prescrits légaux
– au respect par la Ville des avis régionaux en matière d'urbanisme et d'aménagement du territoire
– à enfin achever la rénovation du centre-ville historique et l'écrin de verdure promis. "Il y a zéro poumon vert à Andenne hormis le parc Dieudonné, indique Hugues Doumont. Si le poumon vert de 12 ha à Anton promis par Claude Eerdekens est comme le centre-ville, on ne le verra jamais!"
– au débat via la CCATM, le SDC et le retour de la Commission communale du développement territorial
– à des clauses urbanistiques sociales et profitables à tous pour les projets de plus de 15 logements (quotité obligatoire de logement public et social, mobilité douce, voiries adaptées, services aux citoyens, espaces verts, etc)
– à une politique de logement pour tous dont les plus précarisés (logements d'urgences en plus, abri de nuit, etc).
Il dit stop à :
– l'obsession démographique privilégiant la quantité plutôt que la qualité de vie
– au "pseudo Code de bonne conduite" qui décourage les particuliers et favorise les mégaprojets immobiliers
– à la "rurbanisation à l'andennaise" irrespectueuse des gabarits existants
– au comportement arbitraire de la Commune qui renvoie vers le conseil d'État en seule réponse aux demandes de permis et inquiétudes des riverains