Le docteur Abuelaish, ex-médecin de Gaza, raconte l'horreur à Namur : "la plupart des problèmes dans le monde trouvent leur source dans l'ignorance"
Vendredi, le médecin a rencontré deux écoles namuroises pour relater son vécu et les souffrances subies par son peuple.
- Publié le 12-02-2024 à 08h34

"Un docteur gazaouis sur la route de la paix et de la dignité". Voici comment se résume Izzeldin Abuelaish, ancien médecin de Gaza, dont les trois filles et la nièce furent tuées en 2009 par une roquette israélienne.
Plutôt que de se lamenter sur son sort, Izzeldin a alors tenté de donner un sens à ce qui n'en a pas en racontant son histoire, deux ans plus tard, dans un ouvrage intitulé Je ne haïrai point. Un texte ensuite décliné dans une pièce de théâtre, mise en scène par Denis Laujol, qui sera présentée, le 27 mars prochain, au Delta.
Avant cette date, le Dr Abuelaish, désormais réfugié au Canada, était de passage vendredi, à Namur, sur l'invitation de l'ASBL Coordination Namuroise Belgo-Palestinienne (CNB-P). Durant sa visite, le sexagénaire est parti, l'après-midi, à la rencontre de classes de l'athénée de Jambes et de l'IATA. L'occasion pour les élèves d'écouter le témoignage d'un Palestinien, ayant subi de plein fouet les aléas d'un conflit qui s'éternise entre deux peuples. "Étant membre de l'association CNB-P, il me semblait important que mes élèves puissent être en contact avec cet homme de cœur, originaire de Gaza", estime Bénédicte Graas, professeure de religion à l'IATA.
Lors de son arrivée à l'école technique, Izzeldin Abuelaish, aidé d'un traducteur, a d'abord demandé aux élèves s'ils avaient déjà rencontré un Palestinien au cours de leur vie. Face à l'absence de doigt levé, l'intervenant, guère surpris, a souligné la nécessité de connaître son prochain. "La plupart des problèmes dans le monde trouvent leur source dans l'ignorance, juge le médecin. Entendre parler d'une personne et la connaître, ce sont deux choses différentes."
La résilience, signe de courage
Au fil de l'échange, le sexagénaire est revenu sur son histoire et les raisons qui l'incite à la relater auprès du public. "Je suis ici devant vous pour mes filles et ma nièce, tuées par l'armée israélienne", précise-t-il. À la suite de cet événement, Izzeldin précise qu'il avait d'abord perdu foi en l'humanité avant d'aller de l'avant, sans éprouver un sentiment de colère ou de vengeance envers le camp adverse. "Être résilient, ce n'est pas un signe de faiblesse, car il faut du courage pour le devenir."
Le médecin a donné ensuite sa vision du conflit entre son peuple et Israël, dont les maux trouvent leurs racines bien avant les massacres du Hamas, perpétrés le 7 octobre dernier. "Nous, Palestiniens, sommes privés de notre liberté, et exposés à notre mort ou à celle de ceux qu'on aime, commente Izzeldin Abuelaish. Comment réagir alors lorsque quelqu'un vous chasse de votre maison et constitue une menace existentielle sur votre quotidien ?"
Bien que désormais citoyen canadien, le Dr Abuelaish suit encore de près l'évolution du conflit et les conséquences qui en découlent: "Avant le 7 octobre, c'était déjà l'enfer à Gaza car la population était privée de tout. Désormais, c'est une ville fantôme." Au regard des 30 000 Palestiniens tués depuis l'assaut du Hamas, l'homme insiste sur la nécessité que son peuple puisse disposer un jour de son propre État afin de jouir de sa liberté.
L'exposé de l'intervenant s'est ensuite conclu avec les copieux applaudissements des élèves, sensibles à son discours pacifique. "Rencontrer quelqu'un qui a vécu cette situation, c'est plus percutant que des images ou des chiffres véhiculés dans les médias, qu'on peut vite banaliser", souligne une participante.