Nez cassé, lunettes brisées, sang sur le bureau : une secrétaire accusait le médiateur de l'avoir rouée de coups : il a été acquitté ce vendredi
Si la victime a souffert d'une fracture du nez, bien réelle, les versions des deux protagonistes semblaient difficiles à départager.
- Publié le 01-03-2024 à 13h34
- Mis à jour le 01-03-2024 à 15h45

Le 2 février, un fonctionnaire, qui a notamment exercé le rôle de médiateur faisant fonction, se retrouvait sur le banc des prévenus. Il était accusé d'avoir passé à tabac une secrétaire, dans les bureaux namurois d'un service… censé apaiser les tensions. Il a été acquitté par le tribunal correctionnel de Namur ce vendredi
Le prévenu est fonctionnaire au service de médiation de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. À ce titre, il résout de litiges depuis 2003. Une secrétaire l'accusait de lui avoir donné plusieurs coups au visage le 25 septembre 2017, à Namur. Le dossier avait été classé par l'auditorat du travail, faute de charges suffisantes. Il revenait début février devant le tribunal correctionnel.
Le prévenu a expliqué qu'un contentieux existait entre lui et la partie civile depuis plusieurs années. De Bruxelles, l'employée avait été transférée vers Namur. "Le jour des faits, elle avait garé sa voiture derrière la mienne. Je lui ai demandé de la bouger, 2 fois. Je lui ai proposé de prendre ses clés et de déplacer le véhicule moi-même. Elle m'a hurlé de ne pas toucher à son sac et s'est précipitée sur moi. Je l'ai repoussée une première fois dans sa chaise. Elle m'a donné un coup de pied dans l'entrejambe et je l'ai repoussée par les épaules. Elle est retombée à côté de son siège et saignait du nez quand elle s'est relevée. "
La victime déclarait avoir été rouée de coups, au visage et sur le corps. Elle a souffert d'une fracture du nez et d'une déviation de la cloison nasale, d'un trauma maxillo-facial, d'un hématome frontal, d'une tuméfaction de la lèvre et de griffures aux avant-bras. Elle a dû être opérée et réclamait la réalisation d'une expertise afin d'établir son dommage.
Me Mayence plaidait de la sorte : "Elle a dénoncé en 2010 le fait qu'une employée avait giflé une intérimaire et cela n'a pas plu à son supérieur. Depuis, la tension était permanente. Le jour des faits, il lui a demandé de "dégager son véhicule". Elle lui a proposé d'attendre qu'elle finisse d'envoyer un mail. Suite aux coups, il déclare qu'elle se serait peut-être cognée ou pire, qu'elle se serait laissée choir au sol ? Ses lunettes ont été brisées, elle porte des traces de défense aux avant-bras. Des traces de sang ont été retrouvées sur son bureau."
Si les blessures étaient incontestables, le substitut Vandermeiren déclarait ne pas pouvoir départager les 2 versions de la scène. Vu les doutes qui subsistaient, l'acquittement était requis.
Le conseil du fonctionnaire plaidait également l'acquittement. Il évoquait la légitime défense suite au coup de pied dans les parties génitales pour expliquer le fait que son client ait repoussé l'employée.
En pleurs, la victime avait pris la parole en fin d'audience : "On me salit alors que j'ai été agressée sur mon lieu de travail, cela ne m'étonne pas que des gens se suicident. Je confirme qu'il m'a frappée. Il m'a projetée puis m'a frappée."