Retombées du nouveau marché de Namur: les commerçants du centre-ville sont partagés
Le marché de Namur a déménagé en bord de Sambre. Quel impact pour le commerce du centre-ville ? Premier coup de sonde.
- Publié le 02-04-2024 à 08h02

On l'appelle désormais le marché du Bord de l'eau. Il s'étire chaque samedi matin sur le boulevard Frère Orban. Depuis le 23 mars dernier, les ambulants ont en effet quitté définitivement les rues de Fer et de l'Ange, la rue de Bruxelles et la place du Palais de justice. C'est une conséquence du projet d'extension du piétonnier namurois. Quel est l'impact de ce déménagement sur l'activité commerciale de l'hyper-centre ? Nous avons sondé une douzaine de commerçants, ce samedi, après la deuxième édition du marché nouvelle formule. Le bilan est nuancé.
Des habitués déshabitués
Le samedi matin, la Sorbonne, café de la rue de Bruxelles, ouvre habituellement tôt pour accueillir la clientèle des ambulants et maraîchers. "Certains habitués parmi eux viennent encore, mais c'est beaucoup plus calme, dit Jean-Louis Gorjon. On va attendre deux ou trois mois pour évaluer la situation."
Chez Couz, le "snack des facs", plus bas dans la rue, le départ du marché est au contraire accueilli comme une bonne nouvelle. "Je travaille mieux le samedi, maintenant, dit Sabri Kasmi, derrière le comptoir depuis 17 ans. Il y a des touristes, des promeneurs, des gens qui repassent du marché. Le seul désagrément, c'est qu'il y a moins d'ambiance dans la rue !"
Dans cette librairie de la rue de Bruxelles, on accueille aujourd'hui moitié moins de clients le samedi matin: "Même les habitués qui passaient prendre le journal semblent aller ailleurs." Le pôle d'attraction s'est déplacé et a modifié les parcours empruntés par les clients.
Constat identique chez Gatsby, bar à burgers de la place Saint-Aubain: le passage naturel est réduit. La faute au nouveau marché, mais aussi aux travaux en cours à la rue de Bruxelles, pense-t-on.
Il y a désormais moins de monde dans la rue de Fer le samedi matin, constate le patron du Café de Namur, situé en haut de l'axe. "Mais on aura une idée plus précise de l'impact au retour des beaux jours, avec la terrasse", dit-il. "Le premier samedi, il y avait du monde en rue, dit-on chez Villeroy, le tea-room situé un peu plus bas. Les gens cherchaient sans doute le nouveau marché. Ce samedi, c'est plus calme." La clientèle très matinale des maraîchers a disparu et "le service de midi est moins bien", analyse la responsable.
Des craintes infondées
Au Press-shop de la rue de l'Ange, on fait grise mine: "Les chiffres sont là, et ils ne sont pas bons. Les gens qui quittent du marché avec leurs courses ne vont pas faire un détour pour repasser chez nous. Si ça ne change pas, ce sera problématique. On ne modifiera pas nos horaires, mais on devra peut-être travailler avec moins de personnel le samedi."
Le commerce de destination, celui pour lequel on a prévu de se déplacer, semble moins impacté. À la Brasserie François, place Saint-Aubain, on est "complet à midi, comme tous les samedis". Chez April, parfumerie de la rue de Fer, les affaires tournent normalement, explique la vendeuse: "Pourtant, avec les collègues, on a eu un peu peur de perdre une part de la clientèle". Pas de difficulté non plus chez Okaïdi, magasin de vêtements pour enfants de la rue de l'Ange. "Mais il faut dire que c'est Pâques, période de cadeaux", nuance la gérante.
L'Entité, au cœur du nouveau marché, a engagé deux flexi-jobs
Le grand gagnant de l'opération, sans surprise, c'est le café L'Entité, installé au coin du boulevard Frère Orban et du Rempart de la Vierge, en plein cœur du nouveau marché. L'établissement a drastiquement modifié ses horaires du samedi matin: les portes ne s'ouvrent plus à 10h mais à 6 h, pour accueillir les ambulants et les premiers clients. "On a beaucoup plus de monde, c'est satisfaisant, note Patricia Rousseau, la patronne. Le premier samedi, on était même un peu débordés. J'avais pris un flexi-job, mais ce n'était pas assez. J'en ai pris deux ce samedi." L'autre bonne nouvelle, c'est que les habitués, qui viennent principalement à pied, sont toujours fidèles au comptoir.
