Assises de Namur : Legros se disait terrorisé par Becker, sur qui il a tiré avec deux armes différentes
"C'est inhumain, si cela devait se repasser, je n'agirais pas comme cela."
- Publié le 15-04-2024 à 16h24

Le président Olivier Warnon a interrogé Gaëtan Legros, lundi, dans le cadre du procès en assises de Gaëtan Legros et d'Alix Verbruggen, qui doivent répondre de l'assassinat de Nico Becker et d'incendie volontaire.
En août 2022, Nico Becker, la victime, a été abattue de deux coups de feu, tirés dans le thorax et dans le crâne, à Lonzée (Gembloux). Il habitait à Jemeppe-sur-Sambre et était âgé de 21 ans. Interpellé après les faits, Gaëtan Legros a immédiatement avoué les faits. Après les coups de feu, il a conduit le véhicule de Becker et y a mis le feu. Legros a indiqué que Becker voulait lui extorquer 3000 euros et qu'il n'avait d'autre choix que de l'abattre, avec l'aide d'un complice, Alix Verbruggen.
Après la lecture de l'acte d'accusation par l'avocat général Thibaut Vandermeiren, le président Olivier Warnon a interrogé Gaëtan Legros, qui a été entendu à 5 reprises dans le cadre de l'enquête.
Né en 1992, Gaëtan Legros est âgé de 31 ans. Il a toujours beaucoup travaillé, combinant plusieurs activités, notamment en tant que chauffagiste indépendant. Il a acheté avec ses parents le Vieux Noyer, une ancienne ferme dotée d'une salle de réception, qui sera transformée en snack en 2021 et où l'accusé a installé son habitation. "J'ai travaillé dur, nous avions du monde midi et soir. Je travaillais avec ma maman, qui venait tous les jours." A partir de juin 2022, Gaëtan Legros abrite Alix Verbruggen, un ami d'enfance, qui lui donnait un coup de main lors des services du soir et dans les travaux du bâtiment. "Nous nous sommes toujours bien entendus. Il cherchait du travail et je cherchais quelqu'un pour m'épauler dans mon commerce et mes travaux. Il était très courageux. "
Gaëtan Legros a pratiqué la chasse pendant plusieurs années, notamment dans les bois détenus par son frère. Au moment des faits, il était titulaire du permis de chasse mais n'avait pas renouvelé la vignette. Ce qui explique pourquoi il détenait beaucoup d'armes et de munitions, qui n'étaient cependant pas détenues légalement. Plusieurs témoins le décrivent comme un travailleur qui a de l'or dans les mains et n'a peur de personne.
"L'arrestation et la détention à la prison de Marche m'ont permis de vider mon sac et d'expliquer ce qui s'était passé. Au début je me suis rendu compte que je manquais énormément de repos. J'ai des remords et des regrets. En prison, j'ai fait un travail sur tout ce qui s'est passé. Trois familles ont été brisées avec cette histoire. Discuter avec des familles de victimes a été bouleversant. J'essaie de tirer quelque chose de positif de cette détention j'ai suivi une formation en couture pour fabriquer des vêtements pénitentiaires et je travaille à la cantine. J'envisage d'entreprendre des études de biologie pour devenir salarié. Je ne veux plus être indépendant. J'ai reçu des menaces en détention."
Après une pause, le président Warnon a questionné l'accusé au sujet de sa relation avec la victime et du déroulement des faits. "J'ai rencontré Nico Becker à Gembloux, un mois avant les faits, dans une salle de billard. On s'est rapprochés. Le courant passait bien. Il venait à la friterie, discutait avec ma maman, il était très correct. "
C'est le samedi 6 août, lors d'une sortie dans un bar de La Bruyère, que les choses se corsent entre les deux hommes. "Vers 2h30, nous étions au fumoir, il voulait discuter. Il a changé de ton, il est devenu agressif, me réclamait de l'argent. Il menaçait de s'en prendre à moi et à ma famille, m'a dit de n'en parler à personne, il était hors de lui, tapait sur les tôles du fumoir, a sorti et déplié un couteau de sa poche, il l'a mis sur mon ventre. J'étais tétanisé, j'étais dans l'incompréhension, je n'aurais jamais cru ça de lui. Il m'a mis des coups de poing dans le ventre, des coups de boule, il disait que si j'appelais la police j'aurais des représailles. Il me demandait 3000 euros. J'étais pris de terreur, je ne savais rien faire, j'attendais que ça passe, je n'osais plus bouger. Il a cassé un verre et a menacé de me défigurer. Le temps passait et il ne redescendait pas. Il s'en est pris au tenancier de l'établissement et lui a demandé sa caisse du soir en le menaçant avec le couteau. Il lui a donné 200 euros. Il a continué à me menacer sur le parking et dans la voiture. Il m'a finalement redéposé chez moi. "
L'accusé poursuit : "J'étais dans l'incompréhension car tout se passait bien au début. J'étais choqué. J'ai pensé à une crise d'alcool. J'attendais de ses nouvelles. Nico m'a rappelé, avec les mêmes menaces et exigences. Je voulais m'expliquer avec lui, comprendre. Il m'a fixé un délai d'une semaine pour lui donner les 3000 euros. Je ne voulais pas entrer dans cet engrenage et me laisser faire. Par la suite, il m'a dit qu'il voulait ma caisse du week-end. J'ai expliqué à Alix Verbruggen ce qui se passait."
Le jour des faits, le 8 août 2022, Nico Becker appelle Gaëtan Legros vers midi pour lui dire qu'il viendrait chercher l'argent une heure plus tard. "Alix et moi ne savions pas s'il viendrait seul ou en famille. On se préparait au pire. J'étais terrorisé. Je n'ai pas osé appeler la police, j'avais peur. Il m'avait menacé de représailles, je me sentais isolé, j'étais pris au piège. J'étais en panique totale. Je voulais sortir de ce cauchemar. Je voulais lui dire que je refusais de lui donner de l'argent."
Legros dit alors à Verbruggen d'aller près du terrain de pétanque attendre Becker. "J'avais peur pour ma vie. Peur de la réaction de Nico si je ne voulais pas lui donner l'argent, peur de me retrouver coincé avec lui dans la maison. J'ai chargé un revolver à poudre noire que j'ai mis dans une remorque, sur le parking, pour me rassurer. J'étais toujours apeuré, je suis allé rechercher une autre arme à l'étage. Je n'ai jamais eu de plan en tête, je n'avais pas l'intention de le tuer. J'ai entendu Nico Becker arriver. Il est sorti et s'est dirigé vers Alix. Je me suis rendu dans la pièce où les armes étaient entreposées. J'ai pris la première qui passait et une munition. J'ai perdu pied, ce qu'il m'avait fait vivre est remonté et j'ai tiré. Je le regrette, je n'aurais jamais dû faire cela, je ne me reconnais pas là-dedans. Je me rends compte que c'est complètement fou et inacceptable, je ne pourrais jamais refaire cela. Je ne sais pas ce qui s'est passé en moi."
La victime était à 44 mètres de l'auteur du tir. "Ensuite, je décide de rejoindre Alix, je prends le calibre 12. J'avais peur qu'il y ait d'autres personnes dans sa voiture. Nico était au sol et j'ai à nouveau tiré sur Nico, dans son visage. Je ne sais pas s'il était toujours vivant au moment du deuxième tir", confie l'accusé en sanglotant. "Alix était tétanisé, se tenait la tête. Une voisine était à la grille, avait entendu les coups de feu. Mon monde s'est effondré, j'avais peur de représailles. J'ai donc décidé de me débarrasser du corps, pour cacher les choses. On a décidé de brûler la camionnette de Nico avec l'essence de la tondeuse."
Le président Warnon reprend les déclarations d'Alix Verbruggen : "Gaëtan avait décidé de buter Nico avec son fusil de chasse, puis de faire disparaître son corps en le brûlant dans sa voiture. " "C'est faux", déclare Gaëtan Legros.
Une fois Nico Becker chargé dans son véhicule, Legros prend le volant de sa camionnette et Verbruggen le suit pour le reprendre une fois l'incendie allumé. "J'ai allumé un bout de tissu et je suis tout de suite parti à pied car Alix n'était pas encore là, il s'était perdu, puis je suis rentré à Beuzet à pied. On s'est retrouvés à 300 mètres de la friterie. J'ai récupéré les armes et je suis allé prendre une douche car je sentais la fumée. J'ai jeté mes vêtements dans un container. J'avais des remords, Alix n'était pas bien, on ne savait pas quoi faire. On est allés à Namur, pour essayer de voir du monde, se changer les idées. On n'avait pas grand-chose à se dire. Des amies nous ont rejoints et nous sommes allés manger à Jambes. J'ai tout fait pour qu'elles ne comprennent pas ce qui venait de se passer".
S'adressant à la famille de Nico Becker, Gaëtan Legros a déclaré : "J'ai commis un acte odieux j'ai privé une famille d'un proche, c'est compliqué de vivre avec cela mais il faut que j'en assume les conséquences. C'est inhumain, si cela devait se repasser, je n'agirais pas comme cela. Je regrette sincèrement ce qui s'est passé. S'ils ont besoin de prendre contact avec moi, je peux répondre à leurs questions. Je dois me reconstruire par rapport à ce que j'ai fait, essayer de comprendre pour que cela ne se reproduise plus et tirer des conclusions de mes erreurs. Je veux me réintégrer à la société comme je l'étais auparavant et être une bonne personne."