Jambes : l'école de Basse-Enhaive ne verra finalement pas le jour
La future école était dans les cartons depuis la fermeture de l'implantation initiale en 2019. Elle était ficelée, dessinée… La Ville s'est pourtant rétractée. Une question de priorités.
- Publié le 16-04-2024 à 10h00

C'est un coup dur qui a frappé les parents des élèves de l'école de Basse-Enhaive. Ils attendaient la construction d'un nouvel établissement depuis la fermeture de leur école, en 2019, à cause d'un champignon invasif et nocif présent dans la structure du bâtiment, et la démolition qui a suivi. Il devait sortir de terre concomitamment au projet immobilier porté par Thomas & Piron (lire ci-dessous), à proximité du Carrefour de Jambes.
Fin de semaine dernière, les parents ont découvert un mot glissé dans le cartable de leur enfant leur indiquant que la Ville de Namur renonçait à cette solution, ont relaté nos confrères de SudInfo.
D'autres priorités scolaires
Ce lundi matin, l'échevine de l'Enseignement, Christine Halut (Écolo), a reçu une délégation de parents d'élèves frustrés de cette décision. Elle devrait se rendre prochainement à l'école de Froidebise, là où les élèves de Basse-Enhaive ont été temporairement relocalisés, afin d'entendre le ressenti de l'ensemble de la population scolaire. "Je comprends les inquiétudes. Par contre, à titre personnel, je ne comprends toujours pas comment un bâtiment qui n'avait que 18 ans a pu être démoli… mais je n'étais pas là" (NDLR Christine Hallut est échevine depuis septembre 2022).
Elle entend également éclairer l'assemblée sur les raisons qui ont poussé le collège à abandonner le projet de reconstruction.
Dans un contexte financier particulièrement tendu, la Ville a dû revoir ses priorités sur base des besoins rencontrés dans les différentes implantations. Ceux-ci concernent avant tout Boninne qui attend de nouveaux modules préfabriqués et où un chantier s'installera le 18 avril. Montant total des investissements consentis: 1,4 million€. Il est aussi impératif de reconstruire l'école de Bouge-Centenaire dont la stabilité pourrait être menacée en raison d'une fissure de 10 cm sur l'un des murs du bâtiment. Un chantier à 2,4 millions€ pour lequel la Ville attendait un subside de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Nous ne l'obtiendrons pas, mais nous devons maintenir ces travaux", précise Christine Hallut. Enfin, la Ville prévoit de doter l'école de Flawinne de nouveaux modules, le temps de transformer une ancienne conciergerie en un nouvel écrin pour les élèves et leurs professeurs. Il faut compter 480 000 € auxquels s'ajoutent 125 000 € pour la seule cour de récréation.
Moins d'élèves
Si l'école de Basse-Enhaive a reculé dans le classement des infrastructures scolaires à reconfigurer d'urgence, c'est aussi pour des raisons de fréquentation et de localisation. "Lors du déménagement vers Froidebise, on comptabilisait 93 élèves. Ils sont aujourd'hui 63", précise Christine Hallut. Une baisse qui peut s'expliquer par les contraintes liées à la démolition de l'implantation initiale et le déménagement sur les hauteurs de Jambes. "Or, dans les écoles environnantes – Erpent-village, Parc Astrid et Velaine – il y a des classes vides. Il est important d'avoir cette vision globale. Doit-on construire une nouvelle école alors qu'il y a des espaces libres ailleurs ?", questionne l'échevine.
Les enfants du quartier de Basse-Enhaive seront donc amenés à poursuivre leur scolarité à Froidebise pour un certain temps encore. Christine Halut évoque une année, voire deux… À terme, l'école est, elle aussi, vouée à disparaître. Le dossier reviendra sur la table des élus lors de la prochaine législature. Quelle que soit l'issue finale, l'échevine de l'Enseignement assure cependant que les navettes qui acheminent les enfants depuis Basse-Enhaive vers leur école seront bel et bien maintenues.
Un bâtiment que la Ville ne devait pas payer
Peu de temps après la démolition de l'école de Basse-Enhaive, la Ville de Namur avait annoncé tambour battant avoir trouvé une solution pérenne pour la population scolaire alors dispersée dans plusieurs établissements alentour. Selon le mécanisme des charges d'urbanisme, elle entendait imposer à l'entreprise Thomas & Piron la construction d'une nouvelle école dans un vaste projet immobilier en gestation de l'autre côté de l'avenue Prince de Liège. Pour obtenir son permis, le promoteur avait consenti à faire sortir le bâtiment de terre, à ses frais. Avant que le collège ne se rétracte, des visuels ont même été dévoilés. La rentrée académique 2025 était dans le viseur pour une inauguration en bonne et due forme.
Mais le deal ne portait que sur la livraison du gros œuvre fermé. Ce qui obligeait la Ville à mettre la main à la poche en vue d'aménager les lieux pour y accueillir les élèves. Un investissement visiblement trop important au regard des besoins identifiés dans d'autres écoles communales (lire ci-dessus). "L'étude relative aux aménagements intérieurs a été faite par mes services. Elle a été chiffrée, a commenté l'échevin Tanguy Auspert (Les Engagés), en charge du Patrimoine communal. Le service de l'Enseignement m'a ensuite dit: "Stop, on n'y va pas !""
Le bâtiment sera-t-il finalement construit, moyennant une affectation autre que scolaire ou une charge d'urbanisme équivalente sera-t-elle imposée au promoteur ? "Les discussions sont en cours", a répondu l'échevine de l'Aménagement du Territoire Charlotte Mouget (Écolo) par SMS.
