Procès de Mpemba, poursuivie de trafic d'enfants : "Je veux rendre à ma petite fille son histoire"
Le procès de Julienne Mpemba s'est poursuivi ce vendredi avec les parties civiles devant le tribunal correctionnel de Namur. Des parents et des enfants meurtris qui attendent toujours des réponses à leurs questions.
- Publié le 28-06-2024 à 16h29
- Mis à jour le 28-06-2024 à 16h30

Des vies volées, des familles brisées, des destins basculés, des voix qui se font tremblantes et des yeux qui s'humidifient, l'émotion se fait ressentir sur les bancs des parties civiles. Ce vendredi 28 juin, le procès de Julienne Mpemba s'est poursuivi devant le tribunal correctionnel de Namur. "Je veux rendre à ma petite fille son histoire, lance la maman de Lucie (nom d'emprunt), une des enfants adoptés. Elle connaît seulement la partie lisible de son histoire." Assis à côté d'elle, les parents de Théa (nom d'emprunt) embrayent également sur le même sentiment : "Notre fille est entre deux identités. Notre objectif c'est qu'elle puisse se reconstruire, savoir qui elle est, d'où elle vient." Pour la mère de famille, c'est la colère qui prend aussi le dessus. "Je suis là aujourd'hui parce que je ne veux plus qu'aucune mère, qu'aucune autre famille ne vive ça. Je retiens aussi le mépris des institutions belges et congolaises qui ont aidé Julienne Mpemba. On a frappé à toutes les portes et aucune ne s'est jamais ouverte. J'aurais voulu la regarder en face, lui dire que les enfants ne sont pas interchangeables, qu'elle n'a aucun respect pour ces enfants."
Depuis le début de l'enquête, Julienne Mpemba s'est réfugiée au Congo et dirige toujours à l'orphelinat. "Aujourd'hui, c'est trop. Ça fait 8 ans qu'on est dans les procédures pour obtenir une vérité judiciaire seulement puisqu'on ne peut pas compter sur un minimum de franchise de sa part", ajoute encore le papa de Théa.
"On va vraiment renvoyer ces enfants au Congo ?"
Mais l'enjeu du procès pour ces familles déchirées et impuissantes sera de savoir si oui ou non, Julienne Mpemba sera reconnue coupable ou non. En dehors des réclamations civiles, certains avocats demandent tantôt de la reconnaître la culpabilité, tantôt de l'innocenter. Parce que si la Namuroise est bien coupable, l'adoption ne vaut alors plus rien. Et quel avenir pour ces enfants qui se sont construits en Belgique ? "On va les renvoyer au pays ? Là où règnent le crime et la violence ? On va les renvoyer dans la misère ?, intervient le conseil d'une des familles. Ils sont déracinés, ils ne connaissent plus la langue. Leur vie, leur école et leurs copains sont, ici, en Belgique." Et un autre avocat constitué partie civile de nuancer : "Je demande de dire établi l'ensemble des préventions. Pour elle, les enfants sont des marchandises."
Pour Emile, Alice, Sophie, Louise, Lucie ou encore Théa (noms d'emprunts), représentés par un tuteur ad hoc ou par le conseil de leurs parents adoptifs, le procès pénal ne marquera pas la dernière étape de ce long parcours. Certains d'entre eux ne connaîtront peut-être jamais leur histoire. D'autres auront à choisir entre leur terre d'origine et leur terre d'accueil. "Mes clients veulent juste que leur enfant soit heureux. "Quoiqu'il arrive, ce sera toujours notre enfant", voilà ce qu'ils disent aujourd'hui", conclut l'avocat des parents d'Émile. Le garçon, en Belgique depuis 11 ans, sait aujourd'hui qu'il a été enlevé à sa famille.
Rappel des faits
En novembre 2015, onze enfants congolais foulent le sol belge pour être adopté par leurs familles. Mais sans le savoir, ces jeunes, âgés de 2 à 5 ans, avaient été enlevés à leur famille par la belgo-congolaise Julienne Mpemba. La juriste namuroise, leur avait donné de fausses identités, de fausses dates de naissance et réclamait de l'argent aux familles adoptantes. L'affaire avait été révélée peu de temps après par le parquet fédéral et elle avait été arrêtée en 2016 en Belgique. Après huit ans d'enquête, le procès s'est ouvert devant le tribunal correctionnel de Namur. Au total, cinq audiences sont prévues jusqu'en janvier 2024. Julienne Mpemba est poursuivie pour trafic d'êtres humains, fraude à l'adoption, enlèvements de mineurs, prise d'otage, escroquerie, corruption et faux et usage de faux. Le Ministère public a déjà requis 12 ans d'emprisonnement lors de la première audience. Elle nie, aujourd'hui, toujours les faits et s'est toujours dérobée à la justice.
Par ailleurs, plusieurs institutions belges (notamment la communauté française) ont été inculpées de non-assistance à personne en danger et acquittées de cette prévention par la chambre des Mises en Accusations de Liège.