Journée mondiale de la pomme de terre: En Hesbaye, la patate se cultive dans un champ numérique
Ce vendredi, c'était la Journée mondiale de la pomme de terre. Dans les champs de Hesbaye namuroise, à Hanret (Eghezée) elle gagne du terrain. GPS, ordinateur de bord, caméra… sa culture devient de plus en plus hi-tech.
- Publié le 31-05-2025 à 13h55

Au XIIIe siècle, les Incas ont été les premiers à déceler tout le potentiel de ce végétal délicat et parfois rebelle. Huit siècles plus tard, la pomme de terre occupe une place centrale dans les habitudes alimentaires de nos contrées.
Mais depuis, les outils de bronze et de cuivre utilisés par les Andins ou les fourches et binettes de nos ancêtres, la technologie a évolué de manière spectaculaire. Et plus encore ces dix dernières années.
"Il n'y aura bientôt plus de place dans la cabine du tracteur pour y installer tous les ordinateurs et écrans", s'amuse Samuel Rase, cultivateur à Hanret (Eghezée), mais aussi marchand de matériel agricole spécialisé. Il improvise une petite visite guidée dans ce nouveau champ numérique.
"La parcelle aura été délimitée avec les coordonnées GPS. Cela permet, par exemple, de planter les pommes de terre avec une précision totale, mais aussi un certain confort", détaille l'exploitant. "On va jusqu'aux limites du terrain, sans perdre de superficie, mais sans non plus aller au-delà." Ce premier écran permet de déterminer la profondeur mais aussi la densité et donc l'écart entre chaque plant de pomme de terre qui sera enfoui dans le sol. "En fonction des variétés, mais aussi du type de sol, la distance entre deux plants peut aller de 14 à 42 centimètres", précise encore Samuel Rase. Cet outil permet de définir tous ces paramètres. Le deuxième écran s'intéressera aux quantités et types d'amendement (engrais) qu'on apportera au sol et à la plante. Même approche pour les produits phytosanitaires.
Ce boîtier permettra d'opter pour la bonne pression des pneus du mastodonte. "Le système de télégonflage est important, aussi et surtout pour mieux préserver la structure du sol", développe le cultivateur hesbignon. "Quand on dégonfle le pneu, il s'allonge et s'élargit. Il occupe une plus grande place au sol et la pression est donc mieux répartie. On aura une meilleure adhérence et cela aura aussi un impact sur la consommation en carburant. Mais il ne faut pas non plus exagérer et trop dégonfler. Le risque, c'est de déjanter et là, t'as perdu ta journée…"

Bon pour la Terre… et le portefeuille
Spécialisés dans le matériel Grimme, firme basée en Allemagne, les ateliers Rase veillent aussi à rester à la pointe du progrès. "Et ça avance énormément", assure le concessionnaire. "On va de plus en plus vers du traitement ponctuel et ça grâce aux petites caméras et technologies optiques. Si on doit éliminer une mauvaise herbe, la machine va la repérer et diffuser le produit juste sur elle. Même chose pour l'engrais avec la bonne plante. J'ai traité une parcelle pour les mauvaises herbes. Au lieu d'utiliser 200 litres de phyto, comme c'était généralement le cas, je n'ai eu besoin que de cinq. C'est avant tout une bonne nouvelle pour l'environnement, mais aussi pour mon portefeuille. Quand on voit ce que ces produits coûtent…" Écologie et économie peuvent se cultiver en parallèle. C'est en tout cas un sillon que les nouvelles technologies doivent creuser.
L'alerte mildiou tombe du ciel sur le smartphone
La météo et le climat sont des données vitales pour la culture de la pomme de terre. Là aussi, les technologies actuelles sont précieuses

Une pluie trop abondante, un soleil trop ardent, un vent qui assèche… Le cultivateur de pommes de terre est accro à la météo et attentif à tous ses excès. "Mais je ne fais pas partie de ceux qui se plaignent à tout bout de champ. Une grande partie du métier, c'est aussi de s'adapter", assure Samuel Rase.
L'humeur est d'autant meilleure que le début de la saison est plutôt idéalpour la pomme de terre. "On plante au printemps, en mars ou avril. Il faut attendre que le sol soit ressuyé. Et là, c'était tout bon, on a même de l'avance. L'an dernier, on a parfois dû attendre le mois de juin."
La période sèche qui se prolonge a aussi forcé le plant à ancrer ses racines plus profondément. "La plante va forer pour se fixer et aller chercher l'eau en profondeur s'il le faut. Et comme les réserves et les nappes se sont bien reconstituées, c'est aussi de bon augure", continue l'agriculteur.
Mais une sécheresse qui se poursuit devient aussi inquiétante. "La pluie est enfin tombée ces derniers jours. Mon épouse m'a interpellé en me disant que je n'avais plus besoin de fixer mon GSM, qu'il pleuvait réellement. Mais moi, je veux aussi savoir combien de temps il va pleuvoir, et dans quelle quantité…"
Les applis et infos collectées sur le smartphone sont de plus en plus indispensables. "Depuis trois ou quatre ans, le service est plus complet et précis", se réjouit Samuel Rase. "Il y a une multitude de petites stations météo un peu partout. Les données sont échangées et cela donne un quadrillage beaucoup plus poussé."
Autant d'armes qui permettent de combattre un très vieil ennemi, le mildiou, cauchemar du secteur depuis 1845. Et il a même tendance à se faire de plus en plus virulent et résistant aux traitements, un peu comme certaines bactéries face à "nos" antibiotiques.
"En fonction de la météo avec la température et l'humidité, du niveau de développement de la maladie, le CARAH (organisme professionnel) nous envoie une alerte. C'est alors le moment de partir sur les champs pour traiter les plantes et les protéger contre la maladie", détaille le spécialiste hesbignon. Un feu vert virtuel avec un impact bien réel pour sauvegarder la prochaine récolte de patates. S.Hq.
Grenailles aux formes parfaites, comme un œuf
Petite, ronde et gourmande, la grenaille plaît aux consommateurs. Elle est délicate, comme la manière de la cultiver.

Des charlottes, des nicolas, des pommes de terre à frites, d'autres à chips… Chez Rase, on n'a pas mis toutes ses patates dans le même panier. "Mon papa a commencé la pomme de terre il y a plus de trente ans. Et à mon arrivée, en 2010, on s'est plus spécialisé dans le produit frais, ce que les autres faisaient moins", rappelle Samuel Rase. "Je suis aussi très content de me dire que les patates que je sors de mon champ se retrouvent en vente dans le magasin du village voisin."
Dans cette belle variété, la grenaille joue sa petite canaille. "C'est vrai qu'elle a les faveurs du consommateur. Elle est petite, ronde, jolie, avec beaucoup de goût. On les met dans un plat, un filet d'huile, un peu de sel et on les passe au four : c'est tout simple et délicieux."
Mais avant cela, la culture de la jazzy, la variété choisie à Hanret, n'est pas tout à fait une partie de plaisir. "C'est assez technique et précis", confesse le cultivateur éghezéen. "Il faut commencer par sélectionner le bon sol, c'est essentiel si on veut une excellente lavabilité (l'absence de taches de taches sur la peau)."
Pour s'assurer de la petite taille (entre 3 et 4 centimètres) de la grenaille, le cultivateur raccourcit son cycle de développement. "On assure plus tôt le défanage", explique l'agriculteur. Une fois les feuilles détruites, le tubercule ne grandit quasiment plus. "Mais il faut encore les laisser en terre environ trois semaines, le temps qu'elle fasse bien sa peau", détaille Samuel Rase. "Si on les récolte trop tôt, la peau trop fragile va se déchirer." On les appellera alors "pleureuses" : elles ne donnent pas le sourire aux producteurs.
Vite dit
C'est sa journée
Sur décision des Nations unies, le 30 mai est désormais désigné comme la Journée internationale de la pomme de terre. Elle est consommée par plus d'un milliard de personnes à travers la planète. Elle est cultivée dans 159 pays. Et on estime qu'il existe 5 000 variétés. C'est aussi une solution souvent efficace pour lutter contre la malnutrition dans certaines régions du monde.
Dans les Andes
Les Incas ont été les premiers à domestiquer la culture de la pomme de terre, au XIIIe siècle. Les conquistadors espagnols l'ont ramenée sur le Vieux Continent au XVIe siècle. Mais il faudra attendre encore la fin du XVIIIe et surtout le XIXe pour que la patate trouve une place centrale dans nos assiettes. Elle fut popularisée notamment par l'agronome français Antoine Parmentier.
La Belgique au top
La pomme de terre a véritablement nourri la révolution industrielle. Considérée comme le plat du pauvre, elle a perdu de sa popularité dans l'après-guerre. Mais dans les années 70, avec le développement des fast-foods (pour les frites) ou l'immense succès des chips, la culture de la pomme de terre a connu un fameux boom. En Belgique, on la cultive désormais sur 100 000 hectares, dont 40 000 en Wallonie. Dans le sud du pays, on estime que cette superficie a triplé depuis les années 90. La frite surgelée belge est exportée massivement partout dans le monde.
