Procès Sky ECC à Namur : un "mandaï" mais pas un "big boss"
"Pour les peines, on a sorti le bazooka alors qu'un pistolet à billes aurait suffi", estime l'avocate du premier prévenu.
- Publié le 07-10-2025 à 12h18

Quatorze années de prison, 120 000 € d'amende et des confiscations pour plus de deux millions d'euros… C'est peu de dire que Alket Verushi risque gros, au cœur du procès Sky ECC, en cours devant le tribunal correctionnel de Namur.
L'Albanais arrêté en Espagne est suspecté d'avoir été le patron de cette organisation criminelle hyperactive dans la cannabiculture mais aussi la vente de drogues douces et dures, quasiment à travers tout le pays.
"Quatorze ans, c'est une peine d'élimination, bon débarras !", déplore Me Ricardo Bruno, l'avocat du premier prévenu. "Ce n'est pas une bête sauvage. Il a pris des responsabilités mais on a aussi terriblement chargé sa barque."
Me Séverine Meurice, qui assure également la défense de Verushi, fait comprendre que son client est un peu l'homme de tous les boulots au sein de cette organisation."C'est le taximan qui va chercher un jardinier à l'aéroport. C'est lui qu'on voit aussi au recyparc en train d'éliminer les déchets de la cannabiculture. Il donne des consignes, des ordres, oui mais il n'y a pas de hiérarchie", développent les défenseurs. En langage populaire, on le voit plus endosser le rôle du "mandaï" que celui du "big boss".
Me Meurice estime que les peines requises sont disproportionnées. "Pour le dernier procès Sky ECC, ici à Namur, on a sorti le bazooka alors qu'un pistolet à billes aurait suffi au moment de fixer les peines", commente Me Meurice, avec un joli sens de la formule.
"Aldo, le millionnaire"
Dix ans de prison: c'est aussi une sanction lourde requise à l'encontre d'Aldo, celui que l'accusation présente comme une sorte d'agent immobilier des cannabicultures. "On lui a surtout reproché d'avoir un grand train de vie. C'est Aldo le millionnaire", ironise Me Mevlut Turk, l'avocat du Carolorégien. "Il y a sa fameuse Porsche Panamera. S'il avait roulé en Clio, peut-être aurait-il connu moins de problèmes", ajoute Me Étienne Gras. Les conseils d'Aldo insistent sur les faiblesses du dossier. Son niveau de vie ? "Lui et son épouse travaillent très dur depuis toujours", appuient les défenseurs. "On le voit à plusieurs reprises à proximité d'une plantation ? Oui mais c'est là aussi que vit sa belle-mère", épingle Me Gras.
Une Rolex au poignet ? "Il a vendu sa Golf pour s'acheter cette montre." Le cash saisi lors de la perquisition ? "Il avait fêté son anniversaire et avec reçu des enveloppes." La défense semble avoir une réponse à toutes les interrogations. Si la piste de l'acquittement n'est pas suivie par le tribunal présidé par Renaud Hauquier, Me Gras estime qu'une telle peine (de dix ans), ce serait d'une "force incommensurable." "Donner deux bonnes adresses (pour des plantations de cannabis), est-ce que ça vaut vraiment dix ans ?" La défense a sa réponse. Partagée par le tribunal ? On le saura dans un mois, au prononcé du jugement.
"Le cannabis se plante tout seul ?"
Aspect central du procès : l'argent gagné illégalement grâce au trafic de cannabis. Des sommes exorbitantes, qui font réagir.
Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont passé au crible les calculs du parquet pour définir les actifs illégaux des présumés. Le parquet réclame la confiscation du gain total des dix plantations de cannabis démantelées en février 2024. Selon Émilie de Fays, substitut du procureur du Roi, il s'agit d'un chiffre d'affaires de près de 11 millions d'euros. Si les confiscations sont confirmées, elles seront plus ou moins lourdes en fonction du rôle tenu par chacun des prévenus. Pour Alket Verushi, présenté comme le "big boss", cela pourrait monter à deux millions d'euros.
"J'aimerais bien savoir comment vous arrivez à ces montants", a réagi Me Séverine Meurice. L'avocate de Verushi dresse la liste de ce qui, à ses yeux, ressemble à des erreurs de calcul. "Il faut trois mois avant de pouvoir récolter le cannabis", argumente l'avocate. Sur base de cette caractéristique, elle débusque quelques soucis dans les périodes infractionnelles et le nombre possible de récoltes. Selon elle, la somme totale n'atteint plus que 3,6 millions d'euros, dont 700 000 euros à charge de Verushi.
"Et la meilleure, c'est la plantation d'Anderlues. On y a trouvé une variété de cannabis qui se plante, pousse et se récolte toute seule !", s'amuse Me Meurice. Une révolution dans l'horticulture ? Non, une simple erreur de calcul de l'accusation, estime le conseil. "Les prévenus étaient déjà en détention lors de la période d'activité que vous ciblez !" Mais même si l'argument est retenu, les notes globales et individuelles risquent d'être salées malgré tout. Les montants comme la virulence des contestations de la défense sont à la hauteur de ce procès : méga.