Sablière d'Oret: Donald Trump nous a-t-il écrit?
Ambiance rarement aussi détendue jeudi soir, au conseil communal. Entre autres sujets, la vente compliquée, à donner des cheveux blancs, de l'ex-sablière d'Oret abandonnée par la multinationale Sibelco.

- Publié le 29-05-2026 à 19h56

Conseil très estival, ce 28 mai à Mettet. Des élus manquent à l'appel: déserté, le banc des listes Mettet et Action Citoyenne, poils à gratter de la majorité, donne une étrange impression de vide. L'ordre du jour fait dans la diversité, de l'examen du compte 2025 à la procédure de vente de l'ancienne sablière d'Oret, jalonnée d'obstacles juridiques à donner des cheveux blancs. Des pâtures du château de Scry à relouer, entré dans le giron du patrimoine communal, à une œuvre future en origamis portée par l'artiste de renommée internationale Charles Kaisin, dans le cadre du 50e anniversaire de la fusion des communes. Nous y reviendrons.
Le compte ? Le résultat propre est de presque 69 000 €. Le global affiche 1 555 000 €. En un mot, les finances restent saines mais les marges de manœuvre des pouvoirs locaux se resserrent. La faute à l'époque qui renchérit tous les coûts. Exemple ? Le personnel représente désormais 34% des dépenses ordinaires, contre 31% en 2024.
À l'échelle des habitants, les recettes ordinaires pèsent environ "1 345 € par habitant contre 1 340 € de dépenses. On équilibre tout juste l'année 2025", résume la directrice financière.
Andrea Gagliardi (MR) ne relève aucun point de douleur. Il regrette juste l'absence d'une réelle gestion des stocks communaux. Ce suivi des "consommables" permettrait de réaliser de nouvelles économies. "De grâce, gérons nos stocks. Nous sommes prêts à vous aider pour cela. Je l'avais déjà dit du temps de papa Ruth (Jacques)", s'amuse-t-il. C'était au lendemain des élections de 2012.
Ni foi ni loi Sibelco
Le bourgmestre reconnaît qu'un effort reste à fournir. "On avance cependant, un magasinier a été engagé et un nouvel outil informatique devrait bientôt améliorer le suivi des achats." Gérer le stock, incidemment, c'est aussi se protéger du risque de disparition de matériels et de matériaux.
Sans transition, la vente de l'ex-sablière d'Oret gérée par Sibelco et abandonnée à son triste sort depuis que celle-ci a pris le large. L'administration locale se retrouve confrontée à un imbroglio de propriété, qui bloque tout. En cause, des constructions bâties sans permis par la multinationale. Donc, en toute illégalité.
L'infraction urbanistique remontant à des décennies a vicié l'actuelle procédure de vente jusqu'à l'absurde.
Pour débloquer la situation, l'administration communale a dû ravaler sa colère et solliciter une renonciation officielle de Sibelco sur certains bâtiments. Un accord a finalement pu être arraché après de longs mois d'âpres discussions. Mais les conditions posées par la multinationale pour se dédouaner irritent fortement. "Quand j'ai vu le dossier, je me suis interrogé: c'est Donald Trump qui nous a écrit ça ? Cela m'a abasourdi", lance Andrea Gagliardi, visant la longue liste de précautions déroulées par la multinationale belge afin de bétonner son absence de faute et de responsabilité. C'est évidemment gonflé.
Dans l'opposition, Maxime Janssens (Mettet) dénonce une situation ubuesque. "C'est quand même grotesque. Ils ne respectent ni loi ni personne. Et c'est chez nous qu'ils le font. On est clairement pris pour une espèce rare de pigeon", tempête l'élu, qui encourage à poursuivre ces puissants méprisant le droit.
Pour le bourgmestre, il faut au contraire faire avancer ce dossier embourbé. "Tu veux qu'on entame une procédure contre cette multinationale ?", rétorque Yves Delforge, qui défend une approche pragmatique: "Ce qui nous intéresse, c'est de valoriser enfin ces terrains. Plusieurs entreprises locales restent intéressées par le site", rappelle-t-il.
Le point est voté. Tout le monde semble désormais vouloir la même chose: que l'ancienne sablière cesse enfin d'être un dossier pourri et redevienne un projet, celui d'une réhabilitation en bonne et due forme par une entreprise locale.