Au 21e Festival international du cirque de Namur, même des oies ont fait le show
Des effluves de pop-corn. Des faisceaux lumineux qui lacèrent la pénombre. Des corps qui défient la gravité. Des femmes aux allures de créatures de cinéma. Sous le chapiteau du 21e Festival du cirque de Namur, l'insolite se mêle à la prouesse, le glamour au vertige. Sensations et frissons.

- Publié le 26-10-2026 à 15h04

Un grand chapiteau enguirlandé d'ampoules pochant sur la toile bleu foncée du ciel: bienvenue au Festival international du cirque de Namur. Tous les standards circassiens et forains, qui forgent l'identité de ce phénomène de foire, claquent à nos yeux et à nos narines. En antichambre, avant les gradins de bois, la piste ronde et les grands mâts où des artistes défieront la gravité, il y a l'odeur sucrée du pop-corn et les tapis rouges. Une atmosphère feutrée qui nous fait d'un coup laisser l'ordinaire au seuil de ce château de toile.
Ce samedi, seconde représentation du festival, en nocturne. Un spectacle défloré, étrenné, sans surprise tonitruant. On a beau connaître ses sensuelles marques de fabrique, on se retrouve encore happés par leur magie et leur surnaturelle énergie. Un vrai coup de boost à l'entame des jours sombres et une thérapie de grand soir et frissons.



À peine installé, un jongleur taquine de la quille. Classique. Quand, derrière nous, se dandine un moment de dressage inattendu: le Néerlandais Marcel van Leeuwen tire derrière lui ses oies domestiquées. Ambiance de basse-cour insolite, et de pré champêtre. Une majorette surréaliste, uniforme de poulette et chapeau à plume, ferme cette marche étrange de palmipèdes acrobates.
Entre deux jeux de lumière déchirant la pénombre en rayons lasers, saute aux yeux ce que le cirque sait faire mieux que personne: illusion. Et il trompe bien l'ennemi, notre logique rationnelle, en l'enrobant de glamour emprunté à la féminité. Certaines entrent en scène comme dans un film du célèbre 007: déshabillés somptueux, jupes fendues jusqu'à l'audace, talons aiguilles, silhouettes sculptées par la lumière. Nylon de rigueur sur les jambes galbées. Fascinantes James Bond girls dont on ne sait jamais très bien si elles vont vous ensorceler ou vous abattre.


Un duo dangereux
Beauté latine pour les unes, froide pour les autres. Comme cette femme en noir jouant à l'assistante d'un arbalétrier séduisant et lanceur de couteaux. Son nom dit tout: le Duo Dangerous Love. Une faute de concentration et il transperce sa belle.
Toutes les femmes sont belles au cirque. Pas seulement parce qu'elles se parent de résille et exhibent généreusement leurs courbes. Belles dans le moment du risque, quand elles vont chercher l'impossible sans laisser paraître l'effort.
Les coups de cœur s'enchaînent. Ils ont pour fil rouge un clown polyvalent, facétieux. Don Christian déride à grandes chevauchées. Sa force: il fait participer le public à ses délires.
Parmi les dix numéros, celui d'un jeune couple, le Duo Moonlight, laisse sans voix. Il est Ukrainien, elle est Italienne, et, reliés par des sangles, ils semblent cabrioler, tels deux anges au paradis. Leur chorégraphie tient de la prouesse et de la déclaration. S'extrait de ce ballet aérien vertigineux une histoire d'amour silencieuse, nouée dans la confiance absolue. Une sorte d'entrelacement physique de haut vol, dialogue silencieux où chacun porte l'autre. La beauté du numéro tient là: dans cette alliance du péril et de la tendresse. Le chapiteau retient son souffle autant qu'il se laisse attendrir par cet assaut de grâce.
Il n'y a pas de cirque sans illusion. On l'a vu avec le Hongrois Kristoff Eotvös, tout droit sorti d'un conte historique. Bien sûr, il nous illusionne, mais on accepte volontiers de l'être. Comme quand on le voit enfermer des femmes dans des boîtes, puis traverser celles-ci de lames. Pas un cri. Ces dames ressortent indemnes. On scrute la faille, on voudrait comprendre mais le mystère résiste.
Le cirque est champion dans l'art de combiner virtuosité et étrangeté. Dans un même programme, sous les mêmes feux, il croise le meilleur de l'être humain. C'est tout le charme de cette arène bourrée de talents: 10 numéros, 10 univers, et cette sensation délicieuse d'avoir quitté, deux heures durant, le monde ordinaire, ses pluies de l'automne et ses feuilles mortes.


Un cirque pas comme les autres
"Nous ne sommes pas un cirque en tournée mais des producteurs de spectacles", indique Emmanuel Horwood, le directeur du festival. Il mobilise des artistes du monde entier et a son propre orchestre, dirigé par un Polonais, Artur Palusz. Après Namur, le festival poursuivra sa route en France, à Calais, Saint-Omer et Béthune. Le 21e Festival international du cirque de Namur réunit, entre autres, la troupe acrobatique éthiopienne Waka (incroyable prestation), le clown Don Christian, les oies de Marcel, le jongleur Willy Colombaini, le Duo Dangerous Love.

Jusqu'à la Toussaint
Représentations jusqu'au 1er novembre, esplanade de la Citadelle. Le samedi 31 octobre, la séance de 17 h 30 sera suivie d'une soirée de gala avec remise des trophées. Le dimanche 1er novembre, dernières séances à 11 h et 14 h 30. Les autres ont lieu à 14 h et 17 h 30 du 26 au 31 octobre. www.festival-cirque-namur.com
Magie noire
Petit coup de gueule: la Ville de Namur n'a pas été magique avec le festival. Le numéro du collège a déçu: à peine un mois et demi avant le début des spectacles, la ville a serré la vis. Le directeur dit espérer que le partenariat pourra se poursuivre.
