Yvoir: sans ses bénévoles, la forteresse de Poilvache tomberait
Le château de Poilvache appartient à la Région wallonne. Le site est exceptionnel. Mais il ne vit que grâce à une poignée de bénévoles. Y compris pour son entretien.
- Publié le 26-10-2026 à 16h02

Quel site ! Les ruines d'une forteresse médiévale du haut de laquelle la vue sur la vallée de la Meuse est superbe. On peut même écrire unique. Pourtant, le château de Poilvache, en aplomb du village de Houx (Yvoir) n'est visité que par 3500 ou 4000 personnes par an. Ces derniers jours, malgré les congés scolaires, c'était plutôt par 4 ou 5 personnes quotidiennement.
Ce patrimoine est clairement sous-exploité. Il ne le serait pas du tout sans les bénévoles d'une ASBL créée en 1987, Les Amis de Poilvache. On serait tenté de les définir comme les seuls amis de Poilvache.
Ce samedi, ils avaient mobilisé quelques volontaires pour du débroussaillage. Ils le font au printemps et à l'automne. Il s'agit d'enlever les végétaux qui poussent dans les murs et les murailles. Sans ces petites mains, ce serait la jungle.

À 70 ans, parmi les plus jeunes
Les amis de Poilvache, ce sont 11 membres administrateurs, dont Dominique Lemaire, 70 ans, le trésorier. Son commentaire amusé: "La moyenne d'âge est plus que respectable. À mon âge, je fais partie des plus jeunes. C'est aussi un problème." Car ces bénévoles tiennent la forteresse mosane.
Non seulement ils élaguent en faisant appel au ban et à l'arrière-ban des volontaires, comme ce samedi, mais ils réparent aussi. Dominique Lemaire nous montre un morceau de muraille à deux doigts de se casser la figure: "On a demandé le certificat de patrimoine à l'AWAP, dès qu'on le reçoit, on pourra envisager de remonter ce mur." À condition que le Forem, qui a déjà fourni des stagiaires maçons, en ait sous la main. Le risque ; que ce morceau de château s'écroule, comme l'a déjà fait une tour.


"Le site est en grand danger"
Ils ont bien du mérite, ces bénévoles, qui assument également la responsabilité d'ouvrir les lieux au public. Ils le font entre Pâques et la Toussaint, ça met un peu de beurre dans les épinards, grâce aux entrées facturées à 4 € et aux boissons vendues sur la sans doute plus belle terrasse de la vallée de la Meuse. De là-haut, la vue est fantastique. Il faut se contenter de ces rentrées, et d'un subside annuel d'environ 5 000 €, consenti par l'Agence wallonne du patrimoine.
"On manque de moyens humains et financiers", commente le trésorier. Dominique Lemaire, expliquant par ailleurs que l'ASBL est liée par convention avec la Région wallonne, qui lui permet de gérer le site et de l'animer. C'est plutôt la Région qui reçoit en cadeau le bénévolat de quelques-uns. Sans eux, qu'adviendrait-il de Poilvache ?
Le site est heureusement, c'est déjà ça, reconnu comme attraction touristique par le CGT (Commissariat général au tourisme). Du coup, souligne Dominique Lemaire, "on est dans toutes les publications de VISITWallonia, etc."
Les Amis de Poilvache font tout ce qu'ils peuvent. Cet été, par exemple, ils ont organisé des journées médiévales. Elles ont attiré du monde, retient le trésorier,: "Ça a très bien donné. Mais pas en recettes."
Tout cela expliqué alors que ce week-end, on coupait du lierre envahissant. Sans ces chantiers bénévoles, "dans cinq ans, on ne voit plus rien" prévient Dominique Lemaire. Sa conclusion, malgré ces efforts: "Le site est en grand danger. La muraille nord, on n'ose pas y toucher, de peur qu'elle ne s'écroule."

"Il y a des murs qu'on ne voit plus"
Malgré deux opérations d'élagage par an, pas facile de contenir la végétation.
Depuis plusieurs années, Frédéric Delire et son fils Martin participent aux chantiers d'élagage au château de Poilvache. Un patrimoine auquel ces habitants d'Evrehailles, en tant que voisins, sont très attachés. Cela vaut pour toute la famille : l'épouse du premier et mère du second est administratrice des Amis de Poilvache. Martin, lui, quand il ne participe pas aux opérations de nettoyage du site, se charge régulièrement de l'accueil du public, en saison.


Samedi, le père et le fils s'étaient de nouveau retroussé les manches. Martin étant par ailleurs écuyer (le premier de ce grade réservé aux jeunes) dans la Prévôté de l'Ordre de Poilvache, une confrérie qui participe activement à l'animation des lieux. Et les fait connaître un peu partout en Wallonie, en participant à des chapitres, ou en accueillant des chapitres dans l'enceinte médiévale.
La confrérie est un outil de promotion, commente le trésorier des Amis de Poilvache, Dominique Lemaire. Il le souligne une fois de plus, "le site est fantastique, les gens qui y passent parfois par hasard le disent". Mais il faut le faire savoir.
Le château fait aussi partie d'une réserve naturelle, sur laquelle le DNF garde un œil attentif, avec les moyens dont il dispose. Tout le reste repose sur les épaules de bénévoles.
Tout cela nous est expliqué en plein, "élagage d'automne". Bien utile. Il y a deux ans, en débroussaillant, on a retrouvé une petite cave. Malgré ces efforts, dixit Dominique Lemaire, "il y a des murs qu'on ne voit plus". À l'entrée du site, une muraille (le mur de défilement) est en cours de rénovation, ou plutôt elle l'était, grâce à des stagiaires maçons fournis par la Forem. Mais pour le moment, explique le trésorier des Amis de Poilvache, le Forem n'en a plus sous la main, et "c'est en rade". Bref on fait ce qu'on peut, avec les moyens du bord, et surtout avec beaucoup de bonne volonté.

Deux siècles d'histoire tourmentée
L'histoire de Poilvache ?
Il faut remonter à l'an 1228 pour ses débuts. C'était parti pour deux siècles avant sa chute. Deux siècles et trois périodes : luxembourgeoise, namuroise et bourguignonne.
En 1430, ce fut la destruction par les Liégeois.