Dinant : Patrick Sports ferme ses portes, la fin d'une institution (vidéo)
Après 45 ans d'activité, Patrick Dolhet liquide son commerce, rue Sax. Il souhaite passer à autre chose, profiter de la vie, de sa famille, de ses enfants et petits-enfants. Et souffler, enfin !
- Publié le 07-01-2024 à 16h00

À Dinant, c'est une institution qui va fermer ses portes d'ici quelques semaines. Après 45 ans d'activité, Patrick Dolhet arrête son commerce, qui trônait d'abord au n°17 de la rue Sax avant de déménager quelques mètres plus loin. "Je suis passé de 44 à 320 m2. Ça fait 25 ans que je suis ici", souffle-t-il.
En réalité, l'homme au franc-parler est pensionné depuis trois ans. Il a fait le choix de poursuivre son activité. Ce qui l'a motivé: le monde que la Croisette a attiré. D'après lui, la Ville est devenue exponentiellement touristique ces dernières années. "C'est mondial, les gens viennent de partout. Et comme je suis ouvert tous les jours en saison, même le dimanche, c'est beaucoup de boulot, mais ça paie."
Aujourd'hui, le Naninnois d'origine en a marre. Il veut souffler, passer à autre chose, profiter de la vie tant qu'il est en bonne santé, choyer son épouse, Mireille, ses deux enfants, Delphine et Julien, qui l'ont toujours soutenu, et ses six petits-enfants. Il veut réaliser tout ce qu'il n'a pas pu faire "à cause ou plutôt en raison de ce commerce. C'était un dur labeur".
Chute du rocher, inondations, travaux…
En près d'un demi-siècle, le commerçant dinantais en a traversé des épreuves. Miraculé de la vie (il a été gravement accidenté lorsqu'il avait 16 ans), il a réussi, professionnellement, à traverser toutes sortes de galères: la chute du rocher, les inondations, huit ans de travaux dans la rue, le Covid. "Je ne sais pas comment j'ai tenu !" Il a aussi été victime de nombreux vols, dont un colossal, il y a 30 ans, lorsqu'il était encore installé dans l'ancien bâtiment. "En pleine nuit, on m'a pris pour un million de francs de marchandises qui venaient de rentrer. Ça fait mal. Mais c'est ça le commerce, ce n'est pas évident." Les malfrats, qui avaient fracassé la porte au pied-de-biche, ont été retrouvés. Malgré tout, Patrick n'a pas pu récupérer l'équivalent de la somme perdue. "On n'est pas assuré pour la marchandise, c'est comme un bijoutier: la marchandise est considérée comme trop facilement prenable et revendable."
Internet aussi est passé par là. "Les gens viennent, ils essaient des chaussures, puis ils les commandent sur Internet". Il a fallu s'adapter. Spécialisé au départ dans les articles de football, Patrick a élargi sa gamme. Il s'est lancé dans les chaussures pour dames… puis les pantoufles rigolotes. Il en a de tout type. Avec Louis De Funès, Astérix et même Brigitte Bardot.
Il a pu compter sur son fils pour prendre le virage des réseaux, être à la page sur le Web. "Il m'a motivé et donné les idées de jeunes." La publicité aussi a changé. "Maintenant, il y a Facebook. C'est 1 000€ par mois qu'on gagne…" Quant à la clientèle, elle a évolué. Il la dit de plus en plus exigeante, parfois malpolie et irrespectueuse. "Et c'est encore pire depuis le Covid . Certains jeunes, comment ils parlent à leur maman… je suis gêné pour eux. Il m'est arrivé de ne pas les servir !"
"Triste que ça s'arrête comme ça"
Ce qui a permis à Patrick de garder le cap ? Sa force, sa volonté, son courage. "Et ouvrir, ouvrir, ouvrir. Maintenant, je suis fatigué, fatigué fatigué."
Si son commerce a tenu le coup, c'est aussi parce qu'il a eu, dit-il, une très bonne comptable. "Ça coûte, mais en réalité, ça fait gagner de l'argent d'être bien conseillé." Il regrette par contre le manque de soutien politique. "Je ne sais pas où on va à Dinant. C'est terrible. Et ce n'est pas ça qui nous porte. C'est aussi cette situation qui fait que je suis content d'arrêter." Quant à l'échevin en charge du Commerce, il lâche: "C'est qui ?" Il parle d'un manque d'implication. "Je me demande comment on va remonter la pente."
Patrick aspire à écouler son (très gros) stock, et à fermer boutique. Mi-décembre, il a organisé une réception, pour lancer la liquidation. "Il y a eu un monde fou. Je pense refaire une fête à la fin." Il aurait souhaité trouver un repreneur. "Il y en a eu, mais le problème, c'est que les banques ne prêtent plus comme avant pour les stocks. Ils prennent leurs garanties . C'est triste que ça s'arrête comme ça."
À la fin du trimestre, au plus tard, l'homme qui, 42 ans durant, a organisé la régate de baignoires à Dinant (son fils a pris la relève) tournera la clé pour la dernière fois. Il n'attend que ça.