La cigogne noire, l'espèce parapluie près des éoliennes de Bièvre : "Les mesures prises en sa faveur bénéficient à de nombreuses autres espèces"
En cette Journée Internationale de la Biodiversité du 22 mai, petite balade aux alentours des éoliennes de Bièvre. Là où les mesures compensatoires mises en place pour protéger la cigogne noire qui y nichent depuis au moins une quinzaines d'années bénéficient à de nombreuses autres espèces. C'est l'effet parapluie.
- Publié le 22-05-2025 à 11h46

À Bièvre, le parc éolien de Luminus est installé au cœur d'une zone fréquentée par la cigogne noire. Avec la région de Saint-Hubert, le massif forestier de Graide est d'ailleurs considéré comme un lieu privilégié pour cet oiseau emblématique. Trois à quatre couples nicheurs s'y établissent entre mars et mi-septembre.
Ce jeudi, veille de la Journée Internationale de la Biodiversité, Luminus a fait le point sur l'étude qu'elle mène dans cette région avec l'association Faune et Biotope sur les populations d'oiseaux (et chauve-souris) qui cohabitent avec ses 7 moulins qui culminent à 150 mètres en bout de pales. Et donc aussi sur l'impact sur les cigognes noires.
Les premiers constats de cette étude commencée en 2024 seront à confirmer sur une période de 3 ans, mais ils sont plutôt positifs à ce stade. Comparée aux études menées par l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique entre 2008 et 2009, puis entre 2011 et 2014 (juste avant et juste après l'installation du parc), "l'abondance et la diversité d'espèces" sont toujours présentes, selon Faune et Biotope. Et trois nouvelles ont même fait leur apparition dans la zone : la tourterelle des bois, la mésange noire et la mésange huppée. L'explication est à trouver dans l'évolution de l'habitat et évidemment pas dans un attrait pour les éoliennes. Mais au moins celles-ci ne semblent pas avoir eu d'impact négatif.
Et la cigogne noire ? Déjà présente sur la zone avant l'implantation des éoliennes en 2010, elle y est toujours présente. Dans le cadre de mesures compensatoires pour l'installation de son parc, Luminus avait acheté 12 hectares d'espaces naturels (7 sites différents) qui ont été rétrocédés à la commune de Bièvre et sont gérés par le DNF. Une partie des résineux ont été enlevés pour créer des milieux semi-ouverts, notamment aux abords de ruisseaux où la cigogne noire vient chasser.

Équiper des cigognes noires de GPS
Si le grand oiseau a été observé sur deux de ces sites, c'est en réalité une multitude d'espèces qui profite de ces réserves intégrales, dont 7 hectares sont réservés à un projet LIFE pour les papillons.
"La cigogne noire est une espèce parapluie, les mesures prises en sa faveur ruissellent au bénéfice de nombreuses autres espèces : oiseaux nicheurs au sol, petits mammifères, insectes et flore compris", dit Gérard Jadoul. Le responsable du bureau d'étude Eco first a entamé, avec l'ULiège, un projet de suivi par GPS des cigognes noires aux abords de parcs éoliens du côté de Remichampagne, Momignies et Elsenborn.
"On sait que le risque de collision avec une éolienne ne concerne pas vraiment la cigogne noire, dit-il. Depuis 2000 on en dénombre que 10 sur l'ensemble de l'Europe, dont un en Wallonie."
Par contre, l'"effet barrière" est mal documenté. Les éoliennes pourraient-elles perturber les plans de vols de la cigogne et la détourner de zones où elle pourrait trouver habitat et nourriture ? Les observations visuelles semblent montrer que ce n'est pas le cas. Mais, grâce à des balises GPS, une analyse du comportement spatial des cigognes noires face aux infrastructures éoliennes permettra de valider scientifiquement ce premier constat. Les dernières autorisations du SPW devraient arriver d'ici une à deux semaines et les opérations de capture de cigognes noires en vue de les équiper de balises GPS pourront alors commencer.

Moins dangereuses que les vitres de la maison ou le chat
Les statistiques de mortalité causée par les éoliennes sur les oiseaux sont à interpréter avec prudence. Car elles se basent notamment sur le nombre de cadavres retrouvés au pied des mâts. Méthode qui a ses limites. Car si le constat est relativement simple pour de grands oiseaux, ça l'est moins pour un bruant ou un rouge-gorge. Une étude de la Ligue pour la Protection des Oiseaux en France, considérée comme fiable, estime la mortalité entre de 0,3 et 18,3 oiseaux par éolienne et par an, avec une moyenne d'environ 7 oiseaux. Mais il s'agit bien d'une moyenne et ces chiffres peuvent varier selon la localisation, notamment lorsque des espèces plus sensibles s'y trouvent, les conditions météo ou les périodes de l'année (migration par exemple). Même si ce sont des espèces parfois plus rares ou à plus faible taux de reproduction (rapaces par exemple) qui sont plus sensibles aux éoliennes, les études scientifiques s'accordent pour dire que sur 5 000 à 10 000 morts accidentelles d'oiseaux, les éoliennes sont responsables de seulement 1 à 2 cas. Très loin derrière les collisions avec les vitres de bâtiments, les voitures et les lignes haute tension. Sans compter les chats qui seraient responsables de 70 % de ces morts accidentelles d'oiseaux.