Un film sur la prostitution au Ramdam à Tournai : « Noémie dit oui », un prétendu consentement

14 ans, c’est l’âge moyen au Québec pour entrer dans la prostitution. Geneviève Albert en a fait le sujet de son premier film.

Laure Watrin
 La réalisatrice québécoise.
La réalisatrice québécoise. ©B. Dochy

Noémie (Kelly Depeault), "Noé", a 15 ans. Cela fait quelque temps qu’elle est placée dans un centre par la justice. Après une énième déception causée par sa mère, dépressive et paumée, la jeune fille perd tout espoir de retrouver un jour un foyer.

Elle décide de fuguer et de rejoindre une amie à Montréal. De l’abandon maternel, elle plonge dans la prostitution, malgré de multiples refus. Un mac de bas étage la manipule en lui faisant miroiter une fin heureuse, loin de cette vie autodestructrice.

Mais avant "le grand voyage", il la veut escorte durant une compétition de Formule 1, histoire de gagner de l’argent. Après tout, rien de difficile, "juste du cul", répète-t-il.

Le spectateur est confronté au dégoût de Noémie face à l’enchainement de ses clients, ces hommes affreusement ordinaires, non pas méchants, mais qui utilisent le corps d’une mineure pour assouvir leurs besoins.

Pourquoi avez-vous choisi cette thématique ?

C’est un sujet qui m’interpelle depuis l’adolescence. Je ne comprends pas pourquoi on peut acheter quelqu’un pour en profiter sexuellement, au dépens du désir de la personne qui se prostitue. Au fil de mes recherches, j’ai appris que l’âge moyen pour entrer dans la prostitution était de 14 ans. Je pensais que cela correspondait à des statistiques de pays étrangers, mais non, c’est un fléau qui est bien présent chez nous.

Vous avez récolté plusieurs témoignages ?

J’ai fait une immersion de trois mois dans un centre de jeunesse avec des jeunes filles abandonnées par leurs parents comme Noémie. J’ai rencontré aussi de jeunes escortes, des survivantes de la prostitution, et un proxénète de 17 ans qui m’a beaucoup inspiré pour la construction du personnage de Zach (le "copain" de la protagoniste).

Il y a aussi un compteur qui défile à chaque fois qu’un homme entre dans la chambre. C’est un impact fort pour le spectateur…

C’est une idée qui est venue pendant le montage, parce que je me suis rendu compte que, même s’il y a beaucoup de clients qui s’enchainent, bizarrement, le choc n’était pas assez grand. On ne ressentait pas assez le poids du nombre. Le compteur fait écho aussi aux courses de formule 1 durant lesquelles Noémie se prostitue.

Vous n’avez pas voulu faire un film contre les hommes…

Non, le problème ce ne sont pas les hommes, mais ceux qui acceptent la prostitution. Je considère que c’est une violence qui est faite aux femmes. Je voudrais une société où cela n’existe pas, plutôt qu’une société qui cherche à l’encadrer.

Prochaine séance: lundi 23/01 à 14h15

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