Une maison de détention dans l'ancienne gendarmerie de Tournai: "il faut que tout cela se passe très correctement pour tout le monde"
Une maison de détention devrait s'installer d'ici fin 2027 dans l'ancienne gendarmerie. Une séance d'information se tiendra le 8 décembre.
- Publié le 28-11-2025 à 08h03

La première maison de détention de Wallonie s'installera prochainement à Tournai dans les anciens bâtiments de la gendarmerie, à la rue de la Citadelle. Le permis d'urbanisme a déjà été octroyé et selon les dires de la Ministre de la Régie des Bâtiments, Vanessa Matz, "l'ouverture est prévue pour fin 2027".
Ce projet s'inscrit dans la volonté de l'ex-ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, d'ouvrir quinze maisons de détention en Belgique. Trois ont déjà vu le jour à Courtrai, Forest et Olen. Celle de Tournai sera donc la première en Wallonie.
Selon le SPF Justice, les maisons de détention constituent une approche plus adaptée pour permettre l'exécution des peines de moins de trois ans de prison et éviter tant que possible le risque de récidive. Avant septembre 2022, elles n'étaient généralement pas exécutées, provoquant un certain sentiment d'impunité tant chez les coupables que les victimes.
L'annonce de l'installation de ce genre d'établissement a parfois causé de virulentes oppositions comme à Chanly, dans la commune de Wellin (Luxembourg) où une mobilisation s'était organisée contre le projet.
À Tournai, une séance d'information se tiendra le 8 décembre à 18 heures à l'Hôtel de Ville de Tournai. "Je serai particulièrement attentive à ce que tous les citoyens soient correctement informés des conditions de mise en œuvre. Je sais exactement de quoi on parle, mais il faut que tout cela se passe très correctement pour tout le monde car le quartier est déjà sous pression avec la présence du CHWapi, des Marronniers et de la prison", assure la bourgmestre, Marie-Christine Marghem.
Mais qu'est-ce qu'une maison de détention ?
Celle de Tournai pourra accueillir 40 détenus, mais seulement ceux ayant une peine de trois ans maximum qui n'étaient ni déjà enfermés ni munis d'un bracelet électronique, et représentent un faible de risque de sécurité. "Seules les personnes prêtes à changer leur vie et à travailler sur leur avenir sont éligibles. Les condamnés pour des faits de terrorisme ou de délinquance sexuelle sont exclus", précise le SPF Justice.
Les résidents y seront accompagnés de manière intensive et personnalisée. "Un séjour en maison de détention vise à développer davantage le sens des responsabilités et l'indépendance des résidents afin de les remettre sur le droit chemin", explique le SPF-Justice. "Les résidents sont encouragés à chercher un emploi, suivre une formation, etc." C'est également pour permettre au mieux de réaliser cet objectif de réinsertion que ces maisons de détention s'installent dans des zones urbaines, "afin de maintenir autant que possible le lien avec la société". D'ailleurs les résidents doivent être issus de la région où se situe la maison de détention pour faciliter "l'après libération".
Différente d'une prison ?
Toutefois, bien que l'établissement vise à davantage responsabiliser les personnes qui s'y trouvent, le cadre juridique d'une prison classique s'y applique : les résidents doivent se conformer à des règles strictes, ils ont les mêmes obligations qu'en prison et doivent remplir des conditions strictes pour être autorisé à quitter la maison de détention.
"Elles restent des établissements fermés et sécurisés, assure le SPF Justice. Les résidents ont plus de liberté dans une maison de détention mais ne peuvent pas entrer ou sortir comme bon leur semble. Les visiteurs sont également contrôlés." Les sorties qui ont pour objectif de mettre en place la réinsertion sont autorisées, comme pour déposer une lettre de candidature pour un emploi.
Il faut ajouter qu'une surveillance et un accompagnement y sont assurés 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas de comportement inapproprié, un renvoi dans une prison traditionnelle pourra être d'application.
Une situation similaire à celle d'Enghien ?
À Enghien, c'est une maison de transition qui a été réouverte en 2020, elle était à l'époque la première de Wallonie. Le concept, inspiré de celui mis en place aux Pays-Bas, diffère de la maison de détention qui s'installera à Tournai. Il s'agit là d'une maison qui accueille des personnes qui se trouvent à au moins dix-huit mois d'une possible libération conditionnelle, soit des détenus qui terminent leur peine.
Elle non plus ne permet pas l'accès à des situations de terrorisme ou de mœurs et les candidatures sont évaluées par le service psycho-social. Les résidents ne représentent pas un risque élevé pour la sécurité. "Ils ne constituent donc pas une menace pour les riverains", peut-on lire sur le site du SPF Justice.
L'objectif est similaire aux maisons de détention : favoriser la réinsertion des personnes condamnées par la Justice, en leur donnant davantage de responsabilités.
Les maisons de transition fonctionnent sur un modèle public-privé : elle suit le cadre légal du SPF Justice et la partie privée assure le quotidien au sein de l'établissement. C'est d'ailleurs pour cette raison que la maison de transition d'Enghien a vécu un épisode de fermeture, elle n'avait plus de partenaire pour l'investir jusqu'au 1er août 2024. C'est la société Serco qui a repris la gestion.
Cette maison de transition a une capacité de quinze résidents (pleine capacité atteinte le 21 février 2025) et 34 personnes sont y ont déjà été accueillies depuis sa reprise. Selon les chiffres communiqués par Serco, le séjour moyen est d'environ trois mois. La société affirme qu'un résident sur deux commence un emploi, une formation ou du bénévolat dans le mois qui suit son arrivée, grâce aux 200 activités organisées au sein du centre.
Les résidents ont notamment participé à l'élaboration de boîtes solidaires de l'opération Shoe-Box à destination des personnes en précarité et aux "Chemins de traverse", une initiative citoyenne qui réunit des personnes en situation de handicap, des individus en parcours de réinsertion et des bénévoles autour d'un même projet. Un résident coiffeur de formation s'est également mis à réaliser bénévolement des coupes de cheveux pour un public précarisé, en partenariat avec la commune.