Protocole de démantèlement des camps de migrants à Tournai dans le respect de la dignité des personnes : Une première mise en place réussie
Le plan d'urgence en cas de démantèlement de camps de migrants établis par le groupe de travail "Tournai Commune hospitalière" a été finalisé. Il a déjà pu être mis en pratique le 28 mai dernier.
- Publié le 22-07-2026 à 15h31

La Ville de Tournai en collaboration avec le CPAS, la zone de police, le Relais social urbain, la Plateforme multiculturalité, la Croix Rouge et d'autres associations ont mis en place un protocole pour le démantèlement des camps de migrants. Celui-ci a pour objectif de permettre aux différents acteurs associatifs ou non d'apporter une aide coordonnée pour une prise en charge de 48 heures, dans le respect de la dignité des personnes.
"La création de ce protocole a été entamée lors de la mandature précédente, mais n'a pas été finalisée. J'ai donc repris le dossier, explique l'échevine de la Cohésion sociale et de l'Égalité des Chances, Delphine Delaunois. Avec le groupe de travail "Commune hospitalière", nous avons donc établi un plan d'urgence de 48 heures pour ces personnes livrées à elles-mêmes."
Ce projet avait été entrepris en réaction au démantèlement du camp installé dans une zone boisée de Froyennes, entre l'aire d'autoroute Q8 et l'Institut Saint-Luc, qui a eu lieu au début du mois de décembre 2023. L'événement avait suscité une grande émotion, notamment en raison des conditions climatiques hivernales. "Quelle était l'urgence de démanteler à ce moment-là ? !", s'interroge encore la bourgmestre, Marie-Christine Marghem. "Plus jamais ça", avait-elle décrété avec les membres du collège un an plus tôt.
Toutefois, ni les autorités communales, ni les associations ne peuvent influer sur le timing choisi par la police fédérale pour procéder au démantèlement. Il était donc exclusivement question, pour le groupe de travail, d'améliorer la prise en charge. "Il s'agit de personnes souvent âgées entre 16 et 30 ans, souvent traumatisées, qui fuient la guerre, la dictature et/ou les mariages forcés", rappelle Margaux Letangre, chargée de projet au sein de la Plateforme pour l'Interculturalité.
Logés, nourris, écoutés
Le 28 mai dernier, un nouveau démantèlement a dû avoir lieu à Froyennes (pratiquement au même endroit qu'en 2023 et 2021). "Ce n'est jamais heureux mais c'était l'occasion pour nous de tester ce protocole pour, peut-être, au besoin, le rectifier, mais tout s'est très bien passé", raconte l'échevine.
Prévenues quelques heures avant le démantèlement, les différentes équipes ont pu se préparer à gérer au mieux l'arrivée des huit migrants, originaires d'Érythrée et Éthiopie (où des régimes autoritaires sont en place), dont le campement a dû être replié. Cette fois, ces personnes ont pu garder leurs effets personnels. "La dernière fois, ils n'ont pas pu prendre leur sac de couchage, ni leur tente, et nous avions dû en trouver en urgence alors que tout se trouvait sur leur campement", regrette Barbara Coupé, coordinatrice du Relais social urbain. "Il est nécessaire pour ces personnes, souvent isolées, de pouvoir garder leurs effets personnels, et notamment leur téléphone portable, afin de pouvoir rester en contact avec leurs proches", insiste Margaux Letangre.
Ainsi, certains ont repris leur tente, leur couchage, et d'autres non. Ils ont ensuite reçu un kit alimentaire du CPAS et d'autres repas durant les 48 heures. Le service Sport et Jeunesse de la Ville s'est chargé d'ouvrir les bains douches ainsi que de trouver un local pour permettre à ces personnes de dormir à l'abri dans des conditions correctes. La Croix Rouge a, quant à elle, offert des matelas. La Plateforme pour l'Interculturalité a pu discuter avec les migrants pour répondre à leurs questions et évoquer les différentes situations administratives. Après identification des besoins, les associations ont également pu faire appel à des infirmiers et éducateurs de rue.
"La Ville a pris ses responsabilités"
Cette mise en place du protocole a satisfait l'associatif : "Chacun savait ce qu'il avait à faire, ce qui était beaucoup plus efficace, a apprécié Barbara Coupé. Étant prévenus du démantèlement, nous avons pu anticiper, ce qui nous a évité une pression supplémentaire car toutes les associations qui se mobilisent travaillent déjà à flux tendu." La Plateforme pour l'Interculturalité souhaitait un accompagnement social et juridique mais aussi que les mineurs soient pris en charge comme tels, ce qui fait désormais partie du protocole. "On était préoccupés par la manière dont les démantèlements s'exécutaient mais aussi du respect des droits de ces personnes ciblées. La Ville a pris ses responsabilités. Bien que nous ayons des missions différentes et que nous opinions ne convergent pas encore, on sait que lorsqu'un démantèlement aura lieu, il se fera dans la dignité", ajoute Margaux Letangre.
Marie-Christine Marghem s'est dite heureuse d'avoir trouvé une solution équilibrée avec les différents acteurs.