1,8 million de m³ de terres pourraient être déversés dans la carrière CCB de Gaurain : "Il ne faut rien, zéro PFAS"
Vélorie demande un permis pour remblayer partiellement la carrière entre 2027 et 2044, avec environ 200.000 tonnes de terres de chantier non polluées apportées chaque année.
- Publié le 20-10-2026 à 06h01
Vélorie est une société qui regroupe l'intercommunale Ipalle et les sociétés Dufour, TBRA et Ecoterre. La société a introduit une demande de permis unique : elle souhaite participer au remblaiement partiel de la carrière de Gaurain, dont le propriétaire est la CCB (Compagnie des Ciments Belges).
Ce que demande Vélorie
Vélorie demande à pouvoir déverser environ 1,8 million de m³ de terres de chantier non polluées, à raison d'environ 200 000 tonnes par an, entre 2027 et 2044. Ces terres seraient issues de chantiers voisins, situés dans un rayon de 30 à 40 km. Une demande de permis a été déposée en ce sens.
Laurent Dupont, président du comité de direction d'Ipalle, explique que le besoin est en fait celui des entrepreneurs de la région, qui doivent évacuer leurs terres. "Si on veut éviter que tout le monde mette ses terres à droite et à gauche, il faut des sites d'acceptation", résume-t-il. Avec cette demande de permis, il voit une mission de service public "C'est un service public pour les entreprises, puisque c'est pour les gens qui construisent leur maison, qui ont des besoins d'évacuation de terre."
Les deux carrières actuellement remblayées par Vélorie, l'Essuie-Main et les Prés, seront pleines entre 2027 et 2029. "Une fois leurs capacités atteintes, on va transformer le site en un parc. Mais ce n'est pas parce que ces carrières sont pleines que notre mission s'arrête. C'est pour cela que nous cherchons d'autres endroits comme les carrières pour offrir une solution aux entrepreneurs de la région", explique Laurent Dupont.
Un projet lié à celui de la CCB
La carrière de Gaurain appartient à la CCB. Depuis 2015, un permis lui donne le droit d'y déverser 52,9 millions de m³ de terres, issues de la future carrière de Barry. Si les deux projets sont cumulés, il y aurait 54,7 millions de m³ dans la carrière d'ici 2050. La part de Vélorie est de 1,8 million de m³. "Ce qu'on veut y mettre ne représente même pas 4 %", selon Ipalle.
Le lien entre les deux projets est assumé par le demandeur. "Notre projet de 1,8 million est lié aux 52,9 millions de la CCB, parce que si la CCB ne met pas en œuvre son projet, nous, on n'en ferait même pas la demande."
Le contrôle des terres comme priorité
Selon Ipalle, les terres déversées dans la carrière seront non polluées, sans PFAS (polluants éternels), et elles seront testées plusieurs fois. Le premier test se fera sur le chantier d'origine. "Un échantillonnage sera fait par un expert indépendant et les analyses par un labo extérieur", explique Laurent Dupont. À l'arrivée sur le site de la carrière, un second contrôle a lieu. "Nous n'allons pas déverser directement les terres dans la carrière. Nous allons faire ce qu'on appelle un contrôle à l'acceptation." Et si tout cela ne montre aucune trace de pollution aux PFAS, les terres seront déversées dans la carrière. "On va beaucoup plus loin que les seuils autorisés. Il ne faut rien, zéro PFAS. Même si on est bien en dessous des normes, on ne prend pas."
Un contrôle visuel et des analyses aléatoires seront effectués. Toujours selon Ipalle, le site actuel de Vélorie a servi de pilote pour la plateforme Walterre, qui assure la traçabilité des terres du chantier jusqu'à leur valorisation. Pour l'intercommunale, c'est une garantie supplémentaire de terres saines.
L'eau, point sensible
Le dossier déposé à l'urbanisme décrit un contexte de calcaires karstifiés et une nappe vulnérable, avec un captage d'eau potabilisable dans la fosse. Au sud de la carrière, la SWDE pompe et valorise les eaux d'exhaure. La dalle de versage que Vélorie souhaite utiliser est placée à l'extrême nord. "Cette eau, elle est en contact avec la nappe du calcaire carbonifère. Et donc on a des prescriptions et des restrictions importantes sur la qualité des terres", indique Laurent Dupont, qui assure qu'aucun risque ne sera pris.
Camions, poussières et bruit
L'étude évoque, en moyenne, 25 camions par jour, contre 920 pour l'usine CCB, soit environ 3 % de trafic en plus. Les camions viendront sur le site de 7 h 30 à 16 h 30, du lundi au vendredi. "On compte venir directement à partir des voies rapides jusqu'au rond-point de CCB et rentrer directement sur le site", explique Laurent Dupont. L'étude recommande, elle aussi, de privilégier la E42 et la N52 pour éviter la N7. "Nos 25 camions vont être noyés dans la masse", estime le président d'Ipalle.
Les poussières sont la principale incidence relevée. "Le risque majeur, ce sont les poussières", reconnaît Laurent Dupont, mais il rassure : le point de déversement se situe sur une zone encaissée. "Il y a encore tout un pan de mur qui va protéger s'il y a des envolées de poussière."
Pour le bruit, le demandeur se veut rassurant "Il n'y a franchement rien à craindre. La principale inquiétude, ce sont les poussières, mais qu'on arrive à gérer maintenant." L'étude juge aussi le bruit des engins non significatif, mais reconnaît que celui de la chute de terre dans l'eau reste difficile à quantifier.
Une plante protégée
L'étude a recensé une espèce protégée, la chlore perfoliée, dont l'habitat serait partiellement détruit. "On a introduit une demande de dérogation auprès du DNF pour utiliser cette zone avec un plan de déplacement de la chlore perfoliée", indique Laurent Dupont. Aucune réponse n'est encore arrivée à ce stade.