À Tournai, Espaces-Rencontres accompagne 1.481 retrouvailles entre enfants et proches : Deux à trois mois d'attente désormais
Trente ans après sa création, le service fait face à une hausse des demandes et à des situations de plus en plus complexes, notamment avec de très jeunes enfants.
- Publié le 23-10-2026 à 07h01

Lorsqu'un couple se sépare, les choses ne se passent pas toujours bien pour les enfants. Les tensions entre les parents et l'absence de dialogue peuvent avoir des conséquences importantes sur leur quotidien et leur bien-être. Il arrive ainsi que certains enfants ne voient plus le parent avec lequel ils ne vivent pas, jusqu'à perdre progressivement, voire totalement, le lien avec lui.
Ces situations peuvent conduire les familles devant les avocats, les services de médiation ou les tribunaux de la famille, qui peuvent, dans le respect de l'intérêt de l'enfant, décider de maintenir ou de renouer ce lien, en dehors du contexte familial, dans un cadre neutre et sécurisant, avec l'accompagnement de professionnels.

C'est notamment la mission du service Espaces-Rencontres, à Tournai. Depuis trente ans, il organise des rencontres entre des enfants et un parent ou un proche – grands-parents, frères et sœurs ou toute autre personne ayant occupé une place importante dans leur vie – lorsque les relations sont interrompues ou particulièrement conflictuelles. Le service intervient également dans le cadre de visites encadrées ou supervisées, à la demande du Service d'Aide à la Jeunesse (SAJ) ou du Service de Protection de la Jeunesse (SPJ).
En 2025, quelque 1 481 rencontres ont eu lieu dans les locaux de la rue de Cordes et ont été accompagnées par l'équipe d'assistants sociaux, d'éducateurs et de psychologue. "Cela représente 134 prises en charge, commente Caroline Colinet, coordinatrice du service Espaces Rencontres. En 2024, nous étions à 121 prises en charge…"

Cette hausse témoigne de besoins toujours bien présents, trente ans après la création du service, mais aussi de l'évolution des situations rencontrées. "Nous constatons notamment une augmentation des demandes concernant de très jeunes enfants, âgés de 3 à 24 mois. Cela nécessite d'adapter nos pratiques professionnelles et nos conditions d'accueil aux besoins particuliers des tout-petits. Nous sommes également de plus en plus confrontés à des situations fragilisées par des problèmes de santé mentale ou de précarité", poursuit la coordinatrice.
Une liste d'attente
Face à l'augmentation des demandes, le service a dû instaurer, depuis quelques mois, une liste d'attente pour les nouvelles situations. "Actuellement, nous avons deux à trois mois d'attente, explique Caroline Colinet. Pour accueillir une nouvelle famille, il faut qu'une autre ait pu renouer le lien. Nous sommes bien conscients que cette réalité est préoccupante, d'autant plus lorsque les contacts entre un enfant et son proche sont déjà interrompus ou fragilisés. Plus le temps passe, plus la reconstruction du lien devient difficile et prend du temps."
L'accompagnement proposé par Espaces-Rencontres est adapté à chaque situation familiale. "Avant toute rencontre, chaque adulte est reçu individuellement afin que l'équipe puisse entendre son vécu et ses attentes. L'enfant est ensuite accueilli seul lors d'une première visite afin de lui permettre de découvrir les lieux, de comprendre comment se dérouleront les rencontres et d'exprimer ses attentes, ses questions et son ressenti."

Plusieurs formules sont possibles. "Les rencontres peuvent se dérouler dans les locaux du service, de manière individuelle ou multifamiliale, précise la coordinatrice. Un intervenant est présent pour soutenir la relation lorsque cela s'avère nécessaire : faciliter les échanges, proposer une activité, aider à mettre des émotions en mots ou apaiser une tension. Il peut aussi simplement laisser la relation reprendre sa place. En fonction de l'évolution de la situation, l'enfant et son parent peuvent également être autorisés à sortir des locaux pour partager un moment ensemble. Le service assure par ailleurs, dans ses locaux, l'encadrement des échanges liés à l'exercice du droit d'hébergement secondaire."
Le service n'a pas vocation à se substituer durablement aux familles. Il se veut un lieu de passage, où la relation peut se reconstruire progressivement, au rythme de chacun et dans le respect des besoins de l'enfant. L'objectif est de permettre aux liens de se renouer durablement et de se poursuivre ensuite en dehors des murs du service, dans le quotidien des familles.
Un service né dans le contexte de l'affaire Dutroux
Dorothée Depoortere, coordinatrice du Centre de Planning familial Aurore Carlier, revient sur la création du service Espaces-Rencontres, en 1996, dans le contexte de l'affaire Dutroux.
"À cette époque, un climat d'angoisse, d'insécurité et de suspicion régnait dans la société. La méfiance et les tensions se sont accentuées, tant dans les relations entre les individus qu'au sein des familles. Certains parents ne voulaient plus que l'autre parent exerce ses droits de garde ou de visite, par crainte, fondée ou non, dans ce contexte particulièrement anxiogène. Des plaintes étaient déposées à la police et le parquet intervenait, orientant les familles vers la médiation pénale ou le tribunal de la famille. D'autres se tournaient vers les plannings familiaux, qui proposaient un accompagnement social, psychologique ou juridique. Mais ces aides ne répondaient pas au besoin principal : permettre à l'enfant de maintenir ou de renouer le lien avec son parent."
C'est pour répondre à ce besoin qu'est née l'idée de créer un lieu tiers et neutre, où les enfants pourraient rencontrer un parent ou un proche lorsque les relations familiales sont rompues ou particulièrement conflictuelles. Le projet s'inspire du modèle des Relais Parents-Enfants développé en France.

À ses débuts, le service, créé à l'initiative du Centre de Planning familial Aurore Carlier, fonctionne sur fonds propres. Tournai figure parmi les sites pionniers de ce dispositif en Communauté française. Deux ans plus tard, le service obtient son agrément, une étape importante pour assurer sa professionnalisation et sa pérennité.
"Cette reconnaissance a permis de consolider un dispositif qui répondait, au départ, à des besoins constatés sur le terrain. L'objectif était de préserver une place pour le lien entre l'enfant et son parent, même lorsque celui-ci est fragilisé", souligne Dorothée Depoortere.